Billet de blog 30 nov. 2008

lois répressives et instrumentalisation de la psychiatrie.

pascal b
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Sarkozy, Ministre de l'Intérieur lorsque Chirac présidait, a su se présenter comme à la fois chef du parti UMP et portant un discours en rupture avec le chiraquisme, et ainsi apte à séduire un électorat populaire inquiet. Puis il est devenu Président de la République. La jubilation du pouvoir si affichée chez Sarkozy va de pair avec un goût immodéré de l'usage de la répression. Le "populisme pénal" est un de ses outils politiques préférés. Or, il a le projet d'enrôler la psychiatrie pour donner un prétexte scientifique à cette répression endiablée; c'est de cela dont nous devons nous préoccuper ici.

Actuellement, une pétition "non à la perpétuité sur ordonnance" est à signer sur le site www.pratiquesdelafolie.org .

Je propose ces quelques lignes pour mettre en perspective la politique répressive de Sarkozy, celle qui fait écrire au journaliste Erich Inciyan, ce jour, sur Mediapart: "un climat délétère qui menace nos libertés publiques".

Lors de la campagne présidentielle, une rencontre entre le philosophe Michel Onfray et le candidat Nicolas Sarkozy était organisée puis publiée par la magazine "Philosophie". Sarkozy y affirma et répéta que les "pédophiles" (c'est à dire, dans le contexte médiatique, les violeurs d'enfants) étaient ainsi de façon innée. C'est une offensive idéologique qui apparait avec cette affirmation grossièrement fausse et stupide de Sarkozy.L'idéologie sécuritaire qu'il promeut stigmatise le meurtre, le crime, la délinquance comme étant en continuité entre eux et en continuité avec les troubles du comportement qui seraient définis par la psychiatrie et qui seraient innés. Garnement à la crèche, chapardeur ensuite, puis criminel, et récidiviste cela va de soi: c'est un bio-déterminisme qui est affirmé; et ce bio-déterminisme serait du ressort de la psychiatrie, à qui l'Etat se propose de fournir de modernes oubliettes. Bien sûr, ni Sarkozy ni ses amis ne croient en de pareilles fadaises, mais il s'agit de construire un discours simple, tricoté à partir de lieux communs et de frayeurs privées pour inciter le peuple à demander toujours plus d'autorité. Je propose quelques arguments pour tenter de démontrer cette thèse.

En 2005, une expertise de l'INSERM, "troubles de la conduite chez l'enfant et l'adolescent" parut. Rapidement, le dépistage annoncé de troubles des conduites censés annoncer un avenir délinquant scandalisa des professionnels de la petite enfance qui lancèrent une pétition toujours accessible sur www.pasde0deconduite.ras.eu.org . Le ministre de l'Intérieur, Sarkozy, des hauts fonctionnaires de police, des députés UMP, au contraire se réjouirent de cette étude "scientifique".

Puis le Comité consultatif national d'éthique, saisi par les promoteurs de cette pétition se déclara contre "la volonté d'inscrire la médecine préventive dans le champ de la répression". Et nos adversaires en rabattirent provisoirement.

Auparavant, dans "La santé totalitaire", paru en 2005 (chez Denoël), R. Gori et M.J. Del Dongo écrivaient: "La médicalisation de la souffrance psychique, l'expertise psychiatrique qui la couvre de son autorité, l'arrogance des intérêts pharmaceutiques et industriels conduisent à des politiques hygiénistes et sécuritaires d'un gouvernement des conduites toujours plus précoce et toujours plus féroce". Ils avaient vu juste.

Les élus votent des lois répressives à un rytme étonnant. Il y eut en particulier un projet de loi sur la "prévention de la délinquance". En février 2007, une conférence de presse associant usagers et professionnels de la psychiatrie, et la plupart de leurs organismes représentatifs, dénonça l'amalgame entre délinquance et troubles psychiatriques fait dans ce projet de loi. Il y eut alors recul du pouvoir. Provisoirement.

Maintenant, est arrivée la loi du 25 février 2008 relative à la rétention de sûreté. Elle fut critiquée dans deux revues (il y aurait d'autres exemples) qui ne sont pas connues pour leur anticonformisme, mais qui sont de grande qualité, "l' Information psychiatrique" (revue de psychiatres) et le Nouvel âne (une des revues de l'Ecole de la Cause freudienne).

L'éditorial de l'Information psychiatrique (juin-juillet 2008), écrit par T. Trémine, note: "On n'entend guère parler de notre discipline que par l'intermédiaire du rapport crime/expert, dans les affaires de crime sexuel ou de folie sanguinaire". Il poursuit en montrant combien le "Mal" est "naturalisé" et conclut que "cela "empoisonnera nos pratiques dans les années à venir".

Dans la même revue, J.L. Senon souligne le risque de "laisser penser que la psychiatrie a des soins à donner au criminel, soins immanquablement susceptibles de limiter le risque de récidive". Il rappelle que les auteurs de crime ne sont qu'exceptionnellement des malades mentaux".

Puis C.O. Doron démontre que ce projet de loi vient justifier la notion de peine illimitée, logiquement déduite d'une conception gouvernementale de la "dangérosité". Il affirme donc que cette nouvelle loi porte en elle-même "le principe de l'arbitraire et de l'abus".

Dans le Nouvel âne(n°9, juillet 2008), N. Jaudel commente aussi cette loi: "il s'agit de stigmatiser certains hommes comme radicalement extérieurs à l'espèce humaine, les éloigner définitivement de la communauté et s'en laver les mains. (...)Le règne de l'état d'exception permanent, le fichage et la réification sous le masque de la sollicitude, la ségrégation et l'expiation infinie justifiée par la pseudo-science, c'est un projet de civilisation, en effet, à chacun de savoir s'il veut y souscrire".

La résistance à cette offensive répressive existe donc. La psychiatrie comme discipline est menacée, la psychanalyse aussi; mais, au-delà, c'est la liberté d'expression qui est en danger. La psychanalyse qui développe un discours sur le sujet comme être de parole, divisé et à l'incomplétude radicale, porte potentiellement une conception de l'être humain hétérogène à cette idéologie répressive qui supporte le développement de l'Etat pénal. C'est un discours d'émancipation sociale, ce sont des pratiques politiques et sociales mettant en échec cette politique répressive qui sont urgentes.

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