L'anthropocène contre l'histoire d'Andreas Malm

Un livre retraçant l'histoire de l'exploitation des énergies fossiles.

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Devant l'émergence de l'expression "anthropocène", qui présuppose que l'activité humaine serait corroborée au réchauffement climatique, Andreas Malm se pose la question des origines de la pollution globalisée. Il retrace l'histoire de l'industrie britannique, pionnière dans l'exploitation des machines à vapeur et donc du charbon, pour montrer que l'émission massive de gaz à effet de serre n'est pas simplement le fait de l'activité humaine, mais plus spécifiquement reliée à l'activité industrielle, allant même jusqu'à analyser le moment exact où la confection du tissu est passée du moulin à eau, artisanal, rural, à la machine à vapeur.

L'anthropocène contre l'histoire © Andreas Malm L'anthropocène contre l'histoire © Andreas Malm

Ecrit comme une enquête, le gros du livre est axé autour de la conquête coloniale de l'empire britannique. Équipant ses colons de bateaux à vapeur pour conquérir les Indes, la force capitaliste essaiera à tout prix d'appliquer la machine à la production nationale. Y voyant d'abord un moyen de s'affranchir des saisons, le charbon et la vapeur étant transposables n'importe quand et n'importe où, contrairement au courant des rivières. Finalement le plus gros avantage sera celui de la main d'œuvre, la relocalisation des ateliers depuis les campagnes vers des villes donnera au capital son plus précieux atout: sa force de travail rurale et insubordonnée des campagnes, faite de paysans, avantageusement remplacée par une main d'œuvre d'une nouvelle nature, asservie au besoin d'emploi urbain et interchangeable: l'ouvrier.

L'analyse très historienne des débuts de l'industrialisation, simplement appliquée au charbon, au tissage et à la région britannique donne une perspective vertigineuse quand on la projette plus largement: le pétrole et le gaz, la production de tout bien manufacturé (prêt à porter, multimédia, agro-alimentaire, automobile, etc...), l'Asie comme usine du monde. Les énergies fossiles, en permettant de s'affranchir de la force de la nature, permettent aussi de produire partout, tout le temps, créant le travail à la chaîne et la condition prolétaire. En faisant cette démonstration, l'auteur montre que le terme anthropocène est caduque. Ça n'est pas l'activité de l'homme en général qui a laissé une trace dans les strates géologiques. S'il y a une marque bien visible dans le carottage des glaciers, liée à une forte rupture dans l'activité terrestre, c'est celle de l'industrie.

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