Liberté à sens unique ? « Egaux plus que d’autres » ? Contrainte et haine ?

Les réactions de professionnels de psychiatrie, de parents, se multiplient à l'encontre de la proposition de loi présentée le 8 décembre par Daniel Fasquelle et 93 députés LR à propos l'autisme. Dans une violente attaque de haine et de division des professionnels et des parents, cette proposition vise même à condamner et poursuivre les "récalcitrants". Curieuse conception de la liberté !

 

Une proposition de loi à l’initiative du député LR Daniel Fasquelle, soutenu par 93 députés pour la plupart L.R., sera présentée au Parlement le 8 décembre 2016.

Elle prévoit ni plus ni moins l’interdiction de la psychanalyse dans toutes les institutions françaises à propos des soins auprès des enfants autistes. Mais derrière cette outrance, il s’agit d’attaquer la liberté de choix des parents et des patients des thérapeutiques qu’ils souhaitent pour leurs enfants ou pour eux-mêmes, et tout autant d’entraver l’indépendance professionnelles des praticiens, c’est à dire là encore, d’attaquer la liberté de prescription des praticiens, la liberté de choix des équipes soignantes de leurs orientations théorico-cliniques !

S’appuyant sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé, en fait en les dévoyant, il invite le Gouvernement « à condamner et interdire les pratiques analytiques sous toutes leurs formes car n’étant pas recommandées par la HAS ». Le député énonce ainsi qu’il y aurait une science d’Etat qui dirait le vrai pour tous ! De plus il propose dans son texte que les praticiens qui ne respecteraient pas les recommandations de l’HAS sont sanctionnés et condamnés ! Peut-être proposerait-il si le texte est adopté de les envoyer en camp de rééducation ? ou en camp de travail ?

La « trumperie » deviendrait-elle la règle aussi dans notre pays ?

Car les « recommandations » de l’HAS n’ont pas force de loi ! les « recommandations » sont de simples avis proposés aux professionnels. Derrière illustration en date, l’avis relatif par rapport aux traitements dans la maladie d’Alzheimer n’ont pas été suivi par … le ministère de la santé lui-même !

Car les conclusions de l’H.A.S. datant de 2012 avaient été interprétées alors dans un sens très restrictif qui ne correspondait pas à l’esprit et la diversité des travaux conduisant à cette recommandation ; celle-ci doit être d’ailleurs révisée dans les prochains mois… La présentation de cette recommandation avait été dévoyée dans une collusion entre la Présidente de France Autisme et du Président de la H.A.S. de l’époque, qui avait été aussi vice-président du Conseil Régional des Pays de Loire, et personnalité politique très proche de François Fillon[1].

Soyons un peu technique afin d’informer pleinement : car que dit exactement l’HAS dans sa recommandation ?

« L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle.

Ceci doit inciter les équipes des centres hospitaliers universitaires et des autres  organismes ayant une mission de recherche (centres de ressources autisme, universités, laboratoires de recherche, centres régionaux pour l'enfance et l'adolescence inadaptées,

etc.) à développer la recherche clinique (..) ». [2]

Serait-ce parce que cette recommandation est en voie d’être reconsidérée … ou pour d’obscures considérations électoralistes, qu’est réapparu cette proposition de Daniel Fasquelle, qui n’en est pas à sa première tentative, la précédente ayant été soutenue par Gwendal Rouillard, député PS du Morbihan ? Les parents et certaines associations ne doivent-elles pas être choyées dans cette période pré-présidentielle ? Daniel Fasquelle a été un des soutiens majeur du candidat Nicolas Sarkozy. Sa proposition de loi présentée avant la primaire de la droite… ne s’inscrit-elle pas plutôt dans un projet politique de cette droite devenu extrême ?

N’y a-t-il personne, aucun assistant parlementaire pour rappeler à ces représentants du peuple espérant de hautes fonctions dans un proche avenir, que seuls les états totalitaires, et le premier dans l’Histoire à avoir pris une initiative analogue fut le parti nazi. Les partis staliniens et ensuite les dictatures d’Amérique latine ont condamnéouinterdit la psychanalyse.

Depuis quelques semaines, de très nombreuses associations, telle Convergence Autisme Pluriel – CAP-, telles plusieurs associations psychanalytiques et psychiatriques, ou encore le Collectif des 39, se mobilisent : plusieurs pétitions ont déjà recueilli plusieurs milliers de signatures de professionnels, mais aussi de parents, et de patients[3].

Mais ce qui apparaît très grave, c'est que cela ne concerne pas uniquement le parti LR. La secrétaire d'État Ségolène Neuville, en mai 2016 avait réitéré cette interprétation erronée de la HAS à l’endroit du packing (cette thérapeutique dite d’enveloppement humide).

Le directeur de l'agence régionale de santé d'Aquitaine, proche de Marisol Touraine et auteur d’un récent rapport à la demande de la Ministre de la Santé, Michel Laforcade s’est acharné il y a quelques mois, à poursuivre un pédopsychiatre au simple motif qu’il faisait référence à la psychanalyse pour les soins aux enfants autistes dans une tribune publiée sur le site du Collectif des 39, se risquant ainsi vers un recours à un « délit d’opinion » !

Les Agences Régionales de Santé (les A.R.S.) imposent aux institutions dans de plus en plus de régions « l’obligation » d’appliquer les « recommandations » de l’HAS en ce qui concerne l’autisme, tant au niveau des pratiques qu’en ce qui concerne les plans de formation des équipes, ou en adressant des menaces quant aux reconductions des budgets … Or si les directeurs des ARS se permettent de considérer ces recommandations comme des obligations réglementaires ou législatives en toute impunité, ne serait-ce pas sous injonction gouvernementale ?

Un lobby extrêmement puissant est à l’œuvre, utilisant de lourds moyens de pression, s’appuyant sur des détournements d’études américaines ou canadiennes, surfant sur les carences réelles des moyens imposés à la pédopsychiatrie par les pouvoirs publics depuis des décennies, pour promouvoir une seule méthode d’approche des troubles autistiques, et nier la nécessité de soins psychiques, de thérapeutiques diversifiées.

On assiste donc dans notre pays à une violente vague d'intolérance et d'exclusion, si ce n’est d’interdiction professionnelle à l'endroit d'une part d'une thérapeutique mais surtout à une certaine conception de l'humain, un humain si particulier puisqu'autiste qui n'aurait pas d'Inconscient,  et aussi à une certaine philosophie, à ce qui est d’abord un outil de pensée.

Lorsque l'on sait que la psychanalyse est reconnue depuis plus d'un siècle comme un apport important dans le champ intellectuel, même si elle est l'objet de polémiques régulières, parfois salutaires car elles poussent LES psychanalystes à ne pas rester drapés dans un savoir intangible, ne s’agit-il pas d'une attaque gravissime, une offensive réactionnaire, contre la culture, venant d'abord de la droite extrême, mais plus grave de certains courants de la gauche et de nos gouvernants actuels.

Si des parents, des personnes, des patients peuvent être très critiques par rapport à l'accueil, à leurs expériences avec des psychanalystes, ou avec certaines institutions, doit-on imposer pour tous les parents, tous les patients, et notamment celles et ceux qui en sont satisfaits, une interdiction ? Cette initiative est d’une rare violence et bien dans l’état d’esprit de haine et de division promut dans le pays depuis quelques années par des politiciens en mal de pouvoir. Le Président Hollande, quant à lui, était intervenu fin mai 2016 en appelant à l’apaisement et au respect de la diversité des différentes approches thérapeutiques.

De multiples travaux de nombreuses équipes, l’expérience clinique de nombreux praticiens en témoignent : une approche thérapeutique et rééducative diversifiée adaptée à la singularité de chaque situation peut apporter un soutien, une évolution favorable à cette pathologie particulièrement complexe du champ autistique. A la violence de cette pathologie doit-il être opposée la violence de telles initiatives ?

Enfin, derrière ce tapage opportuniste, la question essentielle n’est-elle pas : peut-il y avoir une science d’Etat ?

Une autorité dite « indépendante » (???)…peut-elle édicter des interdictions thérapeutiques dans un champ aussi complexe et multifactoriel que l’est la psychiatrie, la pédopsychiatrie ?

Mais surtout, l'État ou des politiciens peuvent-ils imposer, édicter comme loi, telle ou telle thérapeutique précise pour telle ou telle pathologie ?  

Les citoyens, les parents peuvent-ils avoir le libre choix des traitements qu'ils peuvent souhaitez pour eux-mêmes ou pour leurs enfants ?

Les professionnels peuvent-ils avoir le libre choix de leurs prescriptions et des thérapeutiques qu’ils peuvent proposer aux patients et à leur famille ?

L’enjeu avec cette proposition inique de Daniel Fasquelle n’est-il pas une question de liberté ? On peut légitimement s’interroger à propos du « libéralisme » haineux auquel se réfèrent ces soi-disant libéraux !!!

 


[1]Libération 22 septembre 2015 « Pourquoi le président de la Haute Autorité de santé a démissionné ».

[2] http://www.has-sante.fr/portail/jcms/r_1501360/fr/autisme-et-autres-troubles-envahissants-du-developpement-ted

[3]  - Pour la liberté de prescription des médecins, contre l'instauration d'une science d'état : https://www.change.org/p/%c3%a0-tous-les-m%c3%a9decins-pour-la-libert%c3%a9-de-prescription-des-m%c3%a9decins-contre-l-instauration-d-une-science-d-%c3%a9tathttps://www.change.org/p/à-tous-les-médecins-pour-la-liberté-de-prescription-des-médecins-contre-l-instauration-d-une-science-d-état

      - Pour une pluralité de l'approche scientifique et professionnelle de l'autisme : https://www.change.org/p/fédération-française-des-psychologues-et-de-psychologie-pour-une-pluralité-de-l-approche-scientifique-et-professionnelle-de-l-autisme?recruiter=36949727&utm_source=share_petition&utm_medium=copylink

        - Abrogation du projet de loi favorable à la pénalisation des psychiatres et psychologues : https://www.change.org/p/marisol-touraine-abrogation-du-projet-de-loi-favorable-à-la-pénalisation-des-psychiatres-et-psychologues?tk=bxviuk2ac3qfjspx5pt7b43zxfnoz7mfegd9wvdj3ha&utm_medium=email&utm_source=signature_receipt&utm_campaign=new_signa

 

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