Un jour, un livre - Une colère noire, lettre à mon fils de Ta-Nehisi Coates

«Voilà ce qu'il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition - un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J'ai décidé de ne rien te cacher.»

Une colère noire © Raphaëlle Faguer @ Autrement Une colère noire © Raphaëlle Faguer @ Autrement

4ème de couverture : "Voilà ce qu'il faut que tu saches : en Amérique, la destruction du corps noir est une tradition - un héritage. Je ne voudrais pas que tu te couches dans un rêve. Je voudrais que tu sois un citoyen de ce monde beau et terrible à la fois, un citoyen conscient. J'ai décidé de ne rien te cacher."

Comme pour mon post précédent (Un jour, un livre - Le cinquième principe de Vittorio Catani), l'objectif de celui-ci ne sera pas de vous raconter le contenu du roman ; mais plutôt de discuter avec vous de certains sujets évoqués et qui m'ont tout particulièrement interpelé.

Ce qui est surtout frappant dans ce livre, qui parle bien entendu du racisme envers les noirs, c'est qu'on peut souvent remplacer noir par un autre signe distinctif, une autre minorité, un autre bouc émissaire, tout en conservant le sens profond du message. Coates en est sûrement conscient lorsqu'il fait référence au pillage des corps, dont lui-même a été victime autant qu'exécutant (cf. pp 86-87): "Je suis noir, et j'ai été pillé et j'ai perdu mon corps. Mais peut-être que j'allais m'emparer du corps d'un autre humain dans le seul but de m'affirmer dans ma communauté. Peut-être que je l'avais déjà fait. La haine donne une identité. Le nègre, la pédale, la salope illuminent la frontière, illuminent de manière ostensible ce que nous ne sommes pas [..]. Nous attribuons des noms aux étrangers que nous haïssons et nous nous trouvons dès lors confirmés dans notre appartenance à la tribu". Je crois que nous avons toujours été le con d'un autre, non ? Mais on voit surtout la force et le danger des étiquettes que nous avons tous tendance à utiliser si facilement, sans parfois même nous en rendre compte.

Un autre paragraphe de cette lettre fait référence aux amalgames (p100): "Mais tu es un garçon noir, et tu dois rester responsable de ton corps d'une manière inconnue des autres garçons. En fait, tu dois rester responsable des pires actes commis par d'autres corps noirs qui, d'une façon ou d'une autre, te seront toujours attribués.". Comment ne pas faire le parallèle avec les nombreux amalgames envers les musulmans à la suite des attentats en France ?

Le dernier paragraphe que je souhaite partager avec vous concerne la sécurité et les récents évènements survenus en France depuis quelques mois. Page 117, on peut lire: "[..] la « sécurité » était une valeur supérieure à la justice, peut-être même la valeur ultime. [..] Leur « sécurité », c'était l'école, les portefeuilles d'actions et les gratte-ciel. La nôtre, c'était des hommes armés voués à nous considérer avec le même mépris que la société qui les envoyait". La dérive autoritaire en France que l'on peut constater depuis plusieurs mois, contre les gilets jaunes, contre les écologistes (cf Mobilisation climat: et le monde découvrit les «gazeuses» françaises), pourrait bien être le reflet d'une société dans la société, de ces fameux 1%  voire 0.1% de riches, nantis, occupants de hautes fonctions politiques ou industrielles, pour qui la sécurité semblerait bien au-dessus de la justice. Ne faut-il pas avant tout préserver leurs privilèges ?

 

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