Le reflet du niqab

Je viens d'apprendre que deux femmes en sont venues aux mains dans un magasin en Loire-Atlantique, à Trignac. Tout ça parce que l'une d'entre elle portait le niqab, et qu'une autre cliente ne l'aurait pas supporté. Des réflexions ont fusé et puis tout s'est envenimé pour finalement aboutir à une empoignade devant, on le suppose, une clientèle médusée.

Je viens d'apprendre que deux femmes en sont venues aux mains dans un magasin en Loire-Atlantique, à Trignac. Tout ça parce que l'une d'entre elle portait le niqab, et qu'une autre cliente ne l'aurait pas supporté. Des réflexions ont fusé et puis tout s'est envenimé pour finalement aboutir à une empoignade devant, on le suppose, une clientèle médusée.

J'ai essayé de comprendre ce qui s'était passé. Au bout d'un moment, je me suis demandé si j'étais plutôt niqabophile ou niqabophobe. Il fallait choisir son camp !

Et puis, repassant sans cesse la scène que je n'ai pas vécue mais que j'imagine aisément, je me suis aperçu que personne ne faisait cas de la clientèle du magasin.

Ceux qui tranquillement étaient partis s'acheter des chaussures le mardi, sûrs d'éviter la grande foule du vendredi soir ou du samedi. Tous ces gens me sont apparus semblables à moi, sans opinion vraiment définie, du fait qu'une petite voix cachée au plus profond de nous affirme souvent que le gros problème des hommes réside dans leur volonté à tout généraliser.

Comment ont-ils réagi à cette altercation ?

Certains journalistes ont essayé de savoir qui était à l'origine du conflit. Ce qui est certain c'est que ce sont les deux qui ont agressé, par leur attitude lamentable, la clientèle du magasin. Brassens déclarait : « gloire à celui qui se borne à ne pas trop emmerder son voisin ». Il faut croire que ces dames n'avaient pas l'intégralité des œuvres du poète.

Où se situe la politique dans cette affaire ?

Les dirigeants ont des avis sur tout, et s'ingèrent dans nos vies sans qu'on les y invite. Puis ils s'étonnent du niveau record de l'abstention à la première élection qui passe. Ils reconnaissent eux-mêmes qu'ils sont coupés de la base. Pourquoi ? La véritable raison c'est qu'ils sont incapables de se mettre dans la peau du voisin que l'on emmerde. Les gens veulent juste qu'on leur fiche la paix. Ils veulent vivre tranquillement sans être agressés par des folles furieuses au supermarché.

Dans tous les cas, les gouvernants sont en charge de préserver l'unicité de la nation. Ils ont une responsabilité dans cette affaire. En effet, ces deux comportements a priori opposés convergent vers une seule et même explication. La volonté d'exister. Les gens recherchent aujourd'hui des repères identitaires car ils sont perdus.

Certains partis politiques font de ces repères leur fond de commerce, mais le problème est que le peuple ne se reconnaît pas en eux. L'histoire, la culture et la tradition française s'est écrite par l'alternance politique. Aussi, notre héritage est à la fois de droite mais aussi de gauche. Les partis conservateurs et traditionalistes ne prennent pas en compte l'empreinte qu'a laissée le mouvement ouvrier sur notre société. Aussi ne sont-ils pas représentatifs du peuple. A l'inverse, les partis d'extrême gauche paraissent nier l'existence d'une identité nationale forte qui se traduirait par la remise en valeur de certains symboles de la République et à la restauration d'un sentiment d'appartenance. Quand aux autres hommes et femmes politiques, ils savent que le terrain est glissant et ne revendiquent qu'une seule chose, la laïcité. Mais la France se réduit-elle à cette notion ?

Ces deux femmes, on peut l'imaginer, font face toutes les deux à ce problème d'identité. L'une a choisi le niqab. Le repère identitaire est clair. L'autre s'est sentie agressée par le masque de l'autre. Pour quelle raison ? Tout simplement parce qu'elle le considère comme une menace, une atteinte au peu d'identité que la société française puisse actuellement lui conférer. Il n'y a qu'un petit pas qui nous sépare d'un mouvement d'ampleur visant à renvoyer en masse nos enfants étudier le catéchisme, non par conviction religieuse, mais par réaction, par autodéfense.

Que s'est-il passé dans ce magasin de chaussures entre ces deux femmes ?

Il semblerait que l'existence d'une femme masquée ait provoqué chez l'autre la peur de son inexistence.

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