Billet de blog 8 févr. 2012

Guéant, le bouton d'acné d'une fausse adolescence

Mariethé FERRISI
Auteure de roman policier
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  6 janvier 2012. REUTERS/Charles Platiau

A l'Assemblée nationale, le 7 février, le député de la Martinique Serge Latchimy, apparenté PS, a assimilé les récentes déclarations de Claude Guéant au régime nazi, provoquant une nouvelle polémique.

A la suite de la déclaration du ministre de l'Intérieur sur "toutes les civilisations ne se valent pas", le journaliste et écrivain algérien Chawki Amari s'interroge sur le sens de ce nouveau dérapage.

Depuis que l'humanité sait lire, le sumérien ou les hiéroglyphiques, on aura au moins appris une chose, les mots, les actes et les gens ne sont pas innocents. Ils reflètent une idée ambiante, diffusent des convictions partagées et propagent des valeurs en posant la domination de celui qui écrit sur celui qui lit, de celui qui parle sur celui qui écoute. Ce dernier point n'est pas certain. Mais pourquoi pas? Faut-il parler de Guéant, qui va disparaître dans 1 an? Ce n'est pas sûr.

Les Français savent-ils parler français?

A chaque dérapage, et ils deviennent nombreux, on parle de contexte, comme pour recadrer un propos mal saisi, étant entendu que ce sont les malentendants qui entendant mal et jamais les maldisants qui disent mal. La presse, consentante comme celle qui engrange de l'argent sans questionner la morale, sert au moins à ça, les mises au point, correctifs et recadrages dans les contextes.

Le contexte? Justement, le contexte est bien celui-ci, d'une course aux voix pour une élection suprême, d'une facilité à être français quand une bonne partie de la planète se pose justement la question de ce qu'elle est.

Est-on français et du bon côté de la barrière uniquement parce que ses parents sont français ou est-ce une conviction? Qu'est-on quand au-delà de ses gênes,on est culturellement pardonnable et sans gêne? Question de contexte, à quel moment sortir du calcul strictement politique pour empiéter sur la morale et le terrain de chasse du Front National?

Guéant crache, Juppé essuie, ballet réglé entre un crayon et une gomme, les Noirs et les Arabes étant ce grand papier froissé. Mais le mot sur la langue, qui sort ou ne sort pas, se regrette ou s'excuse, se contextualise ou se décontextualise, dit tout ou rien. Il y aurait sur la planète, les bons, premiers de la classe, et les mauvais, ceux de l'école buissonnière de la civilisation. Oui,pourquoi pas, il y a évidemment des pays qui vivent mieux que d'autres. Mais quel est le pays de Guéant? Celui de la médisance. C'est sûr, mais pas certain.

La pyramide des valeurs

Bien avant Babylone, l'Andalousie ou la renaissance européenne, on le savait déjà un peu. L'humanité n'avance pas sur des élections mais sur des sauts qualitatifs. Dans la pyramide des besoins, on trouve à sa base la sécurité alimentaire, puis en remontant la sécurité tout court, puis au-dessus, les libertés.

Certains pays n'ont pas encore réglé toutes ces questions et ce ne sont pas forcément les pays les moins avancés. Même aux Etats-Unis, sous couvert de lutte contre le terrorisme, le Patriot Act de l'ex-président Bush a défini la sécurité comme étant supérieure à la liberté et au droit fondamental.

Plus près de nous et en attendant la fin de l'Histoire, les pays arabes se posent encore la question et cette dialectique confuse arrivera tôt à tard à maturation. Il y a sûrement une supériorité des valeurs, sur la place de la femme et des libertés, sur la démocratie, l'expression plurielle et le respect des minorités. Mais les chiffres ne sont pas clairs, y a-t-il plus de femmes battues en Occident ou en Orient, en Afrique ou en Europe, aux USA ou au Japon? Si l'arriération des dictatures, qu'elle soit arabe, nord-coréenne ou birmane, n'est pas à prouver, il faut avancer doucement sur ces terrains et rien ne sert à Guéant de courir car il n'ira pas plus vite. C'est moins sûr, mais de plus en plus certain.

L'ennemi facile et la lâcheté politique

On ne parle jamais de la Chine, qui elle-même place les libertés au-dessous de la sécurité ou de la stabilité. On parle très rarement de l'Arabie Saoudite, alliée des USA mais l'un des pays des plus obscurantistes de la planète. A part dans les magazines exotiques, on ne parle pas des Mormons, qui aux Etats-Unis, gardent encore un féroce monopole de domination sur les femmes.

Ce qui est sûr, c'est qu'on ne parle pas beaucoup de la dictature blanche et européenne du Bélarus ou des dictatures chrétiennes en Afrique noire, encore moins de l'Apartheid ethnique et religieux en Israël. Le discours de Dakar sur le temps cyclique et linéaire, a évidemment de quoi interroger les esprits en Afrique, réduite à se demander où doit-elle aller quand Guéant part en croisade. Sauf que ce genre d'exercice ouvre la voie à tous les dérapages. C'est sûr?

La grande décharge

Les Guéants existent et ils sont nombreux sur la planète des concurrences. Sûrement qu'il y a des nations qui ont avancé plus vite que d'autres, à la faveur de séquences historiques plus rapides que d'autres. Mais à insister, maintenir, zoomer et répéter en oubliant ses propres défauts, c'est la porte ouverte à toutes les fenêtres comme le dit Gad Elmaleh. Juif et Blanc, mais aussi Maghrébin et Africain.

C'est ainsi qu'au début de cette nouvelle année, des GI's américains ont uriné sur des cadavres afghans, dernière offense en date de la longue série des humiliations civilisationnelles. Ce n'est presque pas de leur faute, ils ont été servis par un discours global et des mots sans conscience. Cette vidéo naturellement diffusée sur Internet n'a suscité que de mollesréactions officielles, comme si tout avait déjà été dit sur le sujet.

Tout a effectivement été dit même si Guéant annone encore. Mais quand une civilisation est déclarée supérieure à une autre, la première finit toujours par prendre le droit d'uriner sur la seconde. Prochaine étape probable, la défécation. Tuez-les tous, la grande décharge publique reconnaîtra les siens et triera ses déchets, Guéant compris. Ça au moins, c'est sûr.

Chawki Amari, journaliste et écrivain

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