Des quotas qui excluent les territoires défavorisés

Henri Lelorrain, Omar Ait Bouali, Eugène Henry Moré, élus en charge des sports de Saint-Ouen, Aubervilliers et La Courneuve, trois communes de Deine-Saint-Denis, refusent toute politique discriminatoire.

Henri Lelorrain, Omar Ait Bouali, Eugène Henry Moré, élus en charge des sports de Saint-Ouen, Aubervilliers et La Courneuve, trois communes de Deine-Saint-Denis, refusent toute politique discriminatoire.

---------------

puceinvite.jpgLa nouvelle affaire FFF révélée ces derniers jours démontre l'ampleur de la crise du sport français. Jadis facteur d'intégration comme de réussite personnelle et collective, source d'épanouissement, lien social, le sport, en véhiculant ces valeurs, constituait en effet un élément important de notre pacte républicain, un lien social, mais aussi un passeur d'espoirs et un faiseur d'humanité. Or, à l'instar du reste de la société depuis qu'il est de mode, ces dernières années, de banaliser les idées d'exclusion, de stigmatisation et de ségrégation, la Fédération française de football, délégataire du service public en charge de gérer, d'organiser, d'encadrer le premier sport de notre pays, semble avoir cédé aux sirènes dominantes dans certains cénacles politiques.

L'idée même d'instaurer des quotas dans les centres de formation, pour «blanchir» les équipes de France, nous scandalise. Opposer, comme d'autres le font déjà, «Français de souche» et binationaux, avec en filigrane des critères physiques, en débattre ouvertement et sur un mode totalement décomplexé, lors d'une réunion de la Direction technique nationale (DTN), démontre la perméabilité évidente des plus hautes instances du football français à une vision raciste, à une approche nationaliste de la question des joueurs sélectionnables dans les équipes de France, ainsi qu'à des explications éculées à de faux problèmes.

En ne traitant pas, entre autres, de thèmes comme, par exemple, la formation dans nos quartiers populaires, les discriminations et le racisme dans les stades, et semble-t-il dans ses instances nationales, pour se contenter de livrer le football français davantage au seul football professionnel, les Etats généraux du football français d'octobre 2010 ont été un rendez-vous manqué sanctionnant le décalage entre les attentes du football des 2 millions de licenciés de la FFF et la poignée de gestionnaires fédéraux en mal de réussite.

Pourtant la réalité est autre, et le sport différent de ce que l'on nous montre: élus de Seine-Saint-Denis, premiers accompagnateurs et supporters du sport sur nos territoires, nous refusons l'idée même que l'équipe de France, comme les centres de formations, doivent se mettre à l'image d'une certaine France faite de fantasmes douteux excluant notre diversité plutôt qu'à l'image de la France telle qu'elle est. Ce sont de nos territoires –avec toutes leurs diversités– qu'émergent tant de champions qui lorsqu'ils gagnent ne sont alors plus, subitement, moins français que les autres. Ce sont dans ses territoires que la France du football toute entière vient tous les ans repérer et détecter l'équipe de France de demain. Ces territoires, bien que stigmatisés au quotidien, et n'en déplaise à certains, sont dans la République comme les autres, leur population fait partie de la Nation, et la jeunesse qui y vit est la France d'aujourd'hui, nos champions de demain.

Nous réaffirmons notre soutien à tous les clubs (bénévoles, éducateurs, joueurs et dirigeants), pourtant affiliés à la FFF, qui tous les week-end, et sans aucune discrimination ni quotas, animent, encadrent, forment les footballeurs de nos villes et qui doivent se sentir désemparés et insultés par le comportement de la DTN. Nous refusons que toute politique discriminatoire soit mise en place à quelque échelon que ce soit et demandons donc à la Ligue de Football de Paris-Ile de France, ainsi qu'à ses différents districts (instances départementales) et donc celui de Seine-Saint-Denis de se démarquer très clairement -en les condamnant sans ambiguïté- des propos et projets de la DTN. A ce jour, la maigre réaction de la ligue de Seine-Saint-Denis nous interpelle dans ce qu'elle semble banaliser comme propos et comportement. Nous exigeons donc d'elle qu'elle réaffirme son attachement à promouvoir une politique de formation ouverte à tous et pour tous. Premiers financeurs, premiers supporters, premiers acteurs du sport sur nos territoires, nous ne saurions encourager financièrement et techniquement une politique contraire aux principes républicains et qui banalise l'exclusion et le racisme avec de fausses excuses. Accepter ces quotas et développer les pratiques et propos les justifiant exclurait le 93 de la FFF. Est-ce ce qui est recherché?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.