Le «devenir-Sujet-politique» de Badiou

Le philosophe Alain Badiou propose quelques propositions sur une subjectivité soutenue par l'Idée communiste.Badiou nous propose un «devenir-Sujet-politique» comme étant «la projection dans l'Histoire» de l'individu, pour autant que cet individu porte "l'hypothèse communiste".

Le philosophe Alain Badiou propose quelques propositions sur une subjectivité soutenue par l'Idée communiste.

Badiou nous propose un «devenir-Sujet-politique» comme étant «la projection dans l'Histoire» de l'individu, pour autant que cet individu porte "l'hypothèse communiste".

Il propose donc une subjectivité positive, redéfinissant le mot de "communisme". C'est un idéal commun qui est proposé, lors d'un colloque sur "l'idée de communisme" tenu à Londres en mars 2009 (in "L'hypothèse communiste", Ed. Lignes, avril 2009) par ce grand philosophe.

 

Dans ce livre, il parle de mai 68. Il y lit surtout, c'est son originalité-partagée-, "la mise en cause massive de la légitimité des organisations historiques de la gauche, des syndicats, des partis, des leaders connus". Mai 68 reste présent pour ceux qui ont "le courage d'avoir une grande idée", "l'idée communiste", idée au sens platonicien.

Il rejette, en fidélité à Mai 68, avec virulence, le capitalisme, le "capitalo-parlementarisme", le parlementarisme et la "démocratie", qu'il se refuse à disjoindre les uns des autres. Il oppose à tout cela "la certitude anticipée d'un tout autre cours des choses", "une politique inventée au ras du réel populaire"-ce que seuls Badiou et son groupe sont capables de faire.

 

Un tel individu à la nouvelle subjectivité prépare et se prépare à un "évènement" politique. "J'appelle évènement une rupture dans la disposition normale des corps et des langages"(...) un évènement est la création de nouvelles possibilités (...)il ouvre la possibilité à ce qui est "impossible" jusque-là.".

"Un évènement est quelque chose qui advient en tant que soustrait à la puissance de l'Etat". "Politique à distance de l'Etat".

"La politique d'émancipation est essentiellement celle des masses anonymes, elle est la victoire des sans-noms". C'est ici un hommage nouveau au travail de Jacques Rancière (auteur de "La haine de la démocratie", Ed. La Fabrique).

Pas de préoccupations pour les élections, ni pour les partis anciens ni pour les syndicats qui sont donc supposés appartenir au domaine de "l'Etat". Et l'"Etat" est un concept non interrogé dans ce livre; aucune allusion à un "Etat social". Les formes multiples de démocratie représentative, les expériences d'Assemblée constituante ne sont pas discutées.

 

La "Grande Révolution Culturelle", qu'il situe comme évènement entre novembre 1965 et septembre 1967, mit en cause l'Etat issu de la révolution. En réponse à la "circulaire en 16 points d'août 1966" où le Parti (Mao) demande "d'accorder la primauté à l'audace, de mobiliser sans réserve les masses" et de s'attaquer aux cadres du parti s'engageant dans la voie capitaliste, la révolution culturelle survient. Badiou aprouve grandement, nomme "évènement" cette déclaration et ses conséquences, mais critique le fait que la primauté du Parti ait été réaffirmée, que le Parti soit demeuré la seule référence nationale admise.

Il propose une sorte de maoïsme excédant le Mao-fondateur d'Etat, exaltant un Mao "rebelle", seule voix dissonnante citée pour exprimer la "GRCP" et ses multitudes en mouvement. Ce n'est pas le spontanéisme populaire qui est valorisé, bien au contraire.

Il cite ensuite la Commune de Paris. Les sociaux-démocrates et les communistes avec Lénine créèrent des partis organisés pour répondre à la faiblesse organisationnelle de la classe ouvrière de ce Paris ouvrier insurgé qui fut si sauvagement réprimé. Fausse réponse selon Badiou puisqu'emprisonnant la révolution dans l'Etat. Et Badiou de critiquer les partis de Lénine , de Rosa Luxembourg, comme ceux de Mitterrand, de Jospin.

La phrase décisive, lors de la Commune, selon lui, fut celle du Comité central de la Garde Nationale du 18 mars 1871 décidant de "prendre en mains les affaires publiques". "Cette fois, cette unique fois, on ne remet pas son destin entre les mains des politiciens compétents" et "on se propose de traiter la situation à partir des seules ressources du mouvement prolétaire"; "c'est une déclaration de rupture avec la gauche", rupture prolétarienne avec les politiciens de gauche. Le 19 mars, ce même comité décide de "faire des élections, pourvoir aux services publics, préserver la ville d'une surprise". Là est l'"évènement" de la Commune. Elle a "créé" un "possible"; "ce possible est tout simplement celui d'une politique prolétarienne indépendante". C'est, selon lui, une "rupture avec la forme représentative de la politique", "une rupture avec la "démocratie"". C'est une décision prise centralement, aux conséquences majeures qui ici aussi constitue "l'évènement". Reste que cette description faite par Badiou est saisissante.

Mais critiquer tous ces partis cités par lui qui n'ont guère eu en commun que de participer aux élections et à un mode de représentation représentative est bien rapide et uniltéral.

 

L'Idée a besoin des noms, il cite entre autres "Marx, Lénine, Mao, ". Ces noms propres viennent symboliser les "moments de la politique comme vérité".

La fonction de cette Idée est de soutenir l'incorporation individuelle à la discipline d'une procédure de vérité", à devenir "corps subjectivable". Idée soutenue dans d'obscures réunions. Il cite l'exemple français de l'Organisation politique, seul exemple en ce pays, et organisation crée par lui-même et ses amis. "La tâche du jour est de soutenir la création d'une discipline soustraite à l'empire de l'Etat, d'une discipline qui soit politique de part en part".

Mais la discipline collective, n'est-ce pas cela qui fait s'associer en un parti politique? Quelle disciple? Comment? Quelles règles? Les questions reent pendantes. Et si on rejette toute forme de démocratie représentative, sera-ce pour valoriser des structures minoritaires, centralisées et aux mots d'ordre décisifs? Ce serait inquiétant.

Quelle est cette subjectivité qui accepte cette "discipline"tenue par l'Idée"?

Ce que propose Badiou n'est pas un éloge de la révolte, de la multiplicité des expressions révolutionnaires, de leurs débats et querelles, mais celui de la phrase aux conséquences politiques inouies. C'est un discours de philosophe, tenant de la Vérité, héritier en ligne droite de Platon. C'est une conception de la révolution autoritaire, au-delà de la critique de l'intégration à l'Etat.

C'est une conception du communisme parmi d'autres. Une conception de la subjectivité soutenue par l'idée communiste qui n'emporte pas notre enthousiasme.

 

Pascal Boissel

 

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