6e semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes (SALC)

Jean-Marc Laforêt, conseiller diplomatique auprès du préfet de la région Occitanie, explique, dans un entretien donné à la Película, journal quotidien du festival Cinélatino, Rencontres de Toulouse, son action en faveur de la 6e semaine de l’Amérique latine et des Caraïbes (SALC)

En préambule de cet échange, peut-être n'est-il pas inutile de rappeler brièvement l'historique de la Semaine de l'Amérique latine et des Caraïbes (SALC) dont la 6e édition se tiendra du 23 mai au 8 juin.

En 2011 le Sénat a adopté une résolution déclarant le 31 mai Journée de l'Amérique latine et des Caraïbes en France. Si cette initiative a eu les premières années une dimension surtout institutionnelle et diplomatique, les choses ont commencé à changer en 2014 quand, à la demande du président de la République, s'est tenue la 1re édition de la SALC avec une double ambition : aborder l'ensemble des domaines de la relation entre la France et l'Amérique latine et les Caraïbes et toucher le grand public notamment en organisant des manifestations en régions.
Vous soulignez "le peu de présence de manifestations dans la région Occitanie" en 2018. C'est un euphémisme : l'an dernier en effet il y a eu une seule manifestation sur l'ensemble des 13 départements de la région pour 168 au plan national. Et depuis 2014, bon an mal an, la région n'a jamais dépassé 2% du total des manifestations organisées et ce malgré l'engagement, dès le début, de deux institutions que je tiens à saluer, la Maison universitaire franco-mexicaine (MUFRAMEX) qui célèbre cette année le 15e anniversaire de sa création et l'Institut Pluridisciplinaire pour les
Études sur les Amériques à Toulouse (IPEAT), Université Toulouse Jean-Jaurès. Mais l'Occitanie, lanterne rouge de la SALC, voilà bien un constat que je ne m'attendais pas à faire quand je suis arrivé à Toulouse il y a tout juste un an.
Cette quasi inexistence de la SALC en Occitanie m'est apparue d'autant plus surprenante que cette région entretient de nombreux liens avec l'Amérique latine, facilités par l'importance de la pratique de la langue espagnole, liée à la proximité de l'Espagne et à l'histoire de l'exil républicain espagnol.
L'Occitanie compte dans ses universités et établissements d'enseignement supérieur plus de 2200 étudiants latino-américains, également répartis entre Toulouse et Montpellier. Toulouse dispose, avec l'IPEAT, de l'un des plus importants centres de formation et de recherche en France sur l'Amérique latine. Par ailleurs, avec la Muframex, déjà citée, qui a son siège à l'Université de Toulouse, et, depuis peu, avec l'installation des bureaux d'internationalisation de trois des quatre meilleures universités mexicaines, Toulouse dispose d'une forte présence universitaire mexicaine. Mais l'on peut également citer les nombreuses associations culturelles (du tango à la salsa, en passant par la cumbia, les musiques et les danses latinos sont familières au public toulousain) et ONG qui développent des projets de solidarité en Amérique latine et dans les Caraïbes, ou encore le réseau des villes de l'Aéropostale, animé par la ville de Toulouse, qui illustre l'ancienneté des liens dans un domaine qui touche au cœur de l'identité régionale avec l'aviation et l'aéronautique.
Et, pour clore ce rappel très incomplet, il faut citer le festival Cinélatino de Toulouse, le plus important du genre en Europe ainsi que le musée des Beaux-Arts d'Auch qui dispose de la 2e collection publique d'art précolombien de France après celle du musée du Quai Branly à Paris.
D'ailleurs, dans ma fonction précédente d'ambassadeur de France en Colombie, j'avais pu mesurer combien Toulouse avait joué un rôle actif dans le cadre de l'Année France-Colombie organisée en 2017, avec notamment la remarquable exposition du musée des Abattoirs,
Medellín une histoire colombienne, la première édition du Festival de musiques colombiennes, Locombia, la venue de nombreux écrivains colombiens dans les librairies toulousaines, la coproduction et la présentation par le Muséum de Toulouse et Parque Explora de Medellín d'une exposition sur le phénomène climatique El Niño, un cycle de films colombiens à la Cinémathèque, des pièces de théâtre...
Donc, oui, après ce bref rappel de la richesse de la relation entre Toulouse, l'Occitanie et l'Amérique latine, la quasi absence de la SALC m'est apparu être une anomalie, à laquelle il était urgent de remédier.
De par ma fonction de conseiller diplomatique auprès du préfet de la région Occitanie, de représentant du ministère de l'Europe et des affaires étrangères et aussi de mon expérience professionnelle (j'ai consacré près de 25 ans de ma carrière de diplomate à l'Amérique latine dont 17 en poste en Amérique du Sud, à Buenos Aires, Brasilia, consul général à São Paulo, ambassadeur au Venezuela et en Colombie), je n'étais pas le plus mal placé pour relever ce défi.

Pour répondre à votre question sur mon rôle dans l'organisation de la SALC, je le définirais comme celui d'un catalyseur, qui, selon la définition qu'en donne Larousse, est "celui dont l'action déclenche une réaction par son intervention". Mais encore faut-il que les conditions de la catalyse soient réunies. Pour m'en assurer, à la fin de l'an dernier, je me suis ouvert de ce projet d'organisation de la SALC à deux personnes : Sonia V. Rose, directrice de la MUFRAMEX et Juan Pedro de Basterrechea, directeur de l'Institut Cervantès. Et nous avons décidé de nous lancer dans cette aventure.
À ce jour nous avons tenu deux réunions de préparation qui ont regroupé, pour la dernière, près de 40 participants et qui nous laissent espérer la tenue d'une vingtaine de manifestations. C'est encore modeste mais passer de 1 à 20, ce ne serait pas un si mauvais début.

Les partenaires qui se sont montrés enthousiastes à l'idée de ce projet sont tous ceux qui, au titre d'une institution et/ou à titre personnel, participent à cette initiative depuis fin janvier font montre d'un réel enthousiasme. C'est assez impressionnant et je leur suis à tous très reconnaissant pour leur engagement. Comme nous sommes actuellement dans la phase de construction des projets, qui doivent être finalisés d'ici au 8 avril afin d'être labellisés dans le cadre de la SALC, je ne peux que répondre imparfaitement à votre question car c'est un peu comme un match de la Ligue des champions, il vaut mieux attendre le coup de sifflet final pour connaître les noms des qualifiés.
Mais je peux tout de même vous dire que la programmation sera diversifiée avec une forte composante universitaire avec la MUFRAMEX et l'IPEAT, mais aussi Campus France et d'autres établissements d'enseignement supérieur. Grâce à Occitanie Coopération, qui a recensé près de 200 projets de coopération entre des ONG ou des collectivités territoriales d'Occitanie et l'Amérique latine et les Caraïbes, plusieurs d'entre elles participeront à la SALC. L'association Tchendukua, qui aide les indiens Kogis de Colombie à racheter les terres qui leur ont été volées et dont la notoriété a été récemment accrue grâce à l'émission
Rendez-vous en terre inconnue avec Thomas Pesquet, permettra de mieux connaître ce peuple et son combat pour préserver notre planète. D'autres ONG présenteront leurs initiatives de solidarité et leur lutte pour la préservation de la biodiversité, en Colombie, au Chili, au Pérou... Il y aura plusieurs projets culturels liés aux musiques latinos, à la culture urbaine, au théâtre, à la littérature... Et l'économie ne sera pas absente grâce au Club des Exportateurs de France.

Pour la première fois Cinélatino sera partenaire de la SALC : outre la tribune qu'il nous offre pendant le Festival pour en faire la promotion, ce qui en soi représente déjà un appui inestimable, il organisera des projections de films latino-américains en direction du public universitaire et sera partenaire, avec l'Institut Cervantès et la MUFRAMEX du projet sur l'Amérique latine et l'exil républicain espagnol. En effet, dans le cadre de la commémoration du 80e anniversaire de l'exil républicain espagnol, nous présenterons deux documentaires en présence de leurs réalisateurs (dont la venue a été rendue possible grâce à l'appui des ambassades de France au Mexique et au Brésil). Juan Francisco Urruti présentera son film,
Un exilio, película familiar, qui à travers l'histoire de ses quatre grands-parents rappelle le rôle joué par le Mexique dans l'accueil des républicains espagnols et Stela Grisotti , son documentaire qui retrace la vie et les combats d'Apolonio de Carvalho, militaire et communiste brésilien , membre des Brigades internationales, emprisonné en 1939 dans les camps d'Argelès et de Gurs d'où il s'échappera pour rejoindre les FTP et participer activement à la Résistance et notamment aux combats pour la libération de Toulouse, Carmaux et Albi.
Des partenariats sont en cours de discussion avec des collectivités territoriales. J'espère que nous pourrons annoncer bientôt quelques bonnes nouvelles. L'ensemble de la programmation sera disponible sur le site national de la SALC2019 après le 8 avril.
Mais d'ores et déjà je mets à profit cet échange pour convier tous ceux qui le souhaitent à nous rejoindre pour nous aider à organiser la SALC à Toulouse, en proposant des projets, s'associant à certains d'entre eux ou en faisant circuler l'information autour d'eux. Si vous êtes intéressés, vous pouvez m'écrire à :
jean-marc.laforet@occitanie.gouv.fr.

Je voudrais conclure en disant que la 6e édition de la SALC à Toulouse n'est qu'une première étape. Mais une étape essentielle si nous voulons faire mieux en 2020 où nous essaierons d'élargir notre action à d'autres villes d'Occitanie. Il faudra alors en effet non seulement se poser la question des outils permettant d'assurer la pérennité de la SALC mais y répondre. J'espère que nous aurons l'occasion d'en reparler.
El camino se hace al andar...

Dans sa Muestra, la 31e édition de Cinélatino programme les 25 et 29 mars En en balcón vacio, de Jomi García Ascot, à l’occasion du 60e anniversaire de la Retirada : le réalisateur raconte comment plusieurs milliers d’Espagnols, pour échapper aux troupes franquistes ont pris les « bateaux de l’espoir » et se sont réfugiés au Mexique et au Chili.

 

Jacques Danton

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