Confinée dans un Spot of Folly avec Ruth Rendell

En flânant dans les rayons de la très connue, indépendante et attractive librairie Shakespeare du quartier Saint Michel, je suis tombée en pâmoison devant la couverture de A Spot of Folly : un paysage fantomatique, une barrière entrouverte qui incite à la fois au mystère – est-ce l’’entrée d’un château hanté ? - et à la chasse aux trésors.

 Flâner dans les rayons – peut-on les appeler ainsi ? - de Shakespeare and Company est un réel plaisir outre que cette espèce de capharnaüm bien rangé est une véritable attraction. C’est en m’y promenant que je suis tombée en pâmoison devant la couverture de A Spot of Folly : un paysage fantomatique, une barrière entrouverte qui incite à la fois au mystère – est-ce l’’entrée d’un château hanté ? - et à la chasse aux trésors. La typographie, l’ambiance feutrée, bleutée ainsi que le clair-obscur de la couverture m’attiraient, me remuaient et me renvoyaient, je ne sais pourquoi, à un livre que j’avais lu en cachette quand j’étais enfant : Rebecca de Daphné du Maurier.
Je ne connaissais pas l’auteur mais j’achetai le livre. À l’instinct. Comme dans un petit frisson.

A Spot of Folly © Wikipedia A Spot of Folly © Wikipedia

J’étais certaine d’avoir là quelque chose qui me réjouirait. Et ce fut le cas.

Je sautai les pages d’introduction de A Spot of Folly dont le sous-titre est Ten And A Quarter New Tales Of Murder and Mayhem et me rendis directement à la première nouvelle, Never Sleep in a bed Facing a Miror. Sûrement le Quater ? Et là, je dois le dire, je jubilai : mais comment avait-elle fait ça ?! Et je relis cette première nouvelle encore et encore et toujours avec la même jubilation.


Never Sleep in a bed Facing a Miror est une micro-nouvelle d’à peine 5 lignes. En 20 mots le décor, l’ambiance, l’événement déclencheur et la rencontre entre les deux personnages sont posés. 15 mots pour exprimer le refus de l’aventure, son acceptation et l’épreuve. La chute et ses multiples interprétations ? Présentées en seulement 13 mots.
C’est terrible, effrayant, percutant, dérangeant. Et on ne peut qu’applaudir ce tour de force et foncer vers la suite.

Mais qui est cette femme ?

Ce que je découvris d'elle me remplit franchement d’aise.
Ruth Rendell, écrivain anglo-saxonne d’origine suédoise et danoise dont la vie est aussi à rebondissements que ses nouvelles, est une référence en matière de drame psychologique et de récits à suspens.
Ses débuts de journaliste commencent mal : elle est obligée de démissionner d’un journal local de l’Essex après avoir raté l’occasion, en ne se rendant pas à un dîner, de rapporter le décès en plein discours d’un des intervenants.
Mais c’est en exerçant ce métier que Ruth Rendell rencontrera son mari. Mariée à l’âge de 20 ans, elle divorcera 25 ans plus tard. Pour se remarier avec le même 2 ans plus tard.
Auteur à succès et multi-récompensée, Ruth Rendell écrira, sous son nom et sous pseudonyme, de nombreuses nouvelles policières dont plusieurs ont été adaptées pour la télévision et le grand écran.
Elle recevra le titre de Baronne Rendell de Babergh et siégera à la Chambre des Lords. Elle sera à l’initiative d’une loi devenue The Female Genital Mutilation Act 2003. Une loi contre l’excision et autres mutilations génitales féminines.

A Spot of Folly,

La seconde nouvelle du recueil a pour titre A Spot of Folly et commence par une aventure à Paris lors d’un voyage d’affaires.

Le charme d’un hôtel, la nuit, qui semble si fade le matin et les mauvaises manières des serveurs français. Les Folies Bergères bien sûr et le sexe vite fait. Une belle scène d’exposition : des mots ciselés sur un rythme vif de conversation banale et déjà c’est le mystère. Une aventure dans l’aventure dont le début de récit est semé d’indices qui ne feront sens qu’à la fin. Alors, on relit le début de la nouvelle afin de vérifier les indices. Une histoire qui est aussi une étude sociologique et une mise à nue des travers de l’âme humaine.

The thief est un conte. Une histoire haletante. L’histoire d’une menteuse compulsive et de sa descente aux enfers.

Et, il y a ce presbytère, une bâtisse du milieu du XVIIIème. Et, toujours à 21 heures, des bruits de pas et de roues sans qu’on ne voit jamais personne, des portes qui claquent et une salle de dessin qui donne des frissons.

A Spot of Folly © ADSJ A Spot of Folly © ADSJ

Trois ans presque date pour date après mon achat, confinée, j’ai relu ce livre, en format plus réduit et autre couverture, avec le même plaisir.

A Spot of Folly, a été publié en 2017, soit deux ans après la mort de Ruth Rendell. C’est une collection de dix nouvelles déjà publiées dans des magazines spécialisés, entre 1970 et 2005.

Bien que le livre soit en anglais, grâce au style particulier et à l’efficacité de la construction, il reste accessible à ceux qui ne sont pas parfaitement bilingues.

ADSJ.

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