Billet de blog 25 févr. 2009

pascal b
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Psychiatrie: merci Monsieur Sarkozy!

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Avertissement: ce qui suit est écrit à partir de faits avérés mais les commentaires se veulent parodiques. Même si certains propos sont proches de ceux de certains sarkozystes.

Il est proposé par l'appel des 39 ("la nuit sécuritaire") d'écrire au Président. Or, je n'ai aucun message à adresser à Sarkozy. La lumière m'est venue à la lecture de l'article "recherche: Sarkozy a raison!" publié sur Mediapart (23-02).

Michael Löwy dont les écrits m'avait instruit sur Marx, Guevara, le romantisme révolutionnaire, la théologie de la libération et d'autres sujets que j'ai oubliés, justifiait maintenant l'oeuvre de Sarkozy (c'est pour de faux).

Ce fut un éblouissement, comme si mille feux se réfléchissant sur la dernière collection de Rolex présentée sur un tapis de lingots d'or m'atteignaient.

Désormais, je savais: Sarkozy, en toutes choses, parle d'or. Concernant la psychiatrie singulièrement. Je dois en témoigner. Pour ce faire, il me faut passer par une mise en perspective.

1. Monsieur Löwy s'interroge: "ne faut-il pas donner la priorité aux universités de haut niveau qui forment l'élite de la nation, les futurs chefs d'entreprise et hauts fonctionnaires?". Bien sûr! Il faut même le dire plus affirmativement: tout doit être organisé pour la défense des intérêts matériels des chefs d'entreprise, ceux du CAC40 en priorité, et des hauts fonctionnaires qui leur sont dévoués. L'expertise monumentale du MEDEF doit être mise partout aux postes de commande, ce qui n'est hélas pas encore tout à fait le cas.

2. Ce programme est ambitieux et il n'en est pas d'autre qui vaille. Malheureusement, force est de constater que les gens du peuple, les classes dangereuses, n'adhérent que peu à ce projet; des scientifiques de confiance étudieront ceci qui reste mystérieux. S'impose donc, en cette période délicate, qu'un contrôle social le plus précis possible se mette en place. Pour notre bien-être. On me dira que je parle ici de politique et non de psychiatrie. Non, je dis simplement les faits tels qu'ils sont et tels qu'on peut les lire sous la plume de bien des éditorialistes bien-nés. La politique, je ne saurais m'en mêler, car elle est du ressort exclusif du Président. C'est lui que le peuple souverain a choisi face à une challenger en tous points admirable, lui qui ancien Ministre de l'Intérieur, a annoncé le tout-sécuritaire dès sa campagne électorale. Le peuple a approuvé dans l'ensemble, et donc aussi dans les moindres détails, la politique sécuritaire de Sarkozy. Les psy doivent faire avec.

3. Des psy mécontents dénoncent la transformation de la psychiatrie en une "discipline sécuritaire"; ils parlent d'une "instrumentalisation de la psychiatrie" dans une optique sécuritaire. Mais ils ont raison! Et Sarkozy a bien raison de faire ce qu'il fait! En effet qui ne voit que Sarkozy fait un grand honneur à la psychiatrie, en l'élevant à la dignité de "discipline sécuritaire". Cela sonne presque comme une "prélature personnelle auprès de Sa Sainteté" dans la bouche de notre pieux Chef. Ne nous y trompons pas: ce faisant, Sarkozy place la psychiatrie au coeur de son Etat pénal. La psychiatrie est distinguée pour participer à un vaste effort sécuritaire national voire planétaire. Pour Sarkozy, la politique c'est d'abord du sécuritaire, alors que l'économique est l'affaire (non sans souffrance) des richissimes patrons. C'est vraiment beaucoup d'honneur.

Bien sûr, certains critiquent: "enfermement, rétention de sûreté, peine à durée illimitée, biodéterminisme, etc..."sont les mots employés par ces idéologues. Mais qui se pose la vraie question, la question de la nécessité historique qui a pu conduire Monsieur Sarkozy à prendre de telles décisions? Le "populisme pénal" n'est-il pas un moindre mal dans ce monde si dangereux? Ils parlent aussi de restrictions de libertés. Mais la première des libertés n'est-elle pas celle de travailler toujours plus pour pouvoir éventuellement consommer plus?

4. Certains cliniciens à l'esprit chagrin contestent l' affirmation de Monsieur Sarkozy lors de son discours du 2 décembre associant schizophrénie et dangérosité. Ils passent sous silence la vraie tendresse que le Président a montrée en affirmant: "mon propos n'est pas de dire que la seule solution est l'enfermement, encore moins l'enfermement à vie". Et pourtant Il sait combien la "violence" est"éruptive, imprévisible", combien "des patients peuvent soudainement devenir dangereux". Voila qui est clair et net: certaines personnes hospitalisées en service psychiatrique pourront un jour, si tout s'est bien passé, sous conditions, éventuellement sortir du suivi psychiatrique obligatoire. Disons-le tout net: ça aurait pu être pire, car la population a peur, très peur, la situation étant difficile, très difficile; les gens exigent donc de plus en plus de répression, c'est ainsi; et il faut bien le courage de Monsieur Sarkozy pour aller à contre-courant de cette façon.

5. Sarkozy l'a dit: les directeurs d'hôpitaux psychiatriques seront des patrons avec beaucoup plus de pouvoirs; tous les personnels seront sans cesse évalués par des évaluateurs professionnels, comme dans toute enteprise digne de ce nom. Pourquoi en serait-il autrement? Les critères d'efficacité des entreprises capitalistes n'ont-ils pas été validés par toute l'expérience historique? La crise qui nous atteint tel un mal étrange mais ne devrait pas durer plus de quelques mois ne saurait en rien modifier cette vision de l'histoire.

6. Le 2 décembre, Sarkozy a dit: "je comprends parfaitement que le malade est une personne humaine". Puis il a parlé d'une "trilogie", de trois lieux entre lesquels circulent ces "personnes humaines": "la prison, la rue, l'hôpital". Ce qui montre bien que notre Président ne veut pas cantonner ces personnes à l'hôpital comme on a voulu abusivement le lui faire dire. Il y a aussi la prison -où l'on se suicide un peu souvent- et la rue où l'on peut mourir de froid-ou de chaud, c'est selon. Mais l'essentiel n'est-il pas que notre très pressé Président ait bien voulu accorder quelques heures de son temps pour s'intéresser à ces "personnes humaines". Il a ainsi montré qu'il n'était pas exclusivement soucieux du sort des milliardaires, ces fabuleux créateurs de richesses.

A cet historique discours de Monsieur Sarkozy du 2 décembre, nous ne pouvons que répondre: merci pout tout, Chef suprême.

C'est sincère et ça ne peut pas nuire à une carrière.

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