Laïcité : les titres des articles ne doivent plus faire le jeu du racisme

Non, une sortie dans l'Oise n'a pas été annulée « à cause du voile d'une accompagnatrice », mais bien à cause de l'islamophobie ambiante et des confusions entretenues sur la laïcité.

Ce mercredi 16 octobre, de nombreux journaux ont révélé une nouvelle discrimination islamophobe qui s'est déroulé à Creil : l'accès à une caserne a été interdit à des élèves en sortie scolaire au motif qu'une des accompagnatrices portait le voile. L'officier qui a refusé l'accès ignorait le droit : les parents accompagnant les sorties ne sont pas tenu-es au même devoir de neutralité que les fonctionnaires.

La laïcité n'impose pas la neutralité religieuse aux citoyen-nes – et on sait bien que ce sont les musulman-es qui sont visé-es – mais bien aux agents de l’État, ce que ne sont pas des parents en sortie. Ce n'est que depuis 2004 qu'à l'école, ce devoir s'est étendu aux élèves qui n'ont plus le droit de porter des signes manifestant ostensiblement leur religion. Cette loi ne s'applique pas aux parents, et ne concerne pas l'espace public autre que l'école.

 

Laïcité et sorties scolaires © Cercle des Enseignants Laïques

La laïcité garantit la liberté de conscience contre les discriminations. Il est donc illégal d'interdire un lieu au nom de la religion d'une personne, et absurde de le faire au nom de la laïcité. Mais l'ignorance de ce pompier s'explique facilement si on prend en compte la confusion des débats qui tournent autour de la laïcité, confusion entretenue par des entrepreneurs identitaires. Ils imposent depuis des décennies leur conception excluante de la laïcité. De polémique en provocation médiatique, ils imposent dans les débats publics l'idée que le cadre laïque imposerait la neutralité partout aux musulman-es.

Dans ce contexte de falsification de la laïcité, les médias ont une responsabilité particulière dans la clarification ou la confusion du débat. De nombreux titres de journaux documentant la sortie empêchée ont attribué la cause de cette discrimination.... au voile que portait l'accompagnatrice.

 

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 Avec ces titres, et quelle que soit la qualité des articles, les journaux inversent les responsabilités, posent le voile comme problème et font de la neutralité un devoir qui serait légalement imposé aux musulmanes, alors qu'il n'en est rien. Ces titres donnent donc raison à ceux qui discriminent.

 Nous apprenons à nos élèves, jeunes en formation encore peu expérimentés, le poids des mots, et la nécessité de la rigueur. Des journalistes au secrétariat de rédaction, nous espérons que des adultes formé-es, dont les mots sont l'outil principal, leur donnent l'exemple et cessent d'entretenir le flou sur la laïcité, pour le plus grand profit de celles et ceux qui l'instrumentalisent pour discriminer.

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