La tribune critique de Jean-Baptiste Moreau sur le «Lundi Vert» ?

Le député LREM Jean-Baptiste Moreau et 17 personnalités signent une tribune critique peu cohérente à propos du «Lundi vert» sur le site du journal «L'Opinion». Petit éclairage.

Une tribune oppose le Lundi Vert lancé le 2 janvier, c'est-à-dire la proposition d'un jour sans viande ni poisson, à une nourriture ayant recours à la filière viande française.

1 : Quels sont les arguments mis en avant ?

On peut bien entendu contester le principe du Lundi Vert, qui se veut juste une proposition ouverte, mais la quantité de contre-vérités accumulées dans cette tribune est un peu fatigante.

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    « Sauver la planète en se privant de viande et de poisson chaque lundi. C’est l’appel pour un "lundi vert" lancé par 500 personnalités dans une tribune du Monde qui jette en pâture notre modèle d’élevage français d’agriculture familiale, en le réduisant à un système intensif, mauvais pour notre santé, cruel pour nos animaux et destructeur de notre environnement. »

Cet appel ne blâme nulle part le "modèle français d'agriculture familiale" que ces signataires prétendent défendre.

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    « Pourquoi soutenir une vision si négative de notre agriculture alors que la France vient d’être reconnue par l’Index de durabilité des systèmes alimentaires comme le pays doté du système le plus durable au monde ? »

Premièrement, peu de gens connaissent cet « Index de durabilité des systèmes alimentaires ». Par qui est-il calculé ? Par le Barilla Center for Food and Nutrition (BCFN) et l'Economist Intelligence Unit (EIU).
. Le BCFN est une fondation sous l'égide du groupe italien Barilla, premier producteur mondial de pâtes, et a à sa tête les deux frères milliardaires propriétaires de Barilla (Guido et Paolo) ainsi que le chargé de com' du groupe.
. L'EIU est une société britannique de conseil en business, filiale de The Economist Group, qui appartient à la holding financière Exor NV. Pour rappel, The Economist Group possède l'hebdomadaire britannique The Economist, qui soutient avec ferveur la mondialisation néo-libérale depuis Reagan et Thatcher (et a soutenu avec ferveur M Macron… jusqu'à ses actuels déboires).
Ceci simplement pour dire que les sponsors de l'Index de durabilité des systèmes alimentaires, qui ont probablement la sympathie de L'Opinion (cf plus bas) ne doivent pas être des farouches partisans du « modèle d'agriculture familiale ». Mais bon, faute d'avoir accès aux modalités de mesure des 37 critères utilisés, partons de l'hypothèse que cet index est fiable, comme peuvent l'être en général les données des fondations américaines même quand leurs sponsors sont richissimes…

Deuxièmement, cet index de durabilité comprend 3 composantes : Perte et gaspillage, Agriculture durable et Enjeux nutritionnels. En 2018, si la France est classée 1ère sur les 67 pays étudiés en matière de Perte et gaspillage, elle est 8ème en matière d'Enjeux nutritionnels, et seulement 20ème en matière d'Agriculture durable. Et si on s'en tient pour l'Agriculture durable aux 35 pays "riches", elle est 16ème, avec notamment 10 pays de l'Union Européenne devant elle.

Troisièmement, le site de BFCN, l'un des promoteurs de cet index, a tout récemment fait référence à une étude de la commission "EAT" du Lancet (une des revues médicales les plus citées au monde).
Ce rapport cite plusieurs études méthodologiquement rigoureuses qui associent les régimes sans viande (même s'il ne s'agit pas de l'objectif du Lundi Vert) à un moindre impact sanitaire (mortalité, cancers, diabète de type II, maladies cardiovasculaires), et un moindre impact environnemental (GES, eau).

lv-meuh-too

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    « La viande ne serait pas indispensable à notre équilibre alimentaire et serait une cause directe de cancer : faux !
    La viande est reconnue pour ses apports nutritionnels, notamment en protéines et en fer, de deux à cinq fois mieux assimilés par l’organisme que le fer des végétaux. Elle n’est pas cancérogène si elle est consommée dans des quantités raisonnables, ce qui est une réalité puisque 80 % des Français consomment moins de viande que le maximum recommandé par les instances de santé publique. »

Premièrement, la viande n'est aucunement indispensable à notre équilibre alimentaire, puisque c'est ainsi que les signataires posent le problème (ce qui encore une fois n'est pas l'objectif tel quel du Lundi Vert). Ils tentent de recycler les bonnes vieilles idées sur la viande selon lesquelles en mangeant des animaux, on acquiert leur énergie, en mangeant de la viande, on acquiert des muscles etc. Cette conception a certainement un intérêt anthropologique, mais aucune pertinence biologique. Toutes les études s'accordent à dire que la consommation de viande n'est aucunement nécessaire.
Il faut juste une alimentation variée, avec, pour ceux qui choisissent une alimentation sans produits animaux, une attention particulière aux enfants et aux femmes enceintes ou allaitantes, et une supplémentation en vitamine B12. Ce n'est pas compliqué.

Deuxièmement, pour rebondir sur cet argument, nos carnomanes se plantent une fourchette dans le pied en invoquant le fer. Certes, le fer dit "héminique" (contenu dans les produits animaux) est plus facilement absorbé que le fer "non héminique" (contenu dans les produits végétaux). Mais il y a un léger détail que nos amis oublient : la littérature scientifique évoque de plus en plus le rôle du fer héminique, en tant que facteur pro-oxydant, dans le caractère pathogène de la consommation importante de viande. 

Troisièmement, l'impact potentiellement négatif de la consommation de viande sur la santé est une évidence abondamment démontrée, qui n'est pas seulement lié à la quantité ingérée, mais également à la fréquence de consommation, au type de viande (viande dite "rouge", qui désigne en fait toutes les viandes de mammifères), et aux processus de transformation visant notamment à prolonger sa conservation.
Et cet impact ne concerne pas seulement le risque de cancers (cancers colo-rectaux, également cancers pancréatiques, gastriques, prostatiques), mais également le risque de maladies cardiovasculaires et de diabète de type II.

lv-bien-etre-vache

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    « En France, 99 % des lapins, 95 % des cochons, 90 % des veaux et 82 % des poulets de chair seraient élevés dans des fermes usines : faux !
    La surface moyenne des exploitations agricoles françaises est de 61 ha, seules 4 % font plus de 200 ha alors qu’aux Etats-Unis, plus de 50 % d’entre elles dépassent 155 ha. Il faut alors parler de fermes usines mais cela ne concerne pas notre pays. »

Premièrement, l'« appel pour un Lundi Vert » ne parle pas de « fermes-usines », terme sur lequel nos adorateurs de bidoche vont brodant, mais des animaux élevés « de manière intensive, c'est-à-dire […] confinés dans des cages ou des bâtiments fermés »

Deuxièmement, la notion de surface moyenne (pour autant que la surface ait un quelconque intérêt dans ce contexte), n'a aucune pertinence, d'une part parce qu'une « moyenne » englobe à la fois de très petites et de très grandes exploitations, d'autre part parce que sont concernées des exploitations aussi diverses que des cultures de céréales, des horticultures, des élevages de gros bovins, des élevages de volailles etc.

Troisièmement, les chiffres cités par l'Appel pour un Lundi Vert sont exacts et vérifiables : ils concernent les lapins élevés en cage, les poulets de chair élevés en claustration, les cochons et les veaux élevés sur caillebotis en bâtiments fermés.

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    « La production de viande serait l’une des activités humaines ayant les conséquences les plus néfastes pour l’environnement : faux ! 
    L’élevage est certes une source certaine d’émissions de gaz à effet de serre mais c’est en même temps un facteur efficace de limitation du réchauffement climatique. Ainsi, en France, l’herbe des prairies constitue le principal aliment des bovins. Or ces pâturages retiennent le carbone dans la terre, limitent l’érosion des sols et protègent la biodiversité, compensant ainsi les émissions de l’élevage. »

Le bon vieil argument des prairies puits de carbone ne tient pas la route. La capacité et la durée de stockage du CO2 par les prairies sont limitées et varient selon les conditions. Le rapport du Food Climate Research Network (FCRN) paru en oct 2017 concluait même à l'équivalence de l'élevage industriel et de l'élevage extensif des ruminants en termes de gaz à effet de serre (GES).
Pour autant, on peut légitimement préférer l'élevage extensif en pâturage à l'élevage intensif en bâtiment pour des raisons de bien-être animal et pour des raisons de biodiversité, mais notre brochette de signataires se trompe encore d'argument.

lv-veau

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    « Ne s’alimenter qu’avec des végétaux serait plus favorable pour la planète que de s’alimenter de viande animale : faux !
    Sur la totalité des gaz à effet de serre émis par l’agriculture, 47,5 % sont imputables à l’élevage et 39,6 % aux cultures végétales. Ne nous trompons pas de débat. »

Si nos défenseurs de la viande veulent des chiffres, je les invite à se référer à ceux de la FAO : l'élevage (fermentation entérique + gestion du fumier + fumier laissé sur les pâturages) représente près des deux tiers (63 %) des émissions de GES dues à l'agriculture pour la période 2005-2014. Et on peut avoir accès aux chiffres par année et par pays, qui montrent que les évaluations pour l'année 2016 sont identiques (voire légèrement supérieures, à 65%), y compris à l'échelon de la France.

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    « Ne nous laissons pas bercer d’illusions : 95 % des Français aiment manger de la viande »

Réflexion résolument à côté de la plaque. D'ailleurs un grand nombre des signataires de cet appel aiment probablement eux-mêmes manger de la viande. Je dirais même que l'appel au Lundi Vert part du principe que les Français aiment manger de la viande ou en ont l'habitude, sinon à quoi servirait-il d'attirer leur attention sur les possibles effets malencontreux de cette consommation ?

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    « Au  « lundi vert  », préférons une alimentation variée, locale et de qualité. 
    C’est la voie choisie par la France avec la loi issue des Etats généraux de l’agriculture et de l’alimentation dont l’un des objectifs est d’aboutir à 50 % de produits locaux sous signe de qualité, dont 20 % de produits bios dans la restauration collective, mais aussi d’atteindre 15 % de surface agricole dédiée à l’agriculture biologique d’ici 2022 et de valoriser des produits non issus de la déforestation. Sans omettre l’interdiction des nouvelles installations de poules pondeuses en cage, le doublement des sanctions encourues en cas de mauvais traitements sur les animaux, etc. »

 « etc » ?!?
Nos amoureux des animaux de ferme viennent de réciter la totalité des maigrissimes avancées de la loi sur l'agriculture et l'alimentation, votée l'année dernière, en matière d'agriculture durable et de bien-être animal.
En revanche, pour faire la liste des amendements en faveur des animaux systématiquement rejetés au cours de la procédure législative par les députés du groupe En Marche, comme un seul homme, ce n'est pas un paragraphe qu'il faudrait, c'est un rayon de bibliothèque !!

En Marche © Jean-Paul Richier

Cette remarque concerne même les rarissimes thèmes sur lequel M Macron s'était engagé en tant que candidat dans ses réponses au Manifeste Animal-Politique :

1 : Favoriser le plein-air et interdire les cages
13 avril 2017 : « Emmanuel Macron s’est engagé à faire disparaître l’élevage en batterie des poules pondeuses au profit des élevages alternatifs. En 2022, les œufs de poules en batterie seront interdits à la vente au consommateur. »

Or, le 27 mai 2018, lors de la discussion à l'Assemblée de la loi Agriculture et alimentation, son ministre de l'agriculture Stéphane Travert a indiqué :
« Par ailleurs, à l’horizon 2022, conformément à la promesse du Président de la République [sic], 50 % des œufs coquille – c’est-à-dire les œufs que l’on achète dans des boîtes au supermarché – seront issus d’élevages n’utilisant pas de cages. » (c'est en fait tout simplement une promesse de la filière œuf elle-même, qui s'adapte à la demande des consommateurs).
Seul fut voté un amendement prohibant l'installation de nouveaux élevages en cage...

2 : Renforcer la protection des animaux à l'abattoir
13 avril 2017 : « La vidéosurveillance dans les abattoirs, selon des modalités inspirées de la proposition de loi Falorni, sera mise en place. »

Or, le 27 mai 2018, lors de la discussion à l'Assemblée de la loi Agriculture et alimentation, son ministre de l'agriculture Stéphane Travert a répondu aux diverses propositions d'amendements visant au contrôle vidéo obligatoire dans les abattoirs (dont le principe, rappelons-le, avait été adopté en première lecture à l'Assemblée en janvier 2017) :
« [...] j’émets donc un avis défavorable à tous les amendements »
Seul fut voté un amendement sur une possible expérimentation volontaire du contrôle vidéo par les abattoirs... On ne rit pas.

On eût au moins aimé que sur ces deux sujets, M Macron fit montre de la même inébranlable fidélité à ses promesses que celle dont il fait preuve à l'égard des malheureux tributaires de l'ISF.

Au fait, qui était le rapporteur de la Commission des affaires économiques par laquelle était passé le projet de loi, qui durant les séances dans l'hémicycle, de concert avec M Travert le ministre de l'Agriculture, donnait systématiquement un avis défavorable aux amendements visant à améliorer le sort des animaux ?
Jean-Baptiste Moreau, le premier signataire de cette tribune.

Jean-Baptiste MOREAU Jean-Baptiste MOREAU

2 : Qui sont les signataires de la tribune ?

La plupart ont des raisons professionnelles, directes ou indirectes, de s'intéresser à la filière de l'élevage

. Jean-Baptiste Moreau, dont nous venons de parler, éleveur de vaches à viande, député LREM de la Creuse, et surtout rapporteur de la loi Agriculture et alimentation.
. Véronique Langlais, présidente du Syndicat des bouchers de Paris.
. Hugo Desnoyer, boucher​.
. Claude Maret, président des Fromagers de France.
. Michel Roth, chef étoilé.
. Michel Sarran, chef étoilé.
. Jacques Bally, président de Gault & Millau depuis son tout récent rachat par le conseiller financier russe Vladislav Skvortsov et sa holding NTI. Un article de Libération commentait cette acquisition en concluant « le risque n'est pas exclu que ces nouveaux investisseurs cèdent à des compromis pour se fondre dans un marché mondial de plus en plus juteux, […] quand il n’est pas carrément poreux aux intérêts de l’agrobusiness. »
. Périco Légasse, critique gastronomique et journaliste.
. Olivier Malnuit, directeur de la revue Grand Seigneur (trimestriel gastronomique qui vise les CSP+ et les CSP++), peu conciliant envers les végétariens.

Olivier MALNUIT (à G) avec Jean-Claude OBRIOT (à D), pdt de la Fédération de la boucherie de la région parisienne Olivier MALNUIT (à G) avec Jean-Claude OBRIOT (à D), pdt de la Fédération de la boucherie de la région parisienne
. Bruno de Monte, directeur général de l’Ecole Ferrandi, école de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris axée sur la restauration et les métiers de bouche.
. René Laporte, ingénieur agronome et économiste, qui a fait carrière dans le monde de l’élevage et dans le commerce et l’industrie du bétail et de la viande, ardent défenseur de la viande et co-auteur de La viande voit rouge (2012).
. Jean-Robert Pitte, secrétaire de l’Académie des sciences morales et politiques, et surtout président depuis 2008 de la Mission française du patrimoine et des cultures alimentaires (MFPCA), association qui a porté en 2010, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, l'inscription du Repas Gastronomique des Français au Patrimoine Culturel Immatériel de l'UNESCO). Jean-Robert Pitte, aux opinions droitières ultralibérales, est sûrement proche du journal L'Opinion.
. Éric Birlouez,  ingénieur agronome et sociologue, consultant dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation. Il est auteur de Faut-il arrêter de manger de la viande ? (2014), ouvrage opposant les points de vue de René Laporte, cité plus haut, et de la présidente de l’Association Végétarienne de France. De tous les signataires de cette tribune, malgré ses liens avec l'industrie de la viande, Eric Birlouez est non seulement le plus instruit, mais aussi le plus rationnel et le plus nuancé. On se demande même ce qu'il est venu faire dans cette galère...

Il y a aussi

. Mathilde Seigner, actrice.
. Cécile de France, actrice. Notons qu'elle est également signataire du Lundi Vert. En soi, il n'y a rien de paradoxal à signer à la fois un appel à manger moins de viande et de poisson, et un appel à favoriser les produits locaux de qualité. On aurait juste aimé qu'elle choisisse une tribune moins polémique et plus cohérente ;-)
. Vincent Moscato, ancien joueur de rugby reconverti dans les médias, et paraît-il amateur de corridas.

Les deux que j'ai réservés pour la fin valent le détour

. Jean-Pierre Digard, professeur retraité d'ethnologie au CNRS. Depuis le tournant du siècle, il a fait de la lutte contre les défenseurs des animaux son combat cardinal. Pour lui, contester la domination absolue de l'homme sur les animaux est un sacrilège, une hérésie, une apostasie. La discordance entre sa culture, qu'il faut reconnaître, et son incapacité à prendre un lepton de recul rationnel, est proprement stupéfiante, et au final plutôt amusante.

. Francis Wolff , professeur retraité de philosophie à l'ENS. Il partage au fond le point de vue de Jean-Pierre Digard, point de vue qu'il fait platement rissoler à la flamme d'un répertoire philosophique continental fort conventionnel : le seul humanisme digne de ce nom ne peut être qu'un humanisme qui nous sépare fondamentalement des animaux. Il a ainsi fait de la corrida l'emblème de sa pensée, au point de lui consacrer plusieurs ouvrages.

Jean-Pierre Digard et Francis Wolff avaient d'ailleurs œuvré l'un et l'autre, sous la houlette d'un lobby tauromachique, afin de faire inscrire en douce en 2011 la corrida à l'inventaire du patrimoine culturel immatériel de la France, inscription qui avait été déclarée nulle en 2015.
Au-delà des conventionnels éléments de langage sur « le-bien-être-animal » et « l'amour-de-leurs-bêtes », les éleveurs aimeraient peut-être se voir défendus par des personnages plus crédibles ?...

F WOLFF & JP DIGARD au MUPPET SHOW F WOLFF & JP DIGARD au MUPPET SHOW

3 : Qui héberge cette tribune ?

Cette tribune est donc publiée sur le website de L'Opinion, lequel avait déjà hébergé, dès l'annonce du Lundi Vert, les gesticulations précipitées d'une certaine Emmanuelle Ducros, que je n'avais pu me retenir de commenter.

Entre-temps, on a pu avoir une analyse un peu fouillée de ce qui se cache derrière ce média. Elle est signée Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart, journaliste d'investigation, prophète dès la fin du siècle dernier de la déconfiture du socialisme français, et auteur d'une série d'ouvrages dont Main basse sur l'information (2016).
Le titre est éloquent : «L’Opinion», le journal des milliardaires.

On lit dans l'introduction :
« Ancien directeur des Échos puis du Figaro, Nicolas Beytout a réussi un tour de force en fondant L’Opinion. Il est parvenu en quelques années à en faire un journal qui est le symbole de ce qu’est devenue une partie de la presse quotidienne française : une presse qui vit, trop souvent, en consanguinité avec les milieux financiers, qui entretient avec eux des relations cachées impactant jusqu'aux contenus éditoriaux »
Et dans la conclusion :
« Sur son site Internet, le journal affiche fièrement ses valeurs : « libérale, pro-business, européenne ». Européen ? On veut bien le croire. Pro-business ? Il serait plus honnête de dire:  pro-milliardaire. Mais libéral ? Cela fait naturellement sourire, car si dans le cas présent, selon la célèbre formule du pape du libéralisme Adam Smith, on avait laissé jouer la main invisible du marché, L’Opinion aurait sans doute été depuis belle lurette rayé de la carte…C’est le paradoxe de L’Opinion : il se présente comme un journal libéral. Mais en réalité, il incarne des valeurs strictement opposées. Les valeurs du capitalisme de connivence… »

Et L'Opinion défendrait « notre modèle d’élevage français d’agriculture familiale » ?...
C'est bon de rire un peu !

lvpig

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