Un jour, un livre - Dites-lui que je l'aime de C. Autain

Faut-il avoir perdu sa mère pour devenir une femme remarquable ? C’est la pensée paradoxale qui me vient après la lecture du livre de Clémentine Autain, une recherche très fine sur les liens qui attachent une fille à sa mère qui est morte quand elle-même avait 12 ans. Mais, en filigrane, ce texte parle de ce qu’est, vraiment, la résilience.

Dominique Laffin était une actrice solaire, qui a traversé le cinéma français comme un météore, dans les années 70. Et puis elle a disparu. En laissant des admirateurs éplorés, et une fille en souffrance. Cette fille, Clémentine Autain, reprend son histoire à bras-le-corps, trente ans après, et fait l’inventaire en s'adressant à cette mère absente. Qui était-elle ? Cette actrice brillante, cette femme fantaisiste et créative dont tout le monde lui parle avec de l’émotion dans la voix, ou une mère alcoolique à tendance suicidaire, immature et incapable d’élever son enfant, dont elle garde l’image au fond d’elle-même?


Le texte de Clémentine Autain est une sorte de chant à la mère, la recherche éperdue d’une petite fille qui était en manque de mère bien avant la disparition réelle de celle-ci. C’est un texte qui dit la résilience, mais avec tendresse. Du rejet initial envers celle qui lui a fait tant de mal, on sent l’auteur se rapprocher de sa vérité, et de l’amour qu’elle a toujours pour cette mère absente. Écrit avec beaucoup de pudeur et d’élégance, le témoignage nous permet d’assister à l’acceptation à la fois du deuil et de l’ambivalence des sentiments : oui, on peut aimer une mère et la détester, l’admirer et la mépriser. S’être dit que « C’était mieux comme ça » et la regretter pour toujours, comme la fille de l’auteur qui voudrait rencontrer sa grand-mère «  On pourra la voir ta maman quand elle ne sera plus morte ? ».


Ce livre est très touchant, et m’évoque irrésistiblement, en moins éprouvant, celui d’Annie Duperey « Le voile noir ». Celle-ci avait, elle aussi, perdu sa mère, et son père, dans l’enfance, et faisait le deuil de cette perte des années après par un livre poignant et extrêmement juste qui a rencontré un énorme succès public.


L’art a toujours aidé ceux qui portent un baluchon trop lourd. Et ces œuvres aident les spectateurs ou les lecteurs qui reconnaissent ces tressaillements, ces désespoirs, ces effondrements parce qu’ils en ont vécu, eux aussi, les soubresauts. En effet le propre de la création artistique c’est de transformer cette souffrance en une œuvre qui s’approche de la beauté, et qui va à la rencontre de l’autre.
C’est ce que réussit ici Clémentine Autain, et je ne peux que la remercier de ce partage.

 

"Dites-lui que je l'aime" présentation par l'éditeur, Grasset.

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