Il y eut des centaines de personnes dans la rue pour une autre psychiatrie

Lors de la manifestation nationale de la psychiatrie initiée par les Pinel d'Amiens, organisée par eux et par la Psychiatrie parisienne unifiée(PPU), il y eut de nombreuses prises de paroles. Voici celle faite au nom de l'Union syndicale de la psychiatrie.

Merci de nous donner la parole sur cette place qui accueille tant de belles manifestations.
Sans rentrer dans le détail, disons que l'Union syndicale de la psychiatrie procède de cette tradition qui veut que le soin psychiatrique généraliste est au centre de nos pratiques professionnellles, que le secteur reste une utopie à réinvestir et à réinventer. L'hospitalité est une exigence sociale, pas un choix aléatoire pour belles âmes.  

Or, aujourd'hui, ce qui n'est plus supportable, c'est ce management qui, importé des multinationales privées, est devenu la norme de tous les services publics et des hôpitaux tout particulièrement. Ce qui ne peut plus durer, c'est cette arrogance des technocrates qui méprisent nos savoir-faire et nos cultures professionnelles.  

Ce contre quoi nous nous insurgeons, c'est la contention et l'isolement comme pratiques qui sont non seulement  honteusement toléréees mais qui s'étendent dans les services psychiatriques. Souvenons nous, c'est le président Sarkozy qui ordonna le tournant sécuritaire en 2008 lors de son discours d'Antony; ses successeurs ont continué son œuvre destructrice; ils sont responsables de la situation actuelle.

Or, nous apprenons ces derniers jours que c'est auprès de ce liberticide Sarkozy que Macron va chercher conseil en cette période où il est si déconsidéré. Alors que les brutalités policières se multiplient sous le commandement de Macron et de Castaner, ce n'est pas seulement en psychiatrie, c'est partout que la défense des libertés devient une urgence.  

Alors que d'autres damnés de la terre meurent par centaines et par milliers dans la Méditerrannée, c'est ce gouvernement qui a bloqué le navire l'Aquarius, ce navire affrêté par plusieurs ONG pour sauver des vies en mer. Là aussi, il converge avec ces forces xénophobes qui ont le vent en poupe dans tant de pays du monde. Nous, nous sommes en phase avec les associations et institutions qui se préoccupent de droits humains et de libertés, trop souvent à contre-courant. Le devoir d'accueil et d'hospitalité, c'est notre éthique, devant nos patients comme dans d'autres circonstances sociales.
Notre conception de la psychiatrie est héritée des combats de la résistance, des inventions de la psychothérapie institutionnelle, des critiques radicales des années 1970. Elle a partie liée avec le combat pour l'émancipation de toutes et tous.  

Un mot pour finir et qui n'engage que moi à propos de ce combat pour l'émancipation. Il y a 100 ans mourait Rosa Luxembourg. Elle était femme, révolutionnaire, juive, intellectuelle, artiste; autant de raisons pour concentrer des haines mortelles contre elle. Les tenants de l'ordre dominant et les corps francs l'ont assassinée. Mais ses écrits, comme celles de tant de vaincus glorieux, nous restent et nous montrent parfois la voie. Alors que le pire est possible mais que les ferments de renouveau sont aussi à l’œuvre, leur courage peut nous inspirer. En psychiatrie comme ailleurs, ici et maintenant.

Pascal Boissel

PS

Voir le blog de Mathieu Bellahsem sur le même thème

Et aussi ceux du Collectif des 39, d'Humapsy, de l'USP, etc

https://humapsy.wordpress.com/2019/01/16/printemps-de-la-psychiatrie-pour-un-renouveau-des-soins-psychiques/

A bientôt



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