Si la psychiatrie ne veut pas disparaître...

Si la psychiatrie ne veut pas disparaître, il est urgent que les psychiatres tiennent 'compte' de la ligne de fracture qui traverse leur champ... voire de ce qui, dans le meilleur des cas, les divise parfois en leur intimité, d'un point de vue éthique, quant à leur pratique !

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Il y a quelques mois, dans le petit hôpital où j'abrite mes consultations, j'ai eu la chance d'entendre ma consoeur, Bernadette Grosjean. Comme chaque année, elle était revenue dans ma petite ville pour discuter, avec les quelques rares psychiatres qui sont encore là pour l'écouter, de sa rencontre avec la psychiatrie nord-américaine - elle a en effet émigré aux USA, pour cause personnelle, depuis plusieurs années.

Nous n'avons pas toujours été d'accord sur tout, Bernadette et moi, mais nos chemins se sont à nouveau rencontrés quand nous avons constaté, chacune à sa façon, que, si la psychiatrie continue ainsi, elle court droit à sa disparition.

Nous avons eu la chance, elle et moi, de faire notre formation en psychiatrie, dans un service psychanalytique - c'était le dernier en Belgique. Nous avons donc reçu une certaine psychiatrie européenne en héritage - j'ai reçu, en sus, la psychanalyse mais il faut dire que j'avais choisi la psychanalyse bien avant ma formation en psychiatrie.

Reste ce fait enfin avéré entre Bernadette et moi : nous sommes d'accord d'un point de vue éthique - comme elle le dit très bien, travailler avec les 'patients' sur le terrain peut changer la perception que l'on a de la psychiatrie contemporaine.

Bernadette a en effet reçu, aux States, quelques maigres subsides pour travailler avec une petite équipe et avec des patients qui n'ont plus que la rue pour les accueillir. Et elle questionne la psychiatrie quand celle-ci ne fait que prescrire rapidement des médicaments qui ne sont, bien souvent, pas pris par les patients. Prescrire peut être nécessaire et utile mais quand il n'y a plus que le 'prescrire' comme acte psychiatrique, cela pose question, non ? Et d'autant plus quand on constate l'énormité des capitaux en jeu...

Il y a quelques semaines, David Healy* demandait à Bruxelles : comment allons-nous faire pour nous faire entendre ?

Je vous propose donc d'écouter - en anglais, désolée pour ceux qui ne pratiquent pas cette langue devenue incontournable au point de vue mondial, y compris pour contester ! - une conférence de Bernadette Grosjean qui retrace l'aventure de la psychiatrie contemporaine aux USA et les questions qu'elle y a rencontrées. Comme vous le constaterez en fin de film, il y avait peu d'auditeurs - nous étions à peine plus à Bruxelles venus de plusieurs pays pour écouter David Healy... Et pourtant, sur le terrain, nous sommes beaucoup plus à travailler au quotidien avec les patients.

Prenez patience, la video de Bernadette Grosjean est très lente à télécharger... En psychiatrie, il faut du temps, pas forcément le temps des séances de paroles échangées - lesquelles peuvent parfois être vives et prestes -, mais à coup sûr le temps pour comprendre...

La video est en première page ici : Bernadette Grosjean

La psychiatrie anglo-saxonne, presque moribonde, se décide enfin à tenter de se faire entendre. Il me semble clair que cette psychiatrie anglo-saxonne s'appuie sur ce qui fut parfois subversif dans la psychiatrie européenne. Les psychiatres psychanalystes européens ont relevé le gant mais les autres... ?

 

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Les Médicaments Psychiatriques Démystifiés de David Healy - Livre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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