La couleur d’une réalité

"Rojo" est une photographie prise par les yeux créatifs de Benjamín Naishtat. Il fonctionne comme le témoignage fictif d’une réalité vécue par les habitants de la province argentine dans les années 1970.

ROJO

BENJAMÍN NAISHTAT - ARGENTINE, BRÉSIL, FRANCE, PAYS-BAS, ALLEMAGNE - 2018 - 1h50

"Rojo" de Benjamín Naishtat © DR "Rojo" de Benjamín Naishtat © DR

Dans l’Argentine des années 1970, le respectable avocat Claudio (Darío Grandinetti) voit sa carrière et sa vie mises en danger à cause d’un étrange événement impliquant un inconnu. Combinée à une situation politique tendue, l’enquête du célèbre détective Sinclair (Alfredo Castro) va multiplier les problèmes pour le juriste, qui souhaite laisser cet incident dans le passé.

 

Benjamín Naishtat profite de son quatrième long-métrage pour expérimenter une écriture à plusieurs niveaux. Dans la couche la plus superficielle, c'est-à-dire la narrative, il utilise la mort fictive d’un homme comme simple prétexte pour exposer la situation d’un pays déchiré par une dictature militaire. Une réalité qui a bouleversé vraiment chaque secteur de la population argentine.

 

La deuxième couche est développée tout au long du film, avec un suspense difficile à expliquer mais facile à apercevoir, grâce aux silences et à la gestuelle des acteurs. L’atmosphère créée hypnotise le spectateur en le plongeant dans l’univers et dans la psyché des personnages. Une troisième couche se révèle alors : le sens de la couleur rouge. Car le réalisateur et scénariste conçoit les nuances de cette couleur comme les éléments annonçant les conflits. Plus intense est le rouge dans la scène, plus dangereux est l’avenir.

 

Cette maitrise pour fusionner les multiples lectures du film et l’histoire ont remporté un important succès dans le Festival de Saint Sébastien, car B. Naishtat a gagné la Concha de Plata du meilleur réalisateur, Darío Grandinetti celle du meilleur acteur et Pedro Sotero le Prix du Jury pour la meilleur photographie. Un palmarès mérité, pour un film audacieux.

 

César Noguera Guijarro

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