" La jupe n'est pas plus phallique que le pénis "

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Cette journée instituée par "Ni pute ni soumise" est-elle de la manipulation ou une réelle avancée du féminisme? (D.R.)

 

En cette Journée de la jupe, il est bon de rappeler que nous sommes bien plus qu'un bout de chiffon à secouer devant les yeux asthéniques des hommes.

 

"Les féministes ne sont pas d'incorrigibles hystériques", se tue à répéter la psy Sophie Marinopoulos. Dommage, cette journée décrétée par l'association "Ni pute ni soumise" nous rappelle combien il est difficile d'être combative sans être considérée comme "mal baisée". Car le mot est toujours prononcé par nos amants bien qu'il date des années MLF, lorsque nos aïeules défilaient à moitié nues dans les rues pour réclamer le droit à disposition de leurs corps.

Force est de constater que ces journées, qu'elles soient de la femme ou de la jupe, font de nous un produit consommable, à l'instar de la journée sans tabac (31 mai), sans viande (20 mars), sans voiture (22 septembre) ou du jeu vidéo célébré lui aussi en ce 25 novembre: des XX et non plus des femmes.

"En 1970, nous étions dans le combat, aujourd'hui nous devons être dans l'apaisement", estime Sophie Marinopoulos, auteure du passionnant pamphlet, "Combattre les petites philosophies du pénis" (édition LLL). "Les prises de position agressives, les codes masculins n'ont plus lieu d'être, il faut conduire nos combats autrement. "

Ainsi ne voit-elle pas où cette Journée de la jupe peut nous mener (sans compter qu'elle rate sa cible en occultant qu'aujourd'hui, accessoirement, c'est la Journée internationale de l'élimination de la violence à l'égard des femmes…), ni même ce pseudo combat contre le madame-mademoiselle, encore moins l'idée de se dévêtir au nom de la liberté : "Prenez cette femme égyptienne qui a publié une photo d'elle nue sur son blog, ce qu'elle a fait va nous desservir et la met assurément en danger, affirme cette psychanalyste. C'est par la parole que nous devons nous imposer, la nudité ne remplace pas un discours. Se déshabiller publiquement, en quoi cela nous rend-t-il égaux ? Au contraire, ça attise la violence." Et de considérer qu'"Il faut davantage de maturité pour combattre".

Sophie Marinopoulos ne fait pas dans le politiquement correct. Mais en matière de féminisme, elle aurait tort de se gêner. Car, émergent aujourd'hui d'autres femmes comme elle qui mènent un combat féminin en prise direct avec les hommes, nos compagnons, pas nos ennemis.

Voilà pourquoi cette Journée de la jupe est encore une fois à mettre au panier (à linge sale) car en quoi le fait d'aérer ses gambettes en plein mois de novembre relève-t-il de la gageure si ce n'est qu'on se gèle les miches dehors ?

"C'est une vieille caricature que de dire que la féministe est contre les hommes, laide, mal fringuée, insatisfaite et pas féminine, assure Sophie Marinopoulos. Tout cela a évolué, heureusement. Les nouvelles féministes subliment la femme, à travers des photos, des films, des ouvrages, des sites internet. Nous n'avons plus besoin de fonctionner sur un mode transgressif, plus besoin de hurler, nous devons évoluer. Carton rouge pour ces femmes qui utilisent la caricature, pas leur intelligence!"

L'association "Ni pute ni soumise" pratique-t-elle la manipulation de la femme par la femme ? Ces dames qui prônent la jupette comme arme de libération ne retombent-elles pas (à leur insu ?) sous la domination masculine ? "Cette journée est une erreur, analyse Sophie Marinopoulos. Ces femmes se trompent et donnent au féminisme une tonalité désuète. Nous avons trop ri des hommes qui pensent qu'ils portent leur masculinité, leur virilité, en dessous de la ceinture, alors ne soyons pas à leur image, ne plaçons pas notre être sur ce même niveau, et relevons un peu le nez. Et quoi ? "La jupe n'est pas plus phallique que le pénis et n'est en rien ce qui nous distingue."

Valérie Domain-Le Nouvel Observateur

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