Un jour, un livre (chronique d'un tiré au sort) - 77 de Marin Fouqué

Aujourd'hui, Lui, il ne montera pas dans le car scolaire. Il va rester seul sur le banc, sous l'abribus, avec ses souvenirs, à remonter le temps. Un temps suspendu rythmé par les quelques voitures passant devant l'abribus. Un temps de l'insouciance qui ne dure pas. Un temps où la réalité vous rattrape, toujours. Chronique d'un des gagnants du tirage au sort de l'édition Des livres à la mer.

77 de Martin Fouqué © (c) Melchior Tersen - Actes Sud 77 de Martin Fouqué © (c) Melchior Tersen - Actes Sud

4ème de couverture : Chaque matin depuis la rentrée, ensommeillés, mutiques, mal lunés, ils se retrouvent au point de ramassage – le grand Kevin, la fille Novembre, le Traître, les faux jumeaux, et puis lui. Aujourd’hui, il ne montera pas dans le car scolaire, il va rester seul au bord de la route, sous l’abribus, sous sa capuche, toute la journée. À regarder passer les voitures. À laisser son regard se perdre sur les terres du “sept-sept”, ce département vague entre Paris et la province, entre boue et bitume, où les villes sont de simples bourgs et les champs de mornes étendues de camaïeu brun. À se noyer dans les souvenirs d’avant l’été, quand le Traître s’appelait encore Enzo et qu’avec la fille Novembre ils formaient un trio inséparable. Ce premier roman à l’énergie brute charrie la violence et l’innocence, l’âge des possibles et de l’insupportable, la construction des corps et la fracture des rêves dans un flux de conscience époustouflant de spontanéité, d’invention, de vérité.

La Seine et Marne n'est pas le département francilien dont on parle le plus, encore moins du sud "Sept-sept".

"[..] ici c'était certainement pas Paris, encore moins les États-Unis, sûrement pas Apocalypse Now, [..] ici c'était pas du cinéma, [..] ici c'était le sud 77 [..]".

Mais peu importe la renommée d'un département, l'important ce sont les gens. Les gens, leur vie, leur histoire. Leur joies, leurs peines, leurs cicatrices. Lui, on ne connaîtra pas son nom. Juste ses souvenirs, du trio qui se croyait inséparable, de sa rencontre avec le grand Kevin, de pourquoi il restera seul au bord de la route toute la journée. Des souvenirs rythmés par le passage des voitures devant l'abribus, qui le ramènent à la réalité quelques instants, avant de replonger dans le fil de ses pensées. Lui, on ne connaîtra pas son âge. Un âge de transition où il est parfois (souvent ?) difficile de mettre des mots sur les maux, de voir la réalité comme elle est, de comprendre sa douleur ou celle des autres.

"Régler la douleur par la douleur. Canaliser, catalyser. [..] Ne plus subir la douleur : la choisir. Choisir la douleur, c'est peut-être ça la liberté.".

Un premier roman qui percute, qui frappe, qui marque et qui nous rappelle combien l'adolescence peut-être difficile.

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