De qui est ce monde?

À qui est ce monde? À personne. De qui est-il? De tous ceux qui y vivent.

J'ai récemment reçu un message auquel je n'ai pas encore répondu, ce que je regrette, j'ai tendance à répondre vite à mes correspondants quand il y a lieu. J'en parle ici parce que ce message a un rapport avec cette édition de blog puisque mon correspondant m'écrit ceci:

«“Ce monde c'est le mien – et le vôtre aussi je suppose”, non, il n'est plus le mien, l'a-t-il jamais été, vous voyez que ce n'est pas par hasard si j'ai l'honneur de venir vers vous».

Mention pertinente, d'autant que le titre du message m'a fait craindre du spam (pour anecdote, j'ai un jour intitulé un de mes courriels «J'ai testé pour vous (ceci n'est pas un SPAM!)», précisant ensuite, «Avec un titre pareil, je me méfie: tu risquais de prendre ce message pour une annonce sur l'allongement du pénis, les simili-viagras ou les offres de rencontres “avec les filles les plus chaudes de ton quartier!”...». Se méfier de titres trop vagues ou trop larges, souvent les logiciels bloqueurs de spams les éliminent d'office) mais quand le nom d'expéditeur m'a l'air de référer à un être humain véritable je vérifie avant de supprimer. Donc, ce monde, d'après mon correspondant, «n'est plus le [s]ien, [s'il l'a] jamais été», ce qui m'étonne. La phrase d'introduction du texte de présentation, «Ce monde», précise le sens du titre de l'édition: «Et bien, comme dit, c'est le mien, et si vous me lisez et comprenez ce qu'écrit c'est probablement le vôtre aussi».

Mon correspondant participe d'un processus dont je parle abondamment, le tropisme à l'interprétation et au commentaire, qui consiste à comprendre une proposition non en fonction de ce qu'en dit son auteur mais en fonction de sa propre compréhension des mots et de leur sens. Ici je suppose de sa part une interprétation sur l'avoir et non sur l'être: je ne possède pas ce monde ni quiconque et en ce sens, ce monde n'est pas plus le mien que le sien, par contre mon correspondant est en ce monde et moi aussi, preuve en est qu'il m'a lu et a compris les mots de mes écrits, preuve en est que j'ai lu et compris les mots de son message. Ces mots ne nous appartiennent pas mais sont notre bien commun donc nous sommes bien “du même monde”, celui ou nous les partageons et devrions pouvoir communiquer à travers eux. Lire c'est nécessairement interpréter, par contre il faut selon moi éviter de commenter ce qui, de mon point de vue, consiste en ce que dit, lire non en fonction de ce que dit l'auteur mais en fonction de sa propre compréhension des mots. Je suis comme chacun, je cède facilement à la tentation du commentaire, raison pourquoi j'essaie autant que possible de corriger ma première interprétation qui ressort presque toujours du commentaire.

Conclusion: ce monde est bien celui de mon correspondant puisque comme moi il y vit, et comme moi de manière transitoire, ce monde ne nous appartient pas car il nous précède et à coup sûr continuera sans nous, mais pour l'heure lui et moi y vivons et le partageons.

Bon ben, maintenant il me faut songer à répondre à son message, au moins pour le remercier de cette prise de contact. Et bien sûr, pour le remercier de m'avoir incité à publier ce billet, qui fait de nouveau la preuve que rien ne m'appartient en ce monde qui est le mien...

 

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