La rentrée islamophobe et antilaïque de Jean-Michel Blanquer

Réaction aux propos que le ministre a tenus samedi.

Le samedi 31 août, le ministre de l’Éducation nationale a déclaré sur France Culture : 

« Il y a plus de filles que de garçons qui ne vont pas à l’école maternelle pour des raisons sociétales. Et appelons un chat un chat, le fondamentalisme islamiste dans certains territoires a fait que certaines petites filles vont à l’école le plus tard possible. »

De tels propos sont erronés: un rapport de son propre ministère, datant de la rentrée 2018, indique clairement que « "les filles sont plus nombreuses à bénéficier de la scolarisation précoce". » A moins que le ministre ne dispose d'un fichier, illégal, de musulman-es, notamment « fondamentalistes », il n'a aucune source pour appuyer sa deuxième phrase.

Il s'agit donc de l'étalage de préjugés à l'égard de musulmans. Ces propos sont donc islamophobes et indignes de tout ministre républicain. Notamment d'une majorité qui doit sa légitimité à la prétention affichée de faire barrage à l'extrême-droite. Notamment d'un ministre de l’Éducation nationale qui, à ce titre, a un devoir d'exemplarité encore plus grand en matière de rigueur dans le débat public.

Certes, il y a sans doute là stratégie de diversion. Alors que ses diverses réformes, imposées sans réelle concertation des partenaires, commencent à montrer leur effets néfastes, alors que le manque de moyens se fait criant, une telle polémique peut servir d'écran de fumée. En stigmatisant des petites filles et leur famille, le ministre peut espérer faire oublier le coup de force antilaïque de la mesure rendant obligatoire la scolarité à 3 ans, qui est en fait un cadeau déguisé aux écoles privées, à majorité catholique. Une telle atteinte aux principes fondamentaux de l'école publique et laïque doit être dénoncée : elle va grever le budget des communes, et par conséquent celui des écoles publiques.

Cette sortie raciste doit être dénoncée comme diversion. Mais l'islamophobie, comme tout racisme, doit aussi être combattue en soi. Depuis 30 ans et l'affaire de Creil, la normalisation de ce discours raciste à l'égard des élèves, de leur famille, de toute personne supposée musulmane doit enfin être combattue par toute personne soucieuse d'incarner la devise « liberté, égalité, fraternité ».

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