Cap sur la Guyane : histoires contées

Ayant pour objectif de tisser des liens entre les cultures, l’association toulousaine Chercheurs d’Autres propose cette année un programme de quatre courts-métrages "Histoires Wayana : les temps du changement" de Nicolas PRADAL, Pierre SELVINI, Jonika ALIWAWPOE, une oeuvre collective et solidaire.

Kailawa Wayana Akenaptëtpon © DR Kailawa Wayana Akenaptëtpon © DR

Le programme Histoires Wayana : les temps du changement tend un fil qui s’abstrait des frontières, géographiques et artistiques, à mille lieues de toutes formes d’exotisme. Ces quatre courts-métrages, réalisés à six mains, par Nicolas Pradal, Pierre Selvini et Jonika Aliwawpoe, résultent de la volonté d’impliquer les habitants dans la conception, le scénario et la mise en scène. Tous les acteurs sont non-professionnels et cinq stagiaires wayanas ont participé au tournage.  

Selon les Wayanas, le monde est apparu dans une ère où tout pouvait se transformer. Les films sont autant d’histoires contées du peuple amérindien, toutes reliées par un fil conducteur. Tout commence avec le mythe fondateur du chef légendaire, celui qui a su fédérer plusieurs clans ennemis sur les monts imaginaires Tumuc Humac pour donner naissance au peuple. Une voix off se superpose aux images presque documentaires pour conter un récit transmis de générations en générations. Vient ensuite le temps des migrations, à travers  le voyage de Malilou et sa famille sur une pirogue, le paliboto. Durant les nuits de cette traversée, l’histoire de Kaïlawa résonne encore. Cette migration a rendu possible la multiculturalité caractéristique de la société guyanaise et les amours impossibles qui forment le scénario du troisième court-métrage, dénonçant subrepticement les conditions de mariage forcé. Dans un dernier temps, le conflit entre la tradition et la modernité se cristallise autour de la figure du double : Stéphane est poursuivi par un homme en costume traditionnel, qui n’est autre que lui-même.

Chaque histoire, réelle ou imaginaire, a été confiée par un habitant wayana à l’un des réalisateurs qui l’a transformée en fiction : le mythe de Kaïlawa appartient à la littérature orale, Malilou n’est autre que la grand-mère de Sylvana, tandis que Stéphane est un jeune homme qui rêvait de partir dans les étoiles. Le centre spatial et le décollage d’une fusée ont formé une image symbolique forte qui clôt cet itinéraire cinématographique.

En présentant quatre facettes du peuple caribe, l’articulation de différentes temporalités, ce programme propose une immersion dans les mythes, l’Histoire et les métamorphoses d’un peuple, à la croisée du cinéma et de l’ethnologie.

Loreleï Giraudot, d'après les propos de Nicolas Pradal

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