La contention en psychiatrie, la H.A.S. propose ...

La H.AS. vient de rendre public un avis et des recommandations de bonne pratique à propos de l'utilisation de l'isolement et de la contention en psychiatrie... Avancée pour un accueil et des soins dignes et respectueux des personnes en souffrance psychique ? Moindre mal ? Ou institutionnalisation de la banalisation de ces pratiques d'un autre âge ? Le collectif des 39 prend position

Un appel du Collectif des 39 à l’issue d’un Colloque au Sénat « .. » avait brisé le silence honteux qui existait sur la banalisation des isolements mais surtout des contentions dans les services de psychiatrie. Depuis une quinzaine d’années en effet cette régression, ce retour à des pratiques asilaires, s’est installée. Cette pétition qui a recueilli près de 10 000 signataires, soignants, soignés, parents, citoyens concernés, a permis d’imposer ce débat sur ces pratiques, révélant trouble, gène, honte, impuissance, soumission. Mais aussi pour certains, justification et bonne conscience…

La loi dite de « modernisation » du système de santé de janvier 2016 a prévu comme réponse à cet insupportable de la banalisation de ces pratiques, une « solution » bureaucratique : chaque mesure d'isolement ou de contention doit être recensée dans un registre en préservant l'anonymat du patient… Ce qui a eu beaucoup d’effet sur le questionnement du recours à ces pratiques d’un autre âge et à leur limitation…

L’Unafam[1] au printemps dernier, révélait une situation terrible au Centre « Psychothérapique » (sic) de Bourg en Bresse en révélant des contentions sur plusieurs mois pour une patiente !

Dans la foulée, la Contrôleure Générale des Lieux de Privation de Liberté, Madame Adeline Hazan se saisissait du dossier : ses services constatait l’utilisation extensive de ces mesures. Elle rendait public un avis le 25 mai 2016[2] qui allait faire date.

Du côté du Gouvernement, silence radio ! La Ministre de la Santé, Madame Marisol Touraine ne faisait rien entendre de sa réaction.

Comme cela commençait à faire trop désordre, la Haute Autorité de Santé fut sollicitée et a rendu un avis, ce que l’on nomme désormais pour faire comme, « recommandation ».

Sous une parure expertale, voici donc que la HAS dans sa superbe, vient de nous sortir le 20 mars une « recommandation de bonne pratique »[3] !

Le Collectif des 39 prend position par ce communiqué avec cet avis.

À propos des recommandations de la Haute Autorité de Santé sur la contention en psychiatrie.

Dix mille personnes (soignants, soignés, parents, citoyens) ont signé l’appel lancé par le collectif des 39 dénonçant les pratiques de contention physique en psychiatrie[4]

Les contrôleurs des lieux de privation de liberté (Mr Jean Marie Delarue, puis Mme Adeline Hazan) ont constaté, évalué et dénoncé à leur tour ces pratiques d’un autre âge, aussi inacceptables que traumatisantes pour des patients en grande difficulté.

La H.A.S. vient de publier un guide de bonnes conduites, limitant ces pratiques qui devraient être sévèrement encadrées.

Une grande avancée disent certains, un moindre mal disent d’autres.

Mais de ces  recommandations peut naître le pire : la banalisation instituée de ces pratiques par la confirmation qu’il serait souhaitable de les utiliser «  à certains moments »,  sans s’interroger sur ce qui a conduit au retour de ces pratiques, à cette régression.

Le collectif des 39 maintient que ces pratiques doivent disparaître et que leur existence, ne serait-ce qu’a-minima, interdit de poser les vrais enjeux que pose l’accueil des personnes en détresse psychique : quelle conception de la souffrance, quels moyens, quelle formation?

Pour cela le gouvernement doit prendre ses responsabilités : arrêter d’organiser le saccage de la psychiatrie publique. Mais les soignants doivent aussi prendre les leurs : refuser, penser, agir pour sortir des impasses de la soumission ou de l’impuissance ; ou encore de la croyance en des théories sur-médicalisées où la complexité du fonctionnement psychique fait place à des raisonnements binaires incompatibles avec les spécificités du psychisme humain.

La confusion entre contention (attacher, sangler) et isolement thérapeutique, parfois nécessaire, est entretenue et rend difficile le grand débat éthique nécessaire à tout soin en psychiatrie. Pourquoi ? Comment ? Que se passe-t-il ? sont les questions incontournables qui devraient permettre, si elles étaient réellement soutenues, posées et pensées,  d’abolir des pratiques qui bafouent la dignité humaine,  tant pour celui qui les subit que pour celui qui les applique.


[1] Union Nationale des Familles et Amis des personnes malades :  http://www.unafam.org/L-unafam-refuse-l-insupportable.html

[2] Isolement et contention dans les établissements de santé mentale : http://www.cglpl.fr/2016/isolement-et-contention-dans-les-etablissements-de-sante-mentale/

[3] http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2055362/fr/isolement-et-contention-en-psychiatrie-generale

[4] http://www.hospitalite-collectif39.org/?NON-A-LA-CONTENTION

 

 

 

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