La psychanalyse en ligne de mire

Il y a eu le Livre noir de la psychanalyse. Il y a eu le pamphlet de Michel Onfray. Voilà maintenant l'État ! La psychanalyse menacée d'interdiction en France ! Nous vivons une époque formidable ? Où les haines se déchaînent, la violence des propositions fait irruption.

Il y a eu le Livre noir de la psychanalyse. Il y a eu le pamphlet de Michel Onfray. Voilà maintenant l'État ! La psychanalyse menacée d'interdiction en France ! Nous vivons une époque formidable ? Où les haines se déchaînent, la violence des propositions fait irruption. Une véritable offensive, qui n'a plus rien à voir avec les polémiques intellectuelles dont chacun se délectent.

N'y a t il pas en  ces temps de campagne électorale ces dérives populistes qui viennent instrumentaliser les douleurs de parents confrontés à une des pires souffrances psychiques : celle d'avoir un enfant atteint d'autisme. Car c'est bien de cela dont il est question.

Alors que tous les professionnels qui s'occupent de ce champ du soin, dénoncent la plus grande difficulté à ce que soient mis en oeuvre des possibilités de prise en charge intensive, pluraliste, diversifiée, associant l'éducatif , la rééducation, les soins psychiques, dont la psychanalyse et l'analyse institutionnelle, voilà que d'abord un député, puis le premier ministre, et aujourd'hui comme le révèle Libération, la Haute Autorité de Santé, trouvent un responsable, on pourrait dire un bouc émissaire : la psychanalyse !

Comme pour l'autisme lui même, on trouve un responsable !

Comme dans l'autisme, on clive, on sépare, on enferme, on emmure, on exclue.

Pour balayer rapidement l'argument immédiat : oui des parents ont été maltraités par des psychanalystes. Oui, la bataille stupide sur la cause de l'autisme est dépassée. Oui les dogmatismes, comme en toute chose, n'amènent que le pire et le simplisme.

Mais oui  aussi, le scientisme est à l'oeuvre et tout particulièrement dans le domaine de la psychiatrie, des affections psychiques. Oui il y a une forte offensive idéologique pour ramener la psychiatrie dans le champ de la neurologie, faire disparaître cette autonomie acquise en 1968. Oui l'exclusion de l'autisme du domaine du soin par la reconnaissance en tant que handicap a provoqué une dérive dramatique et a ouvert la boite de Pandore, en donnant l'illusion aux parents que les solutions de prise en charge en seraient améliorées.

Mais comme le dit Bernard Golse, professeur de pédopsychiatrie : "Est ce que parce qu'il y a de mauvais chirurgiens, va t on interdire la chirurgie ?"

Face à cette offensive, le Collectif des 39 contre la Nuit Sécuritaire prend position. Voici ce qu'aujourd'hui, nous pouvons dire. 

 

Communiqué de presse

Du 12 février 2012

À propos des initiatives actuelles

contre la psychanalyse

Après avoir lancé sa proposition de loi « visant à interdire la psychanalyse pour l’accompagnement des personnes autistes », le député U.M.P. Daniel Fasquelle continue sa croisade.

Il vient de déclarer à l’AFP qu’il « va saisir le Conseil national des universités afin que l'enseignement et la recherche sur les causes et les prises en charge de l'autisme ne fassent pas référence à la psychanalyse ».

Ce député se fait donc le relai du puissant lobby de quelques associations pour  interdire la psychanalyse et également la Psychothérapie Institutionnelle.  Certaines de ces associations, se sont illustrées par la violence et la virulence de leurs attaques personnelles contre des praticiens pourtant reconnus. 

Si des parents d’enfants autistes ont pu être malmenés, mal accueillis, maltraités par certains psychanalystes, il est tout à fait justifié qu’ils puissent faire entendre leur voix. De la même façon, les dérives sécuritaires comme les mises en chambre d’isolement abusives, les contentions punitives, et les « traitements de chocs »ne sont pas tolérables.

Mais ce n’est pas une loi qui règlera les dérives des pratiques ou qui devrait décider des traitements à la place des praticiens.

Les familles et tous les citoyens doivent pouvoir garder le droit inaliénable d’une liberté de choix de leur praticien et de la façon dont ils souhaitent se soigner,

en respectant  la nécessaire pluralité des approches.

Au nom de quel pouvoir, de quel supposé savoir un député peut-il refuser aux personnes autistes d’avoir un inconscient comme tout être humain et donc de bénéficier de soins relationnels pluralistes dans leur inspiration?

De telles initiatives ne laissent pas d’interroger sur leurs buts.

En effet depuis quand une loi devrait-elle venir s’immiscer dans le débat scientifique ?

Allons-nous accepter sans réagir des lois interdisant la liberté de pensée et de recherche ?

La psychanalyse est une méthode qui a fait ses preuves depuis plus d’un siècle et qui constitue un aspect crucial de la formation des praticiens. Bien au-delà elle fait aussi partie intégrante de la Culture au même titre que les autres avancées du savoir humain.

Aurons-nous bientôt une loi interdisant le darwinisme et niant l’existence des dinosaures comme certains fondamentalistes chrétiens le prônent aux USA en menaçant les enseignants?

Depuis le nazisme qui avait interdit la psychanalyse comme science juive et pratiqué des autodafés des œuvres de Freud, seules des dictatures comme celle des colonels grecs avaient osé interdire cette part du savoir de l’humanité !

 Ou encore le stalinisme qui, à la fin des années 40, avait interdit la psychanalyse en tant que « science bourgeoise ». 

Tout récemment, à l’automne 2011,une psychanalyste syrienne, Rafah Nached a été emprisonnée par la dictature syrienne parce qu’elle animait des groupes de parole pour des personnes traumatisées par la répression.

 Au-delà de la personne du député Fasquelle qui vient de se discréditer irrémédiablement et dont nous exigeons la démission de la présidence du Groupe d’études sur l’autisme à l’Assemblée Nationale, nous nous inquiétons de cette dérive inquiétante où des propos tenus jusqu’alors uniquement par des sectes telles que l’église de scientologie font retour depuis le sommet de l’Etat.

Cette dérive au même titre que certains discours prônant l’inégalité des cultures est en train d’introduire un discours populiste fort inquiétant pour la démocratie.

Nous appelons donc tous les professionnels du soin psychique, mais aussi  tous les citoyens à une vigilance républicaine pour refuser un tel tournant dangereux pour les libertés.

 

http://www.collectifpsychiatrie.fr

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