Le joug de la rigueur

J'ai bien l'impression que le joug de la rigueur pèse au-dessus de nos têtes. Faut dire qu'on aurait pas dû aller voir chez les Grecs. La faillite est contagieuse.
J'ai bien l'impression que le joug de la rigueur pèse au-dessus de nos têtes. Faut dire qu'on aurait pas dû aller voir chez les Grecs. La faillite est contagieuse. Aujourd'hui la Grèce, demain l'Espagne, l'Irlande et l'Italie. On nous annonce qu'il va falloir se serrer la ceinture, que les temps sont durs, et que c'est normal de se priver un peu plus en période de crise.
Le peuple grec, lui, a choisi. Il préfère se révolter. Des drapeaux rouges ont fleuri dans les rues, autour du parlement et des banques. Ces étendards ont repoussé subitement. Est-ce le printemps qui veut ça, ou bien le terreau y est-il favorable ? Toujours est-il qu'un parfum nostalgique et rouge emplit les rues d'Athènes. D'où vient-il ? Les forces capitalistes nous avaient pourtant assuré que tout était fini ! Que le peuple n'avait plus aucune raison de manifester, et que le grand capital avait transformé le communisme et les idéologies de gauche en mauvaise moussaka périmée. Lénine ? Abattu. Marx ? Congédié. L'Est fabrique nos autos, l'Ouest achète ses femmes... Chez nous, en France, ça n'a pas eu l'air d'inquiéter...
Sauf que là, y'a un truc qui sent mauvais et qui se rapproche. La rigueur, ils appellent ça. Qu'est-ce que c'est ? Ben c'est simple. Vous prenez un des pays les plus importants dans l'histoire de l'humanité, et vous le transformez en une nation misérable, mendiante, gisant là, au ban de l'Europe. Voilà comment le capitalisme remercie ses anciens et ses maîtres. Alors la Grèce aurait-elle fait de mauvais choix ? Serait-ce sa faute ? Allez, je risque une opinion. Je dis que oui.
Ils ont loupé le coche les Grecs ! Quand ils avaient le choix entre Athènes ou Sparte, ils auraient dû choisir la cité libérale en montrant un peu plus de réserves. Et puis léguer au monde gratuitement et sans brevet les théorèmes de Pythagore et les réflexions philosophiques de Platon, franchement ! Ils croyaient quoi les Grecs ? Que les barbares du Nord allaient leur dire merci ?
Alors on y revient au bon vieux drapeau rouge. Il sommeillait, en attendant des jours plus propices. Et bien saluons son retour en Grèce.
Du côté français, qu'en est-il ? Faut-il s'inquiéter des propos de la classe dirigeante sur un éventuel gel des finances publiques ? Moins de profs, moins de social, moins de services publics. Bien, mais on n'a aucune raison de s'affoler. Nous, on a apporté la Révolution et les Droits de l'Homme au monde ! La France ? Ils n'y toucheront jamais, c'est sûr !
Mettez-vous un peu à la fenêtre. Reniflez l'air qui vous entoure. Vous sentez ? La mauvaise odeur du capitalisme est ici encore plus prégnante qu'en Grèce. Toujours pas inquiets ?
Quand on vous parle de plan de rigueur, ça veut dire quoi ? Que jusqu'à présent les hommes politiques se sont montrés laxistes ? Qu'ils ont traité les affaires publiques à la légère ? Qu'ils ne pensaient pas qu'il était important d'être sérieux avec l'avenir de nos enfants, de nos ouvriers et de notre culture ? Alors ils s'en balançaient de tout ça ?
Ah mais je vois que vous commencez à vous agiter.
Pas d'augmentation de salaire, hausse du coût de la vie, enfants en danger dans nos écoles, l'instruction reléguée au second plan, l'insécurité dans des zones devenues incontrôlables, des très riches et des très pauvres... Vous vous situez où là-dedans ?
Ohé, vous m'entendez ? Mais où êtes-vous ? Dans le grenier ? Vous cherchez votre vieux drapeau à l'effigie du Che ?
Mais allez-vous attendre encore longtemps avant de sortir tout le nécessaire ? Non, parce que là, Socrate et Voltaire vont prendre cher... Très cher !

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