Billet de blog 15 févr. 2011

Le Forum Social Mondial de Dakar construit «la justice et la liberté en Afrique»

Maxime Combes
Economiste, travaillant sur les politiques climatiques, commerciales et d'investissement
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Laissez les énergies fossiles dans le sol © 

Alter-Echos : Le Forum Social Mondial de Dakar vient de se terminer. Quels sont les principaux résultats du point de vue des Amis de la Terre International ?

Nnimmo Bassey :Le FSM de Dakar a une importance considérable pour les Amis de la Terre International. Pas seulement parce que c’est une nouvelle rencontre des mouvements sociaux du monde entier mais parce que c’est un lieu parfait pour construire un mouvement d’ampleur pour la justice et la liberté en Afrique. Nous pensons que seul un travail en commun avec d’autres mouvements sociaux, comme nous essayons de le faire depuis des années, notamment avec des mouvements paysans et de femmes, permet de s’attaquer aux crises mondiales et multiples que nous connaissons aujourd’hui. Construites sur les principes de coopération et de solidarité avec les autres mouvements sociaux, nos actions et campagnes visent à faire progresser la souveraineté des communautés, que ce soit sur la nourriture, l’environnement, l’énergie….Nous combattons également l’accaparement des terres et les systèmes miniers dévastateurs. Il ne faut pas oublier que toutes ces dimensions se combinent pour susciter les immenses problèmes auxquels notre planète est confrontée. Pour toutes ces raisons, Dakar était un bon endroit pour réaliser ce Forum Social Mondial. Il aura permis de nous faire avancer sur ces combats.

A-E : Sur la thématique de la crise climatique et environnementale, ce forum est-il un succès ? Pensez-vous que nous progressons dans la construction d’un mouvement international pour la justice climatique afin de préparer les prochaines étapes que sont Durban, Rio + 20, etc… ?

N B :Il n’est pas facile de répondre précisément aujourd’hui. Je pense que le FSM aura été utile car c’est la rencontre la plus importante des mouvements sociaux depuis Cancun. Et si Cancun a été un échec sur le plan des négociations, ce n’est pas le cas du point de vue des mouvements qui se sont mobilisés à l’extérieur. Ce FSM a été l’occasion pour de nombreuses et diverses organisations de se rencontrer permettant d’établir une cartographie plus claire des luttes et des enjeux climatiques en Afrique. Nous avons pu également partager des réflexions sur les stratégies des prochaines étapes de luttes. Ainsi, je n’ai aucun espoir à ce que Durban puisse apporter un merveilleux résultat, de véritables solutions. Ce que nous devons faire, avant Durban, est d’envoyer un signal extrêmement clair à nos gouvernements. Nous ne pouvons absolument pas continuer ainsi, les laisser aller de conférence en conférence gaspillant des ressources précieuses, pour aboutir à des textes inacceptables et rédigés en secret par quelques personnes seulement. Plutôt que de faire face aux réels enjeux, ils viennent avec des fausses solutions, des mécanismes de marché, des solutions qu’ils appellent innovantes mais qui ne le sont absolument pas, des promesses de financement sans aucun moyen de les assurer, le tout pour ne pas remettre en cause le système générant le réchauffement climatique.

A-E : Avant Durban et Rio, la France va accueillir le G8 et le G20. Doit-on attendre quelque chose de ces sommets et, sinon, qu’attendez-vous des mouvements sociaux français et européens à cette occasion ?

N B : De mon point de vue, c’est l’opportunité pour les mouvements sociaux français et européens de se servir de ces sommets pour forcer les leaders de la planète à entendre leurs exigences. Bien-entendu, ils ne veulent pas et préfèrent s’écouter eux-mêmes. Car il faut rappeler que ce sont eux les responsables des problèmes auxquels nous sommes confrontés. Ce sont leurs décisions qui accroissent la pollution, ce sont eux qui ne font rien face au réchauffement climatique et qui ne veulent pas réduire leurs émissions, ce sont eux qui veulent continuer à faire du « business as usual ». Ce sont eux qui agissent à l’encontre de la sécurité de la vie sur la planète et pour le futur. Le G8 et le G20 devraient donc être dénoncés pour ce qu’ils sont. Ce n’est pas de ce genre de rencontres dont nous avons besoin. Nous n’avons pas besoin que très peu de pays déterminent ce qui est bon pour le monde entier. Il nous faut maintenir un système multilatéral, un système démocratique permettant que tout le monde soit entendu. Un pays n’est pas plus important qu’un autre pays. Une vie en France ou aux Etats-Unis n’est pas plus importante qu’une vie dans les petites îles du Pacifique. Ni le G8 ni le G20 ne sont légitimes. Ces pays essaient d’exclure toute possibilité de discuter des vrais problèmes. C’est donc l’occasion pour les mouvements sociaux français et européens de vraiment renverser ces réunions.

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