La psychiatrie va mal, donc elle existe !

Bon, ça devait arriver, la psychiatrie va mal ! Donc, la psychiatrie existe! On peut constater que les évidences, du type "le roi est nu", mettent toujours un certain temps avant de "sortir". (Article original et commentaires ici.)

Bon, ça devait arriver, la psychiatrie va mal ! Donc, la psychiatrie existe! On peut constater que les évidences, du type "le roi est nu", mettent toujours un certain temps avant de "sortir". (Article original et commentaires ici.)

Un peu après certaines tentatives sur MDPT, le journal "Le Monde" nous le suggère : il faut refaire de la psychiatrie...car mine de rien, on a beaucoup régressé !

On va donc, le temps d'une courte crise, (une petite semaine) avoir le droit de dire que les fous existent... On aura peut-être même le droit de dire qu'on les respecte, qu'on se sent tout à fait proches d'eux, qu'ils sont "nous"... Et qu'on aimerait s'attacher à les comprendre et à les soulager. Alors on va former des psychiatres hein ? Des vrais ? Des cultivés ? Des qui savent lire des livres ? Des qui aiment comprendre ? On va construire des lieux confortables et accueillants... Et puis on formera le personnel aux questions de la folie! Et les soignants seront passionnés par le discours des patients! On fera en sorte qu'ils y entendent quelque chose... Et qu'ils sachent aussi prescrire... Et comme dirait Brel : on s'ra bien comme avant Jeff ! Allez viens Jeff !

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En attendant, les chiffres s'imposent, toujours plus incroyables 25 pour 100 de psychotiques dans les prisons, dont 8 pour 100 de schizophrènes... Mais il était si bon, le temps où l'on chantait les airs de l'antipsychiatrie ! C'était la droite alors, et puis la gauche, et puis la droite... Mais ça n'a pas d'importance le consensus est solide sur cette question. Roger Gentis écrivait : La psychiatrie doit être faite et défaite par tous ! Bref, elle a été défaite. On ne risque plus d'être empêché de "vivre sa folie". On peut aller sur le trottoir, ou en prison, crever d'ennui et d'angoisse, avec une plaquette de médicament dans la poche...

On a déclaré la presque fin de la psychiatrie... Ca plaisait !

Enfin, une dernière chose, plus importante encore : ce qui arrive aujourd'hui a bas bruit, c'est le démantèlement ou la non reconnaissance active de la psychiatrie de l'enfant !

C'est exactement la même histoire. On simplifie, on désinforme, on raconte des fables, on prescrit des amphétamines pour stabiliser de soit disant hyperactifs (les malheureux), on intègre à l'école des enfants qui souffrent de graves troubles mentaux. Et, comme pour l'antipsychiatrie des années 60, ça fait chic !

Les enfants, qui n'ont évidemment pas la parole, ne peuvent rien dire du sort qui leur est réservé ! Et les parents sont loin d'être tout a fait informés...

Le secteur médico social, les IME, les IMP, presque totalement dépourvus de psychiatrie, constitueront bientôt un genre d'hospices... Des hospices pour enfants, destinés aux "cas lourds", et aux déçus de l'intégration... Il s'agit là de maltraitance administrative très consciemment assumée : l'absence de structures d'accueil conséquentes. Ce cynisme passe éventuellement pour de la "claire voyance" et prend des allures d'appel à la solidarité... Dans combien d'années, le journal, Le Monde ou un autre, va-t-il découvrir la chose ?

Quelle surprise ce sera alors !

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