Georges Brassens et la mort

 

 © Blaise Guinin / 12 Bis © Blaise Guinin / 12 Bis
Tout commence en 1947, le jeune Georges a vingt-six ans. Il vit jusqu'au désespoir sa condition de poète autodidacte et de chansonnier sans public. Tandis qu'en ouverture du livre on apprend que Georges doit mourir, dans le Paris de l'immédiat après-guerre, sa mauvaise réputation lui colle à la peau, même s'il ne fait «pourtant de tort à personne», en suivant «son chemin de petit bonhomme». Des femmes, simples passantes, médisent de lui ou «le montrent au doigt». Même «celle qu'on voit apparaître une seconde à sa fenêtre et qui preste s'évanouit». Il reste coi. Il a décidé de suivre une autre route...

 

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Blaise Guinin nous propose un voyage au pays de Georges et nous invite à découvrir Brassens désargenté mais ayant déjà gagné le cœur de Jeanne qui l'avait accueilli à Paris alors qu'il fuyait le STO. Jeanne avait des chats, des oiseaux. Une cane aussi. D'une plume sensible et poétique, qui rend grâce au talent du chanteur rimant dès son plus jeune âge, Blaise Guinin imagine une rencontre, celle, pas si improbable, de Georges Brassens avec la mort elle-même. Une mort mélomane, tombée amoureuse des mélodies feutrées, des mots enlevés, de l'esprit libertaire et grivois, de l'irrévérence et de la mélancolie de celui qui n'est encore qu'un aspirant chanteur et désespère de vivre de son art. Une mort avec laquelle il devient ami. Jusqu'au moment ou elle lui prend sa mère, son père, Jeanne... Et l'emporte en octobre 1981.

 

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Blaise Guinin a distillé références textuelles et clins d'œil graphiques aux chansons de l'auteur de La Mauvaise réputation, des Copains d'abord, du Pornographe, d'Hécatombe, du Petit coin de parapluie... semant détails et fragments savoureux de cases en cases. Avec un trait délicat et naïf, servi par une mise en couleur sépia nostalgique, l'auteur n'a pourtant pas livré un simple biopic compassé : Georges et la mort de Blaise Guinin est un très bel exercice de style, subtil et touchant. Il brosse finement le portrait de cet artiste dont René Fallet disait : «la voix de ce gars est une chose rare et qui perce les coassements de toutes ces grenouilles du disque et d'ailleurs. Une voix en forme de drapeau noir, de robe qui sèche au soleil, de coup de poing sur le képi, une voix qui va aux fraises, à la bagarre et... à la chasse aux papillons».

Georges et la mort est une flânerie graphique qui célèbre Brassens. Et pour paraphraser le chanteur de «Mourir pour des idées» : «l'idée est excellente». 

 

  • Georges et la mort, textes et dessins de Blaise Guinin (couleur : Robin Guinin), 128 pages en couleur, 12Bis, 15 €

 

À l'occasion de l'exposition consacrée à Georges Brassens à la Cité de la musique à Paris de mars à août 2011, Clémentine Deroudille et Joann Sfar ont réalisé Brassens ou la liberté, livre retraçant la biographie du chanteur augmenté du catalogue de l'exposition.

 

  • Brassens ou la liberté, Deroudille & Sfar, Dargaud 2011, 329 pages, 39€

 

 

 

 

Les premières planches de Georges et la mort :

 

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