Billet de blog 6 mai 2011

Les terrains de sport achètent le silence des populations immigrées

Pour Hamou Bouakkaz, vice-président de la Confédération nationale pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes, l'affaire des quotas révèle l'institutionnalisation déjà ancienne du racisme dans le football français. Dirigés vers les terrains de sport, immigrés et fils d'immigrés sont exclus des «circuits ordinaires vers l'emploi».

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Pour Hamou Bouakkaz, vice-président de la Confédération nationale pour la promotion sociale des aveugles et amblyopes, l'affaire des quotas révèle l'institutionnalisation déjà ancienne du racisme dans le football français. Dirigés vers les terrains de sport, immigrés et fils d'immigrés sont exclus des «circuits ordinaires vers l'emploi».

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Goethe disait que Dieu, en nous révélant les secrets de la nature, nous avait mis en tout et pour tout dans un bien grand embarras. L'affaire des quotas dans le football français pourrait bien y être comparée. Apparue subitement la semaine dernière suite aux révélations de Mediapart, elle a suscité des secousses chaotiques, des réactions toutes plus elliptiques et gênées les unes que les autres.

En apparence, l'événement est simple: Mediapart a publié, d'abord des bribes, puis le verbatim d'une réunion au sommet de la Fédération Française de Football. Dans la pratique, cet événement plonge tout le monde dans une situation pénible, bien au-delà des participants dont les propos ont ainsi été publiés. Les ramifications et implications potentielles sont telles que personne n'est à l'abri des secousses.

Bien entendu, le premier réflexe aura été de tenter d'étouffer l'affaire. Les responsables du milieu sportif ont ainsi tantôt raillé Mediapart, comme si la nature réelle ou supposée du support pouvait faire oublier le contenu du message, tantôt tenté de détourner le sujet sur celui des binationaux, affichant une unanimité rarement vue dans ce monde de l'ombre parcouru de très profondes haines et rivalités, signe que des intérêts communs majeurs étaient en jeu. Les médias, plus curieusement, ont fait bloc, en évitant de publier les passages les plus gênants, par exemple les considérations sur l'intelligence des Noirs, ou en déformant les bribes publiées pour les faire cadrer avec la thèse officielle d'un débat sur la double nationalité dans le sport. Le gouvernement, après quelques hésitations, a agi avec une ruse redoutable: désignant et sacrifiant un bouc émissaire secondaire, il a condamné les propos, sans autre précision, comme pour clore l'affaire.

Pourtant, de toute évidence, une réflexion s'impose, non pas pour résoudre cette ténébreuse affaire d'enregistrement d'une réunion de la FFF, mais pour en saisir les ramifications. Il serait manifestement naïf et simpliste de se contenter d'une condamnation de telle ou telle phrase. Au demeurant, les participants à la réunion savaient tout cela, vu qu'ils ont explicitement évoqué leurs craintes que leur conversation ne filtre à l'extérieur. Comme certaines associations l'ont souligné, les dirigeants du football français n'ont fait que dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Le soutien massif des internautes à la FFF, y compris des lecteurs des quotidiens tout à fait républicains voire intellectuels, en représente une inquiétante confirmation.

Toutefois ces mêmes associations de lutte contre le racisme, alors même qu'elles auraient dû, en temps normal, dénoncer avec force ces dérapages et imposer que des mesures soient prises, n'ont connu qu'un échec médiatique et ont été placées dans une situation peu confortable: comment nier l'évidence, à savoir le fait totalement indicible mais clair pour tous que les immigrés et fils d'immigrés sont, non pas sinon, tu deviendras rempailleur de chaises».

Alors oui, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les membres de la Direction Technique Nationale surpris par Mediapart ont abordé, d'une manière certes désastreuse et scandaleuse, des problèmes très réels. Les sachant indicibles, ils ont multiplié les précautions rhétoriques, expression de leur culpabilité, accumulant les expressions maladroites et embarrassées. Il serait gravement préjudiciable pour l'avenir que de leur en laisser à eux seuls la responsabilité.

Le fait que des questions majeures de notre société ne puissent être abordées qu'en faisant infraction aux lois de la République doit nous interpeller. Notre pays, en matière de football comme pour tant d'autres sujets, s'est bâti, dans le silence d'abord indifférent, puis de plus en plus honteux, par autant de systèmes, plus ou moins subtils, plus ou moins maquillés, d'exclusion. En cela, précisément par l'embarras universel qu'elles suscitent, les révélations de Mediapart sont les bienvenues. L'avènement d'un paradigme démocratique nouveau qui, faisant tomber enfin les murs de la dictature de la norme et réalisant enfin l'idéal d'égalité, est quant à lui plus que nécessaire.

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