Vous ne trouverez pas Marcel Réja sur wikipedia.

Vous ne trouverez pas Marcel Réja sur wikipedia.Inutile de l'y chercher là, il n'y est pas.Inutile aussi de chercher sur le web le Dr. Paul Meunier - Marcel Réja donc - qui fut aliéniste à l'asile de Villejuif.Et pourtant, il s'agit, de Réja à Dubuffet puis à Blavier (entre autres), de ce mouvement qui a mené à la reconnaissance de ce que Jean Dubuffet a appelé Art brut, et des Fous littéraires dont André Blavier s'est fait le chantre.

Vous ne trouverez pas Marcel Réja sur wikipedia.

Inutile de l'y chercher là, il n'y est pas.

Inutile aussi de chercher sur le web le Dr. Paul Meunier - Marcel Réja donc - qui fut aliéniste à l'asile de Villejuif.

Et pourtant, il s'agit, de Réja à Dubuffet puis à Blavier (entre autres), de ce mouvement qui a mené à la reconnaissance de ce que Jean Dubuffet a appelé Art brut, et des Fous littéraires dont André Blavier s'est fait le chantre.

Ne pas oublier, comme l'écrit Fabienne Hulak en son Cabinet des singularités (1994) qui présente le texte majeur, L'Art chez les Fous (1907) de Marcel Réja, qu' "il nous faut replacer le travail de Réja dans son contexte historique, car certaines remarques, franchement européano-centristes, et des jugements très accadémiques paraissent aujourd'hui insoutenables si on oublie que l'essentiel du travail de Réja s'effectue bien avant la reconnaissance des grandes révolutions esthétiques du siècle" - du XXe siècle donc.

Quel fut donc le propos de Marcel Réja ?

Il s'est proposé "d'étudier la production artistique du fou pour mieux comprendre celle du génie"(Pierre Vermeesch, Préface à L'Art chez les Fous, Z'éditions, 1994).

Entre la production du fou et celle du génie, il semble y avoir de prime abord une différence fondamentale : l'une est bannie quand l'autre est applaudie. Cette différence-là concerne pourtant le temps qu'il faut pour que la production de l'un ou de l'autre soit entendue et reconnue... au minimum entérinée comme message constitué comme tel par qui l'accueillera peut-être.

L'un et l'autre, le fou et le génie, oeuvrent à partir d'une certaine nécessité subjective qui les met au pied d'un mur où mimétisme et imitations n'offrent que peu de secours puisqu'il s'agit de tenter d'y produire une solution inédite à un problème existentiel intime.

Quel accueil ferons-nous à ces solutions inédites au XXIe siècle ?

Dans le texte de Marcel Réja, on rencontre aussi deux autres figures : celle de l'enfant et celle du sauvage. Réja note la "valeur hiéroglyphique" de certains dessins d'enfants et de sauvages, quoique l'enfant n'atteigne pas, pour lui, "à l'ingéniosité" que l'on peut trouver dans certains représentations du corps humain par les sauvages. Le point commun qui les relie pourtant, c'est que : "Tous deux se ressemblent par le mépris où ils tiennent la réalité. Ils ne cherchent pas à évoquer les formes mêmes, mais seulement leur idée."

Le mérite de Marcel Réja fut de découvrir, dans les termes de son époque, et de s'intéresser au fait que le fou, le génie, l'enfant et le sauvage faisaient ensemble, chacun à leur façon, oeuvre humaine. Cette oeuvre humaine n'est pas toujours artistique, elle est souvent méconnue, mais elle mérite d'être accueillie car elle nous interroge.

 

Le texte de Marcel Réja, paru en 1907, L'art chez les fous, le dessin, la prose, la poésie, reste disponible en libraire et sur le web, hormis l'édition, qui semble épuisée, parue en 1994 chez Z'éditions, à l'occasion de l'exposition organisée par l'Aracine au Musée d'Art Brut de Neuilly-sur-Marne.

http://laracine.free.fr/ où l'on peut lire ceci de François Tosquelles :

Les malades mentaux témoignent ouvertement de notre commune condition à tous, ils contribuent ainsi à la révélation de ce que nous sommes. C’est d’ailleurs pour nous épargner l’angoisse de cette connaissance et de cette révélation brutalement éclairante, que l’on tient trop facilement à les écarter de notre vie et de notre sensibilité, dans le meilleur des cas, en nous défendant nous-mêmes par la méconnaissance systématique, superposable à ce que l’on sait de la discrimination raciale. Les rationalisations sur leur utilité ou leur inutilité sociale, voire les désarrois affectifs concernant leur danger ou leurs inadaptations plus ou moins agressives, constituent de vraies excuses d’autodéfense devant l’éclairage qu’ils projettent sur beaucoup de phénomènes essentiellement humains que nous préférerions méconnaître.

 

 

Le texte précédent de Marcel Réja, paru en 1901, L'art malade : dessins de fous, a été réédité, y compris ses illustrations, dans les cahiers de l'I.I.R.E.F.L. et est disponible, depuis fin juin 2010, ici sur le web :

http://fous-litteraires.over-blog.com/

 

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