Billet de blog 19 mai 2019

Réhumaniser le soin en psychiatrie et ailleurs...

La Revue Pratiques, "cahiers de la médecine utopique", avec sa dernière livraison continue le travail du numéro précédant, "Où va la psychiatrie?" tout en étendant l'objet de la réflexion

pascal b
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pratiques N°85,

https://pratiques.fr/

Après un constat plutôt douloureux de la situation de la psychiatrie en France, comme dans tous les secteurs de la santé, nous avons essayé d’imaginer différentes façons de réhumaniser les conditions de soin, niées par une idéologie managériale et budgétaire démobilisatrice. Comment retrouver le souffle et le courage de résister à ce qui opprime comme jamais les soignants et, par conséquent, compromet gravement la qualité des soins qu’ils doivent aux patients ?
Il ne s’agit pas de tout réinventer, il y a déjà de belles initiatives à défendre et à faire connaître, mais peut-être est-il nécessaire de retrouver l’essence même du soin, d’aller un peu plus loin, voire ailleurs, et oser l’utopie bienfaisante et créatrice sans laquelle il ne saurait y avoir de progrès. Au point où nous en sommes, il n’y a qu’en sortant des barbelés mortifères que nous pouvons espérer réenchanter les métiers du soin et répondre à leurs missions qui, elles, n’ont pas disparu.
Comment décloisonner, recomposer l’organisation et les pratiques du soin, mais aussi de tous les champs annexes (éducation, social…), et repartir des réalités des personnes, du présupposé de leur intégrité corps psyché ? Comment tenir compte des contraintes qu’elles subissent et de la souffrance qu’elles expriment, dont personne ne se soucie sauf lorsqu’elles la décompensent et qu’elle devient un diagnostic digne d’intérêt, voire d’intérêts, pour la machine à soigner ?
En ces temps de saucissonnage à l’extrême de l’individu en pathologies d’organes, handicaps, dysfonctions, désadaptations, déstructurations et autres inadaptations à la folie du monde, la question de l’affirmation de nos différences et la reprise en main de nos destins se pose comme jamais.
Face aux rêves de maîtrise de certains croyants de la neuroscience-fiction, des partisans de la performance de nos cerveaux « augmentés » et de ceux qui espèrent en tirer profit, nous ne pouvons continuer à taire nos aspirations. Nous voulons vivre selon nos propres idéaux et retrouver des manières de « faire société » qui aident les personnes à tenir face à l’adversité au lieu de les exclure.
La destruction de pans entiers de la psychiatrie, mais aussi la transformation forcée des lieux de soin en systèmes de réparation organique ambulatoires, sans accompagnement ni suivi sérieux, provoque la démobilisation, voire la démission des professionnels les plus engagés. Usés, dégoûtés ou encore pire… complices, les acteurs du soin répondent de moins en moins aux besoins.
L’évolution vers la diminution d’attention à l’autre en difficulté, la disqualification du temps consacré à son écoute, l’inflation des contraintes, le conformisme à des normes déshumanisantes et surtout la volonté de cantonner les soignants à des actes techniques tendent à les déposséder de leur capacité à inventer face aux situations du quotidien. Nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer, il faut d’urgence réaffirmer les conditions nécessaires à l’arrêt de cette destruction des lieux de soins, repli ultime. Il faut revendiquer le respect des compétences, de l’expérience, de l’éthique, des capacités à habiter et enchanter les fonctions.
Pour réparer l’incroyable gâchis que l’on impose aux humains, il conviendrait de démontrer l’absurdité des manœuvres de déconstruction actuelles et leur opposer ce qu’on pourrait qualifier de projet « alternatif » : des professionnels qui retrouvent la passion de soigner, d’enseigner, de chercher et préserver l’équilibre qui leur est nécessaire pour ce faire afin de répondre à la croissance des attentes de la population.


Conditions d’utilisation des articles de Pratiques.

Sommaire du N°85

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Les publicitaires font main basse sur les données des élèves partout dans le monde
Human Rights Watch a analysé durant deux ans 164 outils numériques destinés aux élèves de 49 pays durant la pandémie afin qu’ils puissent continuer à suivre leurs cours. 89 % « surveillaient les enfants, secrètement et sans le consentement de leurs parents ». Une enquête réalisée avec un consortium de 13 médias, dont Mediapart, coordonnés par The Signal Network.
par Jérôme Hourdeaux
Journal
Le casse-tête des enseignants français
Avec seulement deux applications mises en cause, la France fait figure de bonne élève dans le rapport de Human Rights Watch sur la collecte de données durant la pandémie. Mais, dans les salles de classe, la situation est en réalité plus complexe, notamment en raison de l’usage d’outils non validés par le gouvernement.
par Jérôme Hourdeaux
Journal
Gare d’Austerlitz : le futur complexe immobilier visé par une plainte
Des associations viennent de déposer plainte pour détournement de fonds publics au sujet de la construction du futur siège de l’Agence française de développement. Elles dénoncent son coût de 924 millions d’euros, au centre d’un gigantesque projet de bureaux et de galeries commerciales.  L’aménagement de ce quartier au cœur de Paris crée une cascade de controverses.
par Jade Lindgaard
Journal
À LR, des alertes jamais vraiment prises au sérieux
L’affaire Damien Abad concerne d’abord la majorité d’Emmanuel Macron qui l’a promu ministre. Mais elle interpelle aussi son ancien parti, Les Républicains, alors que plusieurs élus affirment avoir été alertés de longue date.
par Lénaïg Bredoux et Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
Habiter
Les humains ne sont pas les seuls à « habiter » : pour les animaux aussi, c'est une préoccupation. Sous la pression économique, les humains n'abandonneraient-ils pas la nécessité d'«habiter » pour se résigner à « loger » ?
par Virginie Lou-Nony
Billet de blog
Raphaël Boutin Kuhlmann : « Les coopératives locales portent l'intérêt général »
Parti s’installer dans la Drôme en 2016, où il a fondé la coopérative foncière « Villages Vivants », Raphaël Boutin Kuhlmann est devenu une figure des nouvelles manières de faire territoire. Dans cet entretien, il revient sur la nécessité de penser autrement l’intérêt général et sur les espoirs qu’il place, face aux crises contemporaines, dans l’innovation et le lien dans les villages.
par Archipel des Alizées
Billet de blog
L'espace public, un concept « vide » ?
Comme le souligne Thierry Paquot dès l’introduction de son ouvrage, « l’espace public est un singulier dont le pluriel – les espaces publics – ne lui correspond pas. » Alors que le premier désigne grossièrement la scène du débat politique, les seconds renvoient à une multiplicité de lieux (rues, places, jardins, etc.) accessibles à tous et la plupart du temps relevant d’une propriété collective.
par Samuel PELRAS
Billet de blog
Quartier libre des Lentillères : construire et défendre la Zone d’Ecologies Communale
« Si nous nous positionnons aux côtés des Lentillères et de la ZEC, c’est pour ce qu’elles augurent de vraies bifurcations, loin des récits biaisés d’une transformation urbaine encore incapable de s’émanciper des logiques délétères de croissance, d’extractivisme et de marchandisation. » Des architectes, urbanistes, batisseurs, batisseuses publient une tribune de soutien aux habitants et habitantes du Quartier libre des Lentillères à Dijon.
par Défendre.Habiter