Soutien aux musulman-es, défense de la laïcité

"Nous apportons tout notre soutien aux personnes musulman-es qui vivent cette islamophobie généralisée. Des micro-agressions aux tentatives d'assassinat, d'invectives discriminatoires déguisées en défense de la laïcité ou en critique de la religion à l'exclusion des lieux publics, elles subissent tout un arsenal visant à les déshumaniser." Tribune du Cercle des enseignant-es laïques

Vendredi 11 octobre, une mère portant le voile a été agressée devant son fils par des élu-es du Rassemblement national en pleine séance du Conseil régional, filmée et retransmise sur les réseaux sociaux. Cette agression s'inscrit dans un contexte d'islamophobie banalisée, soutenue par des partis politiques, le gouvernement et le chef de l’État. Entre l'acte de l'élu d'extrême-droite Julien Odoul et les appels du ministre de l’Éducation nationale à contourner le droit pour interdire aux mères portant le voile l'accompagnement de sorties scolaires, ou l'injonction du président de la République à réaliser une « société de vigilance » reposant sur la délation d'actes de religiosité les plus communs, il n'y a pas rupture, mais bien continuité.

Nous apportons tout notre soutien aux personnes musulman-es qui vivent cette islamophobie généralisée. Des micro-agressions aux tentatives d'assassinat, d'invectives discriminatoires déguisées en défense de la laïcité ou en critique de la religion à l'exclusion des lieux publics, elles subissent tout un arsenal visant à les inférioriser et les déshumaniser. Les conséquences sociales, politiques, mais aussi sanitaires doivent être mesurées. Vivre le racisme chaque jour, c'est aussi endurer des actes et des discours aux lourdes conséquences psychologiques.

Certaines réactions indignées à l'agression par le RN participent aussi à cette déshumanisation. De Marlène Schiappa au Printemps républicain, on n'a jamais évoqué un soutien à la mère, toujours indiqué que c'était la République qui était visée, ou que l'agression allait provoquer du communautarisme. En refusant de soutenir la seule personne visée, une femme portant le voile, ces réactions indignées prouvent bien le peu de cas qu'elles en font.

Cette négation de l'impact sur la victime est d'autant plus violente que ces mêmes groupes ou personnes alimentent l'islamophobie. Marlène Schiappa a directement participé à la stigmatisation des personnes qui portent le voile par exemple en critiquant l'afffiche de la FCPE ou en assignant une responsable d'un syndicat étudiant à une intégriste anti-IVG au seul motif qu'elle portait le voile. Entre Laurent Bouvet, qui a comparé ces mères accompagnatrices à des terroristes, et l'élu RN qui, en pleine séance, invoque l'attentat à la préfecture de Paris pour faire exclure une femme portant le voile, il n'y a aucune différence. Et les appels d'Henri Pena-Ruiz à être islamophobe, soutenus par des élu-es de la France Insoumise, du PS, Marlène Schiappa, LREM, Les Républicains, aboutissent logiquement à de telles agressions.

Plus généralement, jamais l'extrême-droite n'aurait pu s'emparer de la laïcité si celle-ci n'était falsifiée depuis 30 ans, notamment à l'école, notamment et surtout par des polémistes se réclamant des Lumières, de l'universalisme ou de la gauche, pour en faire une arme contre les musulman-es. Alors que droite et extrême-droite affrontaient la gauche tant que les débats sur la laïcité tournaient autour du financement public des écoles privées, une certaine gauche, s'alliant à des courants réactionnaires, a, depuis 1989, abandonné ces enjeux économiques et sociaux pour faire de la laïcité une arme identitaire et suprémaciste : Caroline Fourrest, Laurent Bouvet, Elisabeth Badinter, Régis Debray, Alain Finkelkraut, etc.

Cette rentrée scolaire est marquée par le malaise des personnels et des élèves face à des manques criants de moyens, symbolisés par des suicides de collègues. Elle est marquée par des réformes absurdes aggravant les inégalités, plaçant profs et élèves dans des situations intenables, notamment dans la préparation du baccalauréat. Elle est marquée par des moyens en moins pour les tout petits puisque la loi Blanquer va obliger les mairies à financer les écoles maternelles privées – atteinte à la laïcité que nos « universalistes » autoproclamés n'ont pas combattue.

Dans ce contexte social alarmant, qui compromet l'avenir de l'école publique, la priorité de Jean-Michel Blanquer et des polémistes « universalistes », c'est le voile, l'islam, le voile, l'islam. Comment s'étonner ensuite qu'une telle déconnexion des priorités de terrain au profit de l'étalage de préjugés islamophobes profite à l'extrême-droite ?

Et comment s'étonner que cette même extrême-droite prenne au mot le Président de la République et son gouvernement lorsque ces derniers appellent à la délation généralisée des comportements de nos concitoyen-nes musulman-es ? Qui peut croire que la « société de vigilance » va aider en quoi que ce soit la lutte contre le terrorisme, alors qu'elle ne fait que donner aux terroristes ce qu'ils veulent : la mise au ban de la société de tous-tes les musulman-es.

Et qu'on ne vienne pas nous faire valoir qu'il s'agirait de lutter contre les « islamistes », et non contre tous les musulmans. Quand le mot « islamisme » est si flou qu'il inclut autant des jeunes femmes se baignant en burkini dans une piscine que des terroristes, on voit bien que ce mot n'est qu'un alibi pour désigner, sans trop paraître faire d'amalgame, tous les musulman-es.

Nous apportons donc tout notre soutien aux musulman-es. Nous appelons chacun-e à tourner le dos à cette laïcité falsifiée et à combattre la « société de vigilance » islamophobe. Nous appelons la majorité et le gouvernement à mesurer leur responsabilité dans la banalisation d'un racisme structurel. Nous appelons les militant-es et les partis de gauche à en finir avec ce racisme à peine déguisé, à prendre acte que 30 ans de falsifications de la laïcité n'ont abouti qu'à renforcer l'extrême-droite et à faire de l'islamophobie un racisme respectable.

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