«Santa y Andrés» de Carlos Lechuga

1983, quelque part dans la campagne à l’est de l’île de Cuba, pendant la dictature castriste. Santa (Lola Amores), membre du « Consejo Popular », est chargée de surveiller Andrés (Eduardo Martínez), écrivain homosexuel dissident vivant reclus dans une cabane de parpaings et de tôles.

"Santa y Andrés" de Carlos Lechuga © DR "Santa y Andrés" de Carlos Lechuga © DR

Ode à la liberté

1983, quelque part dans la campagne à l’est de l’île de Cuba, pendant la dictature castriste. Santa (Lola Amores), membre du « Consejo Popular », est chargée de surveiller Andrés (Eduardo Martínez), écrivain homosexuel dissident vivant reclus dans une cabane de parpaings et de tôles. Andrés est black-listé par le gouvernement, depuis longtemps repéré comme opposant au régime pour ses écrits et ses interventions. Le motif de cette visite, cette fois, est de l’empêcher de se rendre à un forum pour la paix où il serait susceptible de parler à la presse étrangère. Santa, jeune femme déterminée et inexpérimentée, postera donc sa chaise devant la porte d’Andrés pour l’empêcher de sortir pendant trois jours et trois nuits, la durée du forum. Après la froideur des premiers mots et des premiers regards s’installe peu à peu une complicité sauvage entre les deux personnages. Véritable ode à la liberté et à la fraternité au-delà de l’idéologie, Santa y Andrés met ainsi en lumière, tout en nuances, les contradictions du régime pour laisser place à l’humain dans toute sa fragilité et sa complexité.

Dans un récent entretien[1], Carlos Lechuga revient sur son besoin de remonter aux années 1980 pour comprendre l’histoire de son pays à l’heure où Cuba vit actuellement de grands changements relativement difficiles à identifier au moment-même où ils se produisent. Il met également en avant le fait que d’autres réalisateurs de la même génération suivent ce même mouvement, comme par exemple, pour n’en citer qu’un, Pavel Giroud, avec son film L'Accompagnant, qui revêt de nombreuses similitudes avec Santa y Andrés. Carlos Lechuga replace ce besoin dans le contexte politique : « Il y a toujours, lorsqu’il y a un grand changement politique, ce besoin de retour en arrière, ce besoin de revenir au passé et de s’y arrêter un moment, pour essayer de comprendre. »

"Santa y Andrés" de Carlos Lechuga © DR "Santa y Andrés" de Carlos Lechuga © DR

Encore brûlant d’actualité, Santa y Andrés est aujourd’hui à son tour victime de la censure des autorités culturelles cubaines. D’abord retiré de la programmation du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain de La Havane en décembre 2016, il vient de subir le même sort sur décision de l’ICAIC, l’Institut Cubain des Arts et de l’Industrie Cinématographique, pour le Havana Film Festival de New York (du 30 mars au 7 avril 2017). Dans son entretien[1], le réalisateur revient précisément sur le point d’inspiration principal de son film : « Je voulais faire asseoir à la même table deux points de vue opposés et les laisser converser. J’ai essayé d’unir ces deux côtés opposés, de voir ce qui se passe. Je crois qu’entre les êtres humains il y a bien plus de choses qui unissent que de choses qui séparent, et cela va bien plus loin que l’identité sexuelle ou l’idéologie. C’est cette idée qui m’a le plus stimulé pour ce film. » Il explique : « Ça a été une surprise pour nous tous, que le film fasse autant de remous, parce que justement, il offre la possibilité de comprendre et Santa et Andrés, ces deux côtés opposés. Je veux pouvoir me permettre de m’asseoir à la table de deux personnages qui sont comme ça. Je ne vois pas le danger pour le pays, réellement. Juste une aide meilleure pour qu’un peuple devienne plus uni que séparé. »

En 2014, Laurent Cantet, en collaboration avec l'écrivain cubain Leonardo Padura, mettait en scène le milieu artistique cubain sur les toits-terrasses de La Havane dans son film Retour à Ithaque. Son film fut également déprogrammé il y a deux ans du Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain de La Havane, jugé trop dérangeant par le gouvernement des frères Castro.

Adeline Bourdillat

 

[1] Entretien du 20 mars 2017 avec Carlos Lechuga autour de son film Santa y Andrés, réalisé par Adeline Bourdillat et Cédric Lépine dans le cadre de Cinélatino, 29es Rencontres de Toulouse. L’entretien sera publié dans son intégralité sur Mediapart suite au festival.

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