La rentrée de Najat et François

Mardi 2 septembre 2014, 12 296 400 élèves font leur rentrée. Le président de la République François Hollande et sa toute nouvelle ministre de l'éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem leur emboitent le pas...au collège Louise Michel de Clichy-sous-Bois. Le symbole est fort à plusieurs titres.

Mardi 2 septembre 2014, 12 296 400 élèves font leur rentrée. Le président de la République François Hollande et sa toute nouvelle ministre de l'éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem leur emboitent le pas...au collège Louise Michel de Clichy-sous-Bois. Le symbole est fort à plusieurs titres.

 

2005-2015

Tout d'abord, cette année scolaire 2014-2015 nous conduira inévitablement à jeter un coup d'œil dans le rétroviseur, 10 ans après les « émeutes » de 2005 qui embrasèrent nos quartiers dits «sensibles». C'est de Clichy-sous-Bois que le mouvement partit, après la mort de Bouna et Zied. Le temps du constat va immanquablement arriver. Qu'a t-il été fait depuis pour aider ces populations et en premier lieu les plus jeunes? François Hollande a fait de l'école sa priorité, symboliquement, il ne peut évidemment pas donner l'image d'un président qui aurait négligé l'éducation prioritaire.

« Pluralité visible »

C'est ensuite accompagné d'une ministre de 36 ans, née au Maroc et aux origines métissées (Espagne et Algérie) que notre président vient visiter le 93. Là encore, le symbole est fort. Najat Vallaud-Belkacem est indéniablement un exemple de l'efficience de notre méritocratie républicaine à la française. Elle est arrivée à l'age de 5 ans en France, dans le cadre du regroupement familial et pour rejoindre un père ouvrier dans le bâtiment, du côté de la banlieue nord d'Amiens. Notre ministre n'a cependant jamais voulu porter comme un étendard ce parcours personnel.

Happy few

Enfin, l'établissement choisi ne l'est pas par hasard, il fait partie des 102 établissements préfigurateurs du nouveau dispositif REP+. Dans le cadre de la refondation initiée par Vincent Peillon, ce nouvel acronyme désigne les établissements « super-ZEP » où les moyens seront concentrés. Ils sont une vitrine. Il y aura à terme et d'ici la rentrée prochaine un peu plus de 300 collèges REP+, la liste définitive devant être annoncée avant la fin de l'année (voir ici).

Socle maximal

La personnalité de Najat-Valaud-Belkacem a aussi son importance: elle n'est pas qu'un « produit marketing » comme voudrait nous le faire croire Le Figaro (voir ici); ses premières déclarations sont d'ailleurs assez étonnantes. Sur la question du socle commun de compétences dont le projet a été remis par le CSP en juin 2014 et qui doit faire l'objet d'une consultation nationale d'ici les vacances de la Toussaint, elle se démarque de ceux qui le considèrent comme un smic scolaire et culturel et annonce sans ambiguïté dans Le Monde du 2 septembre : « Je ne souhaite pas qu'il se limite à définir un minimum pour tous, mais qu'il prône clairement une excellence pour le plus grand nombre ». Comment ne pas faire le rapprochement entre cette vision et son propre parcours d'étude? aurait-elle pu effectivement faire science-po avec un socle a minima ?

Déshabiller Pierre pour habiller Paul

Cependant, ce qui fait la force de NVB aujourd'hui peut aussi devenir une faiblesse à l'avenir. Elle pourra en effet difficilement trahir le modèle « d'égalité des opportunités » qui a permis sa propre réussite. Or en l'état, la refondation de l'éducation prioritaire se fait à moyens constants, par redéploiement. Tout ce qui est « concentré » dans ces quelques établissements ultra-prioritaires se fait au détriment de tous les autres établissements prioritaires, trois fois plus nombreux (simples REP). De nombreux collèges et lycées ont vu leurs dotations en heures d'enseignement et leurs moyens baisser. De nombreux préavis de grèves ont d'ailleurs déjà été déposés pour les jours qui viennent dans l'académie de Créteil, situation qui n'est pas sans rappeler la mobilisation inédite de l'académie de Versailles avant les vacances (voir ici). Dans un contexte d'augmentation du nombre d'élèves et de crise de recrutement, notre ministre déclare comme pour se rassurer qu'« on est toujours plus exigeant à l'égard d'un pouvoir qu'on sait acquis à la cause, d'un exécutif qui crée 60 000 postes que d'un gouvernement qui en détruisait 80 000. Je ne m'en froisse pas et veillerai au contraire à écouter en permanence ce qu'ils ont à nous dire, en allant les voir très régulièrement sur le terrain » (Le Monde du 2 Septembre).

 

C'est très exactement ce qu'elle va faire demain. Il y a fort à parier qu'elle rencontrera une équipe enthousiaste. Il serait bon qu'elle n'oublie pas à l'avenir de faire un tour dans les autres établissements de Clichy-sous-Bois pour voir si cet enthousiasme est partagé par les collèges et lycées voisins qui eux perdent des moyens et donc l'opportunité de créer les réussites de demain.

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