On ferme une clinique psychanalytique pour les pauvres

Le cloisonnement administratif plus l'indifférence à la souffrance des plus démunis auront comme conséquence la fermeture d'une clinique psychanalytique pour les pauvres. Or, le constat est sans appel : l'offre publique de prise en charge psychologique est insuffisante, comme en témoignent les listes d'attente interminables pour les consultations de psychothérapie dans les Centres médico-psycho

Soutenons l'engagement associatif,  sauvons La Clepsydre!

Les lieux où l'on s'occupe de la souffrance psychique attirent très rarement l'attention des médias et du grand public. À l'écoute de la parole singulière qui leur est confiée, les professionnels qui y travaillent opèrent dans la confidentialité, à l'abri des regards et des interférences extérieures. Il arrive pourtant qu'ils soient amenés à interpeller la collectivité, quand des enjeux qui la concernent les y poussent.

Je souhaiterais attirer l'attention des lecteurs sur le danger de disparition imminente de l'association que je préside, La Clepsydre, et qui poursuit, depuis presque trente ans, le pari d'une psychanalyse "ouverte à tous", sans que des questions de moyens financiers freinentcette démarche, si difficile pour tant de personnes qui en ont pourtant besoin.

La Clepsydre offre un cadre d'intervention clinique souple à l'articulation des champs social, éducatif et sanitaire, cadre souvent complémentaire des prises en charge sociales et éducatives réalisées par les travailleurs sociaux ainsi que des suivis effectués par les professionnels du soin médical et psychiatrique. C’est également un organisme de formation et de recherche permettant de transmettre l’expérience tirée de cette approche.

D'abord portée uniquement par des bénévoles, La Clepsydre a répondu à des projets des pouvoirs publics, s'inscrivant ainsi dans les dispositifs parisiens de prise en charge de la souffrance psychique et sociale. Assez vite, de premiers financements ont permis de créer quelques postes lui assurant une certaine stabilité. En un peu moins d'une décennie, l'association allait s'accroître et accueillir jusqu’à 500 personnes par an.

Mais, depuis quelques années, ce sont toutes les associations et initiatives consacrées à Psychanalyaux difficultés de l’ensemble du secteur associatif : marchandisation des services des associations, mise en concurrence, désengagement de certains services publics ou encore réorientation de leurs missions.

Ainsi, le recentrage des financements du Bureau RSA de la DASES sur des dispositifs uniquement dédiés à évaluer l'"employabilité" des allocataires a fait perdre cette année à La Clepsydre les deux tiers de ses subventions, soit 200000 sur un total de 308000 euros.

L'Agence Régionale de Santé, quant à elle, ne finance plus de suivis psychologiques individuels, estimant que ceux-ci relèvent de l'Assurance Maladie, laquelle ne prend en compte que des actes médicalement prescrits.

Voilà donc comment les administrations publiques, avec leurs compétences comparti­mentées, se déchargent du financement du suivi psychologique en milieu associatif, suivi dont elles reconnaissent par ailleurs unanimement la nécessité.

Car le constat est sans appel : l'offre publique de prise en charge psychologique est insuffisante, comme en témoignent les listes d'attente interminables pour les consultations de psychothérapie dans les Centres médico-psychologiques, pour lesquels le secteur associatif offre un relais précieux, voire indispensable.

Et, s'il fallait encore s'en convaincre, des études récentes confirment le moindre coût financier pour la collectivité d'une prise en charge psychologique des troubles anxieux et dépressifs, par exemple, par rapport à leur prise en charge médicamenteuse, la seule qui reste quand l'accès à un suivi psychologique s'avère trop long à obtenir dans une structure publique ou trop onéreux en libéral.

Ce coût pour la collectivité est, en plus, ultérieurement réduit si l’on considère le nombre important de bénévoles qui œuvrent dans les structures associatives. À La Clepsydre, précisément, on compte 15 bénévoles pour 4,8 équivalents temps plein, cliniciens et administratifs confondus.

Aujourd'hui, faute de soutiens financiers suffisants, La Clepsydre va devoir cesser ses activités.

Les 300 personnes environ qu'elle reçoit actuellement subiront un arrêt brutal et prématuré de leur soutien psychologique, sans relais disponible, et les quelques salariés qu'elle emploie se retrouveront au chômage. Ses partenaires de terrain perdront un lieu d'orientation indispensable, reconnu pour son expérience et sa compétence. Cela mettra également fin à l’action de plusieurs psychologues et psychanalystes professionnels engagés bénévolement dans l’association, ruinant un élan d'engagement citoyen qui œuvre patiemment à restaurer du lien social.

Aussi, j'en appelle à la clairvoyance des pouvoirs publics, ville, département, État ; j'en appelle à la générosité de nos concitoyens qui en auraient les moyens : ne laissez pas s'éteindre cette force mise à la disposition, en grande partie bénévolement, de la santé psychique individuelle et collective.

Soutenez La Clepsydre, soutenez l'engagement citoyen contre la souffrance psychique et sociale!

 

Bruno Secchi

Psychologue clinicien, psychanalyste

Président de La Clepsydre

 Février 2017

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