Pétition. Contre l’exclusion de la psychanalyse.

Dans une tribune parue le 22 octobre dernier dans l’Obs – « Pourquoi les psychanalystes doivent être exclus des tribunaux » – il fut demandé, par ce biais, que la psychanalyse soit bannie de la cité. Et également requis que ne soient plus recrutés dans les universités d’enseignants-chercheurs déclarant se référer à celle-ci.

(...) Profondément choqués par ces propos, les membres du Séminaire Inter-Universitaire Européen d’Enseignement et de Recherche en Psychopathologie et Psychanalyse (SIUEERPP) demandèrent à l’Obs la possibilité de répondre, laquelle leur fut donnée dès le 1er novembre.

Il ne s’agissait pas pour eux de présenter un argumentaire scientifique (qui n’avait pas place en ce lieu et était largement instruit ailleurs : dans les ouvrages et publications ad hoc) ni une réfutation point par point de cette tribune (la place y manquait aussi). Mais de répondre à un discours d’excommunication par une tribune opposée, plaidant pour un appel à la pensée, à la tolérance, à la pluralité et à une éthique scientifique qui sache faire la différence entre opinion et réflexion.
           Enjeu qui dépasse de loin, on le voit, le cadre « disciplinaire » de la seule psychanalyse.
            Le texte de cette réponse figure ci-dessous. (...)
            C’est pour permettre un plus large soutien de cette « contre-tribune » et lui donner l’empan qu’elle mérite qu’est ouverte cette pétition.

 

Voilà son lien :     http://chng.it/VsrmkfJjjX


 Contre l’exclusion de la psychanalyse.

Pour la diversité des méthodes de recherches et de soins.

Un appel à la pensée
 
 
            « On » veut exclure la psychanalyse de la cité.
            Cette volonté n’est pas nouvelle. Elle reprend un procédé déjà utilisé en 2004 lors de la publication d’un rapport sur l’évaluation des psychothérapies, lequel avait été le support d’une demande d’éviction de la psychanalyse en tous points similaire. (Précisons pour ceux qui l’ignoreraient que les biais méthodologiques grossiers de ce rapport ont aussitôt été démontrés et ses conclusions – si tant est qu’elles aient pu justifier quoi que ce soit – depuis longtemps rejetées, y compris par ce que mettent en lumière les études les plus récentes.)
            Un procédé également utilisé en attribuant régulièrement aux psychanalystes des discours et des positions ineptes (entre autres à propos de l’autisme), positions qui ne sont pas les leurs et n’ont pour autre fonction que celle de les stigmatiser.
            Et un procédé, enfin, employé au nom d’une autorité scientifique que certains croient être seuls à détenir, laquelle leur donnerait le droit de manier l’injure et le mépris (« obscurantisme », « sectarisme », « leur diplôme – quand ils en ont ») envers ceux dont ils méconnaissent pourtant si manifestement les travaux.
 
            Que répondre ? Qu’un tel discours et un tel procédé, qui se donnent la science pour caution, sont tout sauf scientifiques puisqu’ils ne cherchent pas le débat mais instruisent un procès idéologique aux forts relents d’inquisition. Puisqu’ils cherchent simplement à condamner, à exclure et à obtenir ce qu’il faut bien appeler une forme d’épuration. Puisqu’ils ne sont, en définitive, qu’injures à la pensée et à la raison.
            Comment se fait-il que l’on puisse s’en faire le relai ? Est-ce là un signe des temps ? Le signe que l’on peut désormais confondre impunément propos idéologique et rigueur scientifique ?
             Et de quelle haine profonde tout ceci est-il la marque ? Celle-ci a déjà été maintes fois explorée, n’y revenons pas. Sinon pour souligner que chaque retour du discours qui la met en scène est également l’indice d’un enjeu précis. Dans le cas présent, celui des jeux de force au sein de la section « psychologie » du Conseil National des Universités (CNU). Enjeu scientifique, alors ? Non, hélas. Et, à vrai dire, même pas politique non plus. Enjeu purement tactique, tout simplement…
 
             Cette dimension n’est pas la bonne, évidemment. Il importe de ne pas s’y laisser piéger. De ne pas accepter que des questions sociales essentielles se voient ainsi réduites à de pures manœuvres de pouvoir. Invoquer le devoir moral, comme il est fait dans cette tribune du 22 octobre, doit avoir ce corollaire : respecter soi-même une certaine éthique. En l’occurrence, ne pas appeler inconsidérément à une chasse aux sorcières là où la modestie s’impose, là où la diversité des savoirs et des pratiques constitue pour chacun, patients, familles et proches, la meilleure garantie de soins ou d’expertises.
              S’ériger en gardien de la science et de la santé implique en retour que l’on n’ignore pas le devoir de réserve auquel on est tenu par ses fonctions. Que l’on ne se fasse pas à la fois juge et partie. Et que l’on ne prêche pas aussi légèrement l’excommunication.
    http://chng.it/VsrmkfJjjX

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