Billet de blog 24 mars 2020

Arthur Rimbaud, la vérité dans une âme et un corps

Une saison en enfer est un recueil de poèmes d'Arthur Rimbaud (1854-1891). Le poète avait entrepris sa publication, à compte d'auteur, mais faute d’argent elle ne fut pas diffusée. Depuis ce livre appartient à la littérature mondiale.

Dashiell Donello
Je suis un homme libre !
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

DR Arthur Rimbaud

Une saison en enfer pourrait faire penser à une période difficile qu’aurait vécue Arthur Rimbaud. Le temps narratif est visité au passé avec un discours fragile : « jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient tous les cœurs, où tous les vins coulaient ». Se souvient-il bien de ce festin ? Pourtant, un soir, le jeune Arthur a vu la beauté amère, a demandé justice, et a confié son trésor aux sorcières, loin de l’espérance humaine. Dans un printemps au rire idiot, il cherche la clef du festin ancien : « La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai rêvé ! ». Il concède pourtant qu’il a rêvé un conte qu’il retranscrit sur son carnet de damné. 

Le poète « au mauvais sang » se voit en héritier gaulois : « D'eux, j'ai : l'idolâtrie et l'amour du sacrilège; -oh ! tous les vices, colère, luxure, - magnifique, la luxure; -surtout mensonge et paresse ». Mais cet héritage familial le situe dans une paysannerie ignoble, alors qu’il a une main à plume qui écrit : « J'entends des familles comme la mienne, qui tiennent tout de la déclaration des Droits de l'Homme ». 

Arthur Rimbaud, dans la race inférieure, n’a de souvenir antérieur, à l’histoire de France, qu’en fille aînée de l’Églisse : « le culte de Marie, l'attendrissement sur le Crucifié s'éveillent en moi parmi mille féeries profanes ».

Seul comme un lépreux animiste, parmi les orties, il danse le sabbat ne sachant plus dans quelle langue il parle : « Je n'en finirais pas de me revoir dans ce passé. Mais toujours seul ; sans famille ; même, quelle langue parlais-je ? Je ne me vois jamais dans les conseils du Christ ; ni dans les conseils des Seigneurs, - représentants du Christ ».

C’est donc la science qui prend la place du souvenir  pour le corps et pour l’âme: « La science, la nouvelle noblesse ! Le progrès. Le monde marche ! Pourquoi ne tournerait-il pas ? ». Rimbaud marche beaucoup, il quitte l’Europe et va dans les climats perdus. Tel un devin, il prédit ce qui vient à lui : « Je reviendrai, avec des membres de fer, la peau sombre, l'œil furieux : sur mon masque, on me jugera d'une race forte. J'aurai de l'or : je serai oisif et brutal »

Quand on connaît le dénouement de sa vie, c’est impressionnant. S’il est bien revenu avec de l’or, il porte aussi  à sa jambe un néoplasme (cancer) et sera amputé à Marseille en 1891, trois mois avant de mourir. Je ne terminerais pas ici l’accompagnement de ce sublime texte poétique, car je ne veux pas lire à votre place, et on n’est jamais si bon lecteur que par soi-même. C’est à vous maintenant de rêver chaque ligne, comme je l’ai fait jusqu’ici. 

Avec ce billet d’édition, j’espère vous avoir mis en appétit pour lire ou relire « Une saison en enfer » un texte qui est dans ma mémoire depuis 1982, quand je le jouais dans un petit théâtre de la rue Saint-Honoré (aujourd’hui disparu).

Je pense que Rimbaud, dans un combat spirituel, afin d’effacer tous les souvenirs immondes, a prolongé sa poésie par l’action. Il ne l’a, en fait, jamais abandonné. Une saison en enfer est une écriture à jamais moderne, avec des élans vers la perfection. 

Une Saison en enfer D’Arthur Rimbaud

Sa lecture est gratuite sur : https://www.poetes.com/textes/rbd_enf.pdf

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Social
Lidl : les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Social
Conditions de travail : la souffrance à tous les rayons
Le suicide de la responsable du magasin de Lamballe, en septembre, a attiré la lumière sur le mal-être des employés de l’enseigne. Un peu partout en France, à tous les niveaux de l’échelle, les burn-out et les arrêts de travail se multiplient. La hiérarchie est mise en cause.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal — Politique
Zemmour : quand le candidat parle, ses militants frappent
À Villepinte comme à Paris, des antifascistes se sont mobilisés pour ne pas laisser le premier meeting d’Éric Zemmour se tenir dans l’indifférence. Dans la salle, plus de 10 000 personnes s’étaient réunies pour l’entendre dérouler ses antiennes haineuses, dans une ambiance violente.
par Mathieu Dejean, Mathilde Goanec et Ellen Salvi
Journal — Politique
En marge du meeting de Zemmour, des habitants de Seine-Saint-Denis fustigent « sa politique remplie de haine »
Éric Zemmour a tenu le premier meeting de sa campagne présidentielle dans un département qui représente tout ce qu’il déteste. Cibles quotidiennes des injures du candidat d’extrême droite, des citoyens de Villepinte et des alentours témoignent.
par Hannah Saab (Bondy Blog)

La sélection du Club

Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau
Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie