La relève

Coordonnées par Laura Woittiez, les actions culturelles et éducatives ouvrent le festival aux jeunes spectateurs cinéphiles, « la relève ».

Trois fois pendant la semaine du festival, la journée en Cinélatino a commencé par une séance programmée par des jeunes. Les élèves de l’école primaire La Juncasse, des collèges George Sand et Jean-Pierre Vernant ont présenté leurs sélections les lundi 25 mars, mercredi 27 mars et vendredi 29 mars.

Petit reportage sur la séance du lundi 25 mars. Les élèves du CM2B de l’école primaire La Juncasse de Toulouse ont concocté une programmation ouverte au public dont plusieurs classes élémentaires. Les jeunes remplissent les rangs de la grande salle de la Cinémathèque, quand le public adulte se disperse au fond. L’espace bruisse de voix enfantines.

Dans le cadre du dispositif Passeport pour l’art, – Mairie de Toulouse, Éducation nationale et Cinélatino – les jeunes cinéphiles ont vu quatorze courts-métrages et se sont formés à la mission de programmateurs avec Marie Chèvre (leur intervenante Cinélatino) et Caroline Pujatte (leur enseignante). Ils ont sélectionné cinq courts-métrages, pour une durée d’une heure, qu’ils présentent à tour de rôle par groupes de quatre ou cinq. Leur expression est rodée : ils ont préparé leurs textes et ils parlent clairement, lentement, avec précision.

 

"Voyage sur Mars" de Juan Pablo Zaramella © DR "Voyage sur Mars" de Juan Pablo Zaramella © DR

Le premier film est une animation argentine de Juan Pablo Zaramella, Voyage sur Mars, «parce que c’est triste… et un peu drôle aussi, parce que c’est bien fait.»

La salle est captée par l’histoire et les images et, à la fin de la projection, les élèves du CM2B répondent aux questions. Ils ont voté à bulletin secret; le film est sous-titré parce qu’il est en espagnol mais ils ont vu des films sans paroles, qui n’avaient donc pas besoin de sous-titres; cependant ceci n’a pas été, pour eux,  un critère de choix.

Beaucoup de questions portent sur la compréhension du film : les enfants ne comprennent pas bien comment en si peu de temps le personnage enfant devient adulte ; ils demandent confirmation de la mort du grand-père : les élèves expliquent que c’est par le symbole de la bâche sur la dépanneuse qu’on comprend que le grand-père est mort. À d’autres questions sont apportées des réponses différentes : « c’est ce qu’on appelle une fin ouverte, chacun imagine sa propre fin. » Cette explication reviendra de nombreuses fois au cours de la matinée : les enfants ont très bien acquis cette notion et respectent les idées de chacun.

 

"Hoy no estoy" de Gustavo Taretto © DR "Hoy no estoy" de Gustavo Taretto © DR

Deuxième film : Hoy no estoy, film argentin de Gustavo Taretto où un homme à la démarche un peu étrange se cache dans un décor urbain. « C’est un film drôle, avec un personnage bizarre, qui nous a intéressés et amusés. » En fin de projection se lève une forêt de doigts. Beaucoup demandent à comprendre le film : pourquoi… ? L’histoire est fantaisiste, les enfants cherchent une logique et proposent des interprétations. Les jeunes programmateurs répètent : « c’est ce qu’on appelle une fin ouverte, chacun imagine sa propre histoire. »

 

"Teclópolis" de Juan Javier Salazar et Javier Mrad © DR "Teclópolis" de Juan Javier Salazar et Javier Mrad © DR

Troisième film : Teclópolis, film argentin de Javier Mrad et Javier Salazar, en stop-motion à partir d’objets au rebut. « Nous avons choisi ce film parce qu’il y a une histoire d’amour dans un film en stop-motion. » Pendant la projection, la salle rit souvent, beaucoup. Pour expliquer la technique du stop-motion, trois élèves miment la caméra, l’objet et le cinéaste dans une courte démonstration. Rires. Beaucoup de questions portent sur « qui est le gentil ? qui est le méchant ? ». Et les jeunes expliquent la portée environnementale du propos du film.

 

"Bá" de Leandro Tadashi © DR "Bá" de Leandro Tadashi © DR

Le quatrième film, , est brésilien et présente une famille japonaise : la grand-mère qui débarque dans la vie des enfants n’est pas vraiment la bienvenue. Les spectateurs sont touchés par cette histoire et rapportent leurs émotions. Tout en se posant encore la question du gentil et du méchant.

 

"La Matinta Perera" de Humberto Avelar © DR "La Matinta Perera" de Humberto Avelar © DR

Quant au cinquième et dernier film, il s’agit d’une animation brésilienne de Humberto Avelar, La Matinta Perera. Une menace – un oiseau – pèse sur le village. Une petite fille et son chat l’affrontent et se rendent compte que cette figure se transforme en une "grand-mère", qui aidera l’héroïne à échapper au danger. L’identification fonctionne à plein. La salle est envoûtée pendant la projection, applaudit le personnage de la petite fille. Adapté d’un conte, le film présente des aspects magiques voire fantastiques. Le désir d’identifier les figures positives réapparaît. Les programmateurs insistent à nouveau sur la pluralité des interprétations.

Leur rapidité à répondre aux questions, leur réactivité révèlent qu’ils ont acquis un nouveau regard et peuvent développer des arguments pour défendre leurs choix. En outre, ils souhaitent transmettre leurs émotions cinématographiques et leur démarche neuve de spectateurs qui savent bien que chaque film peut être interprété par chacun selon sa propre histoire, sa propre sensibilité, ses goûts cinématographiques. Leur engagement dans leur mission est sans aucune restriction. Parmi eux se trouvent peut-être les cinéastes ou les programmateurs de demain, et certainement des cinéphiles.

 

Marie-Françoise Govin

 

 

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