2012, c'est demain et 2009 c'est tout de suite

A l’époque de l’Affaire Dreyfus qui divisait les familles, un dessin de presse montrait une maîtresse de maison bourgeoise désolée devant le spectacle de ses invités mal en point sur le champ de bataille dévasté de sa salle à manger. La malheureuse se lamentait « Ils en ont parlé ! ». De « l’Affaire », voulait-elle dire.
Au congrès de Reims, quelques convives ont quitté la table prématurément, mais la vaisselle socialiste est intacte car « Ils n’en ont pas parlé » De quoi ? De la construction européenne.
Et les analystes et politologues de tout poil de pronostiquer que le score du PS aux élections européennes de 2009 sera – je cite – aussi calamiteux que le congrès.
C’est vite dit.
Pour ma part, je pense que Le Parti Socialiste peut gagner cette première bataille s’il brise dès maintenant une omerta qui n’a plus lieu d’être.
L’heure est aux propositions d’action immédiate et concrète. On peut en formuler trois à partir de textes extraits des motions C, D et E du congrès de Reims. La dernière de ces propositions peut-être précisée dans le sens d’une idée que le regretté Bronislaw Geremek, député européen, avait lancé l’été dernier.
Proposition N°1(Motion C)
Le traité de Lisbonne prévoit la nécessité d’une ratification unanime par les 27.
Après le rejet irlandais le traité de Lisbonne doit donc être déclaré caduc.
L’idée est bonne, sauf qu’on ne peut déclarer un traité caduc avant qu’il entre en vigueur. Mais on peut très bien remplacer la seconde phrase par :
Après le rejet irlandais et dès avant les élections de 2009, il faut reconnaître l’échec de la ratification du traité de Lisbonne par défaut d’unanimité.
La messe est dite, les querelles d’anciens combattants du OUI ou du NON au TCE n’ont plus de sens. Elles nous ont discrédité dans l’opinion française et désespéré même les plus francophiles de nos amis sociaux démocrates européens.

Proposition N°2 (Motion D)
Pour progresser vers une véritable démocratie européenne, nous proposerons que le Parti Socialiste Européen (PSE) indique dès avant les élections de 2009 le nom de son candidat à la Présidence de la Commission.
Rappelons qu’en théorie la Commission propose, le Conseil décide et le Parlement contrôle. En pratique, le Conseil, empêtré par des règle de vote lourdes et complexes, ne fait qu’entériner les propositions de la Commission. Quelquefois, on l’a vu dans le cas de la directive Bolkenstein, le Parlement est le seul garde-fou contre les dérives libérales de la Commission.
Comme la Commission et son Président doivent être agréés par le Parlement, il serait bon, en effet, que les socialistes français se mettent d’accord à l’avance avec les autres membres du PSE sur le nom d’un candidat social-démocrate au poste de Président de la Commission.
L’élection de l'ultra-libéral Barroso n'aurait pas été si simple si les socialistes français avaient été un peu plus solidaires de leurs alliés au Parlement européen.

Proposition N°3 (Motion E)
Nous proposons de créer un débat sur l’avenir de l’Europe par la voie d’une consultation européenne s’adressant directement aux peuples des 27 États-membres
.
L’idée est bonne, mais la formulation est un peu vague. Je préfère celle de B.Geremek :
Ce qui ne peut pas être réalisé sur la base des traités existants peut être soumis à une consultation populaire à l’échelle de l’Union européenne, organisée le même jour dans tous ses pays membres. Une ou deux questions précises concernant le système de vote européen, une campagne d’information sur le sujet, un débat dans l’Europe entière sur le problème, et les Européens seraient appelés aux urnes (cela pourrait se faire en même temps que les prochaines élections au Parlement européen) : le Conseil et le Parlement sauraient quoi faire après une telle consultation.

Claude BASTIAN

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