Autisme: une occasion gâchée

« Quel gouvernement » saura s'en tenir « à veiller à ce que les parents aient le choix partout en France des méthodes dont ils veulent faire bénéficier leur enfant », s'interroge Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l'Hôpital Necker-Enfants Malades (Paris) et psychanalyste, qui regrette que le récent Plan autisme ait omis « la possibilité de faire travailler ensemble les différents professionnels ». 

« Quel gouvernement » saura s'en tenir « à veiller à ce que les parents aient le choix partout en France des méthodes dont ils veulent faire bénéficier leur enfant », s'interroge Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l'Hôpital Necker-Enfants Malades (Paris) et psychanalyste, qui regrette que le récent Plan autisme ait omis « la possibilité de faire travailler ensemble les différents professionnels »



L’autisme a été déclaré grande cause nationale en 2012, et cela n’a rien donné de bon.

Différents enjeux, politiques (l’année 2012 était une année d’élection présidentielle), commerciaux (certaines méthodes éducatives préfèrent bien sûr se vendre à une famille sur 150 plutôt qu’à une famille sur 3 000 ou 5 000) et journalistiques (apparition d’une logique compassionnelle envahissante) ont fait de cette année 2012 une authentique catastrophe à l’égard de la psychanalyse (dans l’autisme, mais pas seulement), à l’égard du soin psychique et plus largement à l’égard des sciences humaines.

Nous attendions beaucoup du troisième plan autisme présenté le 2 mai 2013 par la ministre Marie-Arlette Carlotti, en espérant qu’il jouerait comme le signal d’un retour à la raison, et à la possibilité de faire travailler ensemble les différents professionnels, d’horizons variés, qui se consacrent sans relâche à la prise en charge des enfants autistes, et ceci depuis longtemps.

Le retour à la raison n’a, hélas, pas eu lieu !

En allant présenter mon livre paru en janvier (Mon combat pour les enfants autistes, ed. Odile Jacob, Paris, 2013) à différents interlocuteurs politiques et administratifs, j’avais pourtant eu la faiblesse de croire que le vent avait tourné, et que c’en était enfin fini des clivages inter-professionnels stériles et nuisibles qui ne font que redoubler, en miroir, les clivages sensoriels et autres, propres aux enfants autistes eux-mêmes.

Il faut croire que dans ce domaine particulier de l’autisme, le changement n’était pas pour maintenant...

Si on ne mélange pas dans le même sac tous les troubles envahissants du développement (typiques, atypiques et non spécifiés), l’autisme infantile, au sens de L. Kanner (1946), demeure une pathologie relativement rare, et la confusion ou la régression nosologiques ne peuvent que desservir les enfants et gêner les recherches qui ont besoin de se faire sur des groupes d’enfants le plus homogènes possible.

Le gouvernement semble malheureusement avoir cédé aux imprécations des associations de parents les plus dures et les plus intransigeantes vis-à-vis du soin psychique.

C’est dommage, une occasion précieuse d’apaisement des conflits a ainsi été gâchée.

Certes, ce troisième plan tant attendu va voir une augmentation des crédits alloués à la question de l’autisme infantile (121 millions d’euros pour le premier plan, 187 pour le deuxième, et 205 pour celui-ci), mais ces dépenses – d’ailleurs dérisoires à l’échelle des problèmes posés – risquent d’être sans effet aucun car rien n’est dit de la causalité multifactorielle – et non pas seulement neurodéveloppementale – de l’autisme infantile (de nature génétique et épigénétique), rien n’est dit du traitement multidimensionnel obligé qui découle tout naturellement de cette causalité complexe, et parce que la place des psychothérapies (je ne dis même pas de la « psychanalyse ») ne se trouve pas une seule fois évoquée tout au long de ce rapport linéaire, fastidieux et finalement extrêmement plat, même si l’on tient compte des efforts consentis pour rendre plus applicable la loi de 2005 sur la scolarisation.

Les enfants autistes méritaient, et méritent mieux !

A l’heure où un dialogue entre neurosciences et psychopathologie devient enfin possible autour des problématiques de l’accès à l’intersubjectivité et de la polysensorialité, c’était le moment ou jamais de produire un troisième plan fondé sur le respect et la tolérance.

Même en Amérique du Nord, les professionnels commencent à se défier du tout éducatif qui ne peut être qu’une impasse, au même titre que le tout-rééducatif ou le tout-psychothérapique.

Tous les jours, des parents viennent nous trouver en nous disant leurs déceptions face aux méthodes éducatives employées de manière forcenée et exclusive.

Quel gouvernement aura la force de ne pas céder aux séductions électorales, de résister à la tentation de choisir et d’imposer des modes de prise en charge des enfants autistes en s’en tenant à veiller à ce que les parents aient le choix partout en France des méthodes dont ils veulent faire bénéficier leur enfant (ce qui était pourtant la mission première des Centres Ressources Autisme créés par Simone Weil), et de s’en tenir à des acquis scientifiques sans plier l’échine devant certains lobbying associatifs ?

Nous avions espéré que ce serait ce gouvernement là.

Il nous faudra attendre encore, mais les enfants autistes, eux, ne peuvent pas attendre, et n’en peuvent plus d’attendre que les adultes deviennent raisonnables.

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