Rêvait-elle de chaussettes ?

Vise un peu cette folle et ses souliers montantsElle a tous les ruisseaux dans ses regards d’émailElle a tous les oiseaux sur son chapeau de pailleEt dans son sac-à-main ses rêves de vingt ans.Louis Aragon

Vise un peu cette folle et ses souliers montants
Elle a tous les ruisseaux dans ses regards d’émail
Elle a tous les oiseaux sur son chapeau de paille
Et dans son sac-à-main ses rêves de vingt ans.
Louis Aragon


Odile est jeune et « handicapée » comme on dit pudiquement, ou hypocritement, aujourd’hui.
Elle entend des voix et vole des chaussettes, plusieurs fois le vol de chaussettes. Elle ira donc en prison où elle demande une télé – peut-être la télé mettra-t-elle les voix en sourdine ?
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Lisez donc le texte de Maître Mô qui se trouve ici :
http://maitremo.fr/2008/10/27/miserable/
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Alors que vous semble ?

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En ce qui me concerne, je trouve Maître Mô bien mélancolique.

Comment pourrait-il en être autrement quand on n’ose se lever pour dire, ne fût-ce qu'un mot, sur cette mascarade infernale ? Quand on demande « pardon au nom de son serment » ? Quand on écrit néanmoins un beau texte de témoignage qui arracherait des larmes à une pierre mais que l’on conclut ainsi :
« Odile, quel que soit ton véritable prénom, si un jour tu obtiens le droit de lire ceci et que tu te reconnais dans ce ciré immense et ce joli visage abîmé, ou si un jour tu es libre vraiment, dehors, dans un appartement qu’on t’aidera à gérer, avec une dame t’aidant à utiliser ton argent parce que tu gagneras ta vie dans un CAT où on te guidera dans un métier, et où deux fois par semaine, puis une, puis mensuellement, puis plus jamais, un médecin fera progressivement taire tes voix et se fermer ta bouche, Odile, et qu’un autre au même rythme diminue tes doses de produits de substitution et t’écarte définitivement des aiguilles, (…) ».
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Maître Mô se rend-il compte de ce qu’il écrit en parlant de fermeture de bouche et d’écart définitif ?
Maître Mô qui n’intervenez pas là où vous le pourriez, restez-y et nous, psychiatres qui méritons encore ce nom, resterons auprès de nos patients… mais pas pour faire ce que vous préconisez ! Ni forcément pour faire taire des voix dont Odile ne voudra peut-être pas se passer. Des voix, cela peut être un compagnonnage indispensable pour certain(e)s. Tout au plus acceptent-ils parfois que l’on baisse le volume comme on met une radio en sourdine quand ces voix deviennent menaçantes, injonctives, ce qu’elles ne sont pas toujours.
Alors, Maître Mô, s’il vous plaît, ne dictez pas aux psychiatres leur modus operandi ! Aucune psychè qui obéisse au doigt et à l’œil, qui se laisse enrôler dans les « programmes de soins », qui se laisse « écarter définitivement ».

Quoiqu’il faille savoir que certains s’essaient à faire ce que vous préconisez… et bien pire ! Avec quels résultats ?

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L’enfer est pavé de « bonnes » intentions…

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