La dictature apaisée, en avant-première dans Charlie Hebdo.

Charlie Hebdo sort un hors-série sur la laïcité à l'école, destiné à nous faire croire que les élèves, surtout les noir-es, les arabes, les musulman-es, sont des dangers pour les profs et l'institution scolaire.

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Des dizaines de témoignages anonymisés, soi-disant pour protéger les profs, sont publiés, hors de tout contexte. Des questions légitimes d'enfants sont traitées comme des refus de cours émanant de futurs terroristes. Aucun recul critique n'est pris pour asseoir ces témoignages dans leur cadre social, le manque de formation des profs, les injonctions contradictoires sur la laïcité, le manque de moyens. Une page de caricatures de Riss sur la laïcité apaisée, transformant les élèves en tortionnaires motivé-es par la religion, complète le tableau.

Charlie Hebdo pense que la laïcité telle qu'elle est appliquée aujourd'hui est trop apaisée, et qu'il faudrait restreindre davantage la liberté des élèves pour résoudre les difficultés de l'école aujourd'hui. De cette laïcité apaisée – qui n'est en fait que l'application des principes historiques et juridiques - viendraient le harcèlement scolaire, la violence, le carriérisme, les lgbt-phobies, le sexisme, la violence patriarcale et l'ignorance. Les élèves seraient seul-es responsables de cette violence et ne la subiraient pas de l'institution, n'en verraient pas d'exemple chez les adultes.

Nous pensons que dans une société démocratique, la liberté d'expression et la liberté de conscience sont des droits inaliénables. Nous ne pensons pas que c'est le trop plein de liberté qui amène aux dominations et à la violence. Nous pensons que tou-te-s les croyant-es ne défendent pas le patriarcat, l'ignorance, et l'homophobie. Nous pensons que certain-es athées sont machistes, homophobes, bêtes et violent-es. Nous pensons qu'il est indispensable d'écouter les représentations des élèves, toutes les représentations. Nous pensons que ce n'est pas une simple application d'une laïcité apaisée, mais une nécessité épistémologique et pédagogique, même et surtout quand des croyances parasitent l'acquisition des savoirs : comme faire acquérir des connaissances et des savoir-faire aux élèves si on ne sait pas ce qui, dans leur représentation, les gêne ? Nous pensons que ce respect des convictions des élèves et ce travail de déconnexion des savoirs et des croyances, recommandés dès la création de l'école laïque à la fin du XIXème siècle, peuvent se faire dans le respect des élèves.

Mais nous ne sommes pas assez naïf-ves pour penser que cela résoudra toutes les difficultés auxquelles est confrontée l'école aujourd'hui. Contrairement à Charlie Hebdo, qui pense que c'est en demandant aux élèves de fermer leur gueule qu'on lèvera tous les problèmes et les inégalités scolaires. 

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