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Crise à la FFF

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Billet de blog 8 mai 2011

Affaire des quotas: un bilan

Quand Mediapart a publié le premier article sur la question (voir Dossier Foot), le monde du football a vivement réagi : vous avez des preuves ? Très vite, le verbatim de la réunion du 8 novembre a été publié, obligeant chacun à convenir qu’il y avait effectivement eu des dérives graves lors de cette réunion.

christophe lemardelé
enseignant, historien des religions
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Quand Mediapart a publié le premier article sur la question (voir Dossier Foot), le monde du football a vivement réagi : vous avez des preuves ? Très vite, le verbatim de la réunion du 8 novembre a été publié, obligeant chacun à convenir qu’il y avait effectivement eu des dérives graves lors de cette réunion. Alors, à partir de ce moment-là, les débats n’ont pas cessé sur les supports médiatiques sportifs, opposant la plupart du temps deux camps : ceux qui se scandalisaient et ceux qui relativisaient considérablement. On revivait ainsi l’épisode de la dernière coupe du monde où la passion l’emportait sur la raison sans décrypter les faits en les situant dans leur contexte. Les « gagnants » de cette crise sont précisément les acteurs de la grève dans le bus (Domenech, Evra, Ribéry, Anelka etc.) qui auront désormais un peu plus de tranquillité : le syndrôme Knysna remplacé par le syndrôme quotas.Après plus d’une semaine d’informations spectaculaires et d’interventions d’anciens joueurs, il est utile de prendre un peu de recul et de voir ce qui s’est passé. D’abord, les révélations de Mediapart n’ont pas été aussi scandaleuses que cela. En effet, si Edwy Plenel put mettre en relation cette dérive avec la dérive xénophobe du pouvoir en place (discours de Grenoble l’été dernier [après, précisément, la coupe du monde]) depuis 2007 (au moins), il n’y eut pas d’informations mettant en cause ce pouvoir. D’une part, cette dérive ne serait propre qu’à la FFF, voire la DTN seulement, d’autre part, elle a été accentuée par un nouveau règlement de la FIFA.Si certaines personnes ont trouvé choquant la manière dont les informations sont sorties (l’enregistrement de la réunion) ou la manière dont elles ont été traitées par les journalistes (titres et photos), il est aisé de rétorquer que la liberté de l’information est à ce prix-là. Quand le journal L’Equipe avait titré avec l’insulte d’Anelka (en partie vraie seulement d’ailleurs), on avait remis en cause le journal, non la communication désastreuse de Domenech ni même sa non moins désastreuse « gestion » du groupe. En outre, le quotidien sportif n’était en rien responsable de l’excès de zèle qui suivit à la Fédé : expulser un joueur d’une coupe du monde et le suspendre presque à vie de matchs internationaux… Or ni L’Equipe ni Mediapart n’ont donné leur(s) source(s), principe même du journalisme rappelé par Plenel.De nombreuses critiques ont été émises contre Mediapart et ses journalistes, et contre monsieur Belkacemi qui avait enregistré la réunion en question. Premièrement, le site Mediapart parle peu de sport et s’intéresse avant tout à l’information politique. Ainsi, l’information fut traitée comme fait social et politique, non comme fait sportif, ce que les adeptes du ballon rond ont des difficultés à accepter : le monde du foot n’est pas un monde à part, il est dans la société. C’est pourquoi les journalistes de la rédaction ne pouvaient prendre en considération dans leurs articles le devenir de l’équipe de France, fragilisé par la mise en cause de son sélectionneur. Deuxièmement, l’information qui choque peut le faire de deux manières : soit par la forme, soit par le contenu. Or il s’est agi bien plus de contenus lourds de questionnements que de petites phrases murmurées dans un vestiaire. Troisièmement, si l’auteur de l’enregistrement a fait ce qu’il a fait, ce n’est pas pour qu’il y ait de la transparence liberticide (ce que l’on a reproché à Julian Assange et à WikiLeaks) puisqu’il avait remis cet enregistrement à sa hiérarchie et non à la presse. Monsieur Belkacemi a agi ainsi avec courage et conscience, pour dénoncer des propos troubles qu’il avait déjà entendus et que l’entretien avec André Mérelle, l’ancien directeur de l’INF, a confirmés. Ainsi, lorsqu’il est venu vers la presse pour dire sa vérité, il ne se dénonçait pas comme on l’a lu dans cette même presse, il disait seulement avoir voulu dénoncer, et non des gens mais une situation.Quand on dénonce une situation, il faut y aller avec mesure car les conséquences peuvent être graves pour les personnes concernées. Le verbatim fait apparaître, quand on le lit sereinement pour le décrypter, en s’empêchant de réagir à des mots ou à des expressions pour mieux réfléchir au déroulement et à d’autres mots plus insignifiants mais lourds de sens, que la discussion était quelque peu biaisée au départ car le problème n’avait sans doute pas été clairement énoncé (utilisation de chiffres chocs). Il semble bien que le sélectionneur ait été emmené dans un débat qui avait pour but d’obtenir son assentiment sur le fond du problème. Il en ressort un étrange dialogue de sourds où l’un (Blanc) parle de s’identifier au maillot national français et de sélectionner les jeunes avec des critères sportifs plus étendus tandis que deux autres (Blaquart et Mombaerts) tiennent à faire accepter leur idée d’une sélection à la base, sans critères sportifs (quotas), privilégiant les jeunes ne pouvant rejoindre plus tard une autre équipe nationale, donc, comme il est dit à un moment, les Français « de souche française ».Les réactions dans le monde sportif n’ont pas tardé à la suite de la publication par Mediapart de cette réunion. Les anciennes gloires de 98 se sont exprimées et se sont même contredites, interpellées, critiquées durement. Si Dugarry n’a vu que les enjeux sportifs, Thuram, lui, a surtout réagi aux implications sociales et politiques. Certains ont observé également que les joueurs noirs ont été plus scandalisés que les joueurs blancs. Comme l’a dit le même Thuram, si une assemblée majoritairement noire dans un pays majoritairement noir avait dit qu’il y avait trop de joueurs blancs, les joueurs scandalisés seraient blancs. Quand Nelson Mandela est venu au pouvoir en Afrique du Sud après l’Apartheid, il n’a pas trouvé qu’il y avait trop de joueurs blancs dans l’équipe de rugby qui a gagné la coupe du monde (voir Invictus de Clint Eastwood). Ces réactions un peu passées, d’autres voix sont venues s’ajouter dont celle de Zidane dans L’Equipe de ce dimanche. Sa réserve naturelle fait œuvre de sagesse car l’interview est particulièrement soignée, chaque mot pesé, avec le recul nécessaire, et l’on finit par comprendre qu’un sélectionneur irréprochable s’est retrouvé dans un contexte qu’il ne maîtrisait pas. Toute son énergie a dû se focaliser sur l’extérieur après l’ère Domenech (relations avec la presse, communication avec les joueurs, philosophie de jeu etc.) et il en a oublié l’intérieur : la FFF et la DTN. Il apparaît donc de plus en plus comme victime collatérale dans l’affaire plutôt que comme coupable. Il semble bien que la ministre des sports en soit consciente et l’on peut déjà dire qu’elle a su gérer cette affaire, autrement mieux que ne le fit madame Bachelot l’an passé, récupérant politiquement et trompant de manière odieuse et condescendante des joueurs en « révolte ».La ministre a agi avec mesure et l’ensemble du monde politique également car peu de voix se sont exprimées. Pourtant, la récupération politique viendra sans doute. Une fois l’affaire passée, on imagine sans peine que les nouveaux tenants de la liberté d’expression (je veux dire : ceux qui fustigent à longueur de lignes et d’antennes le politiquement correct au point de justifier les propos discriminatoires) ne manqueront pas d’affirmer qu’on ne peut plus rien dire dans ce pays, que l’antiracisme est bien plus un problème que le racisme… retournant donc les arguments de manière plus ou moins honnête. Pour que cette récupération ne soit pas maximale, il importe donc que la raison l’emporte sur la passion dans cette affaire. D’abord, le monde du foot a besoin de foot sur le terrain, ensuite, la société a besoin de débats politiques qui ne soient pas faussés par des inclinations populistes. Il importe donc de revenir au foot lui-même dans un cas, et à la vraie politique dans l’autre, traitant des problèmes économiques, sociaux, éducatifs etc. Que cette crise dans le sport nous fasse sortir du marasme nationaliste et xénophobe plutôt que de nous y plonger plus encore. Finalement, à la FFF comme dans le pays, il faudrait cesser de trouver des boucs émissaires pour mieux s’occuper des problèmes réels en s’adressant aux vrais interlocuteurs (FIFA et Union Européenne).

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