NVB : son plan com pour lutter contre le décrochage scolaire

Dans une longue interview à paraitre jeudi 6 novembre dans l'Obs et peu avant l'annonce de son plan de lutte contre le décrochage scolaire, à la question "Comment faites-vous pour aider Créteil sans ulcérer Toulouse ?" Najat Vallaud Belkacem a eu cette réponse : "Je trouve qu’on a un déficit de communication sur la réalité de l’école" (voir ici).

Dans une longue interview à paraitre jeudi 6 novembre dans l'Obs et peu avant l'annonce de son plan de lutte contre le décrochage scolaire, à la question "Comment faites-vous pour aider Créteil sans ulcérer Toulouse ?" Najat Vallaud Belkacem a eu cette réponse : "Je trouve qu’on a un déficit de communication sur la réalité de l’école" (voir ici). Ou comment trahir en une phrase, la stratégie et surtout les limites de sa politique.

 

Sans oser aller aussi loin que Veronique Soulé de Libération qui attribue à la ministre le titre de « reine de la com » (voir ici), on peut tout de même lui reconnaître un certain talent pour assurer le service après vente de réformes qu'elle n'a ni réfléchies ni conçues. A l'heure de passer des principes à la mise en œuvre, privilégier la communication plutôt que l'information s'avère utile, surtout en temps de disette budgétaire. La ministre peut ainsi passer sous silence les manques, les évolutions contestables et surtout se payer le luxe de ne pas agir.

Dans son dernier article, Maryline Baumard du Monde déclare : « François Hollande avait promis 60 000 postes pour l’école à l’horizon 2017. A la moitié du quinquennat, le ministère de l’éducation nationale reconnaît en avoir créé 3 856 dans l’enseignement public ». Elle conclut ainsi : « Après tout, le chef de l’Etat n’avait pas promis 60 000 postes pérennes… même si les acteurs de l’école, eux, l’avaient rêvé » (voir ici) .

Pourtant, le ministère dans son ensemble ne souffre pas toujours de cette tendance certaine à privilégier la com plutôt que l'info: pour preuve, dans sa dernière publication « revue éducation et formation » de novembre, il reconnaît, par l'intermédiaire d'Olivier Monso, qu' « une réduction du nombre d’élèves par classe bénéficie davantage, dans l’ensemble, aux élèves issus d’un environnement social ou scolaire défavorisé, et notamment à ceux scolarisés dans un établissement en éducation prioritaire » (voir ici ). Malheureusement, aucun moyen supplémentaire n'est prévu dans la réforme actuelle de l'éducation prioritaire pour réduire les effectifs par classe. La communication de la ministre a donc choisi d'éluder la question, elle préfère placer en tête de gondole les 350 millions alloués aux établissements prioritaires (budget total de l'éducation nationale : 114,8 milliards).

Il est par ailleurs étonnant qu'elle ne communique pas sur la réforme des SEGPA (les sections d'enseignement général adapté qui concernent tout de même 100 000 élèves). C'est portant un coeur de cible si l'on souhaite s'attaquer au décrochage scolaire compte tenu du niveau de difficultés des élèves qui fréquentent ces classes, hors collège unique. Loin des flashs (mais en vidéo ici), elle a tout de même répondu en commission aux questions de la députée PS Sylvie Tolmont sur l'avenir de ces structures. Là encore, la communication l'emporte sur l'information. En version com et dans la bouche de la ministre, cela donne : « ces structures ne doivent pas être fermées sur elles mêmes » « dans une logique d'inclusion", les élèves de SEGPA pourront "participer aux cours avec les autres élèves des classes ordinaires ».

En version "réalité de l'école", cela donne : les enseignants d'anglais, de techno, d'EPS des collèges (en particulier les plus jeunes qui débutent dans les établissements les plus difficiles où les SEGPA sont les plus nombreuses) assurent déjà des enseignements au sein de ces structures spécialisées, sans y être formés. Ils vivent souvent très difficilement cette expérience. Au lieu de les remplacer par des enseignants qualifiés ou même de les former, ce qui représenterait un surcoût certain, on va faire faire le chemin inverse aux 100 000 élèves de Segpa. Ce sont eux qui vont intégrer les cours de ces professeurs, en venant se surajouter aux classes du collège « classique » et donc déjà surchargées. Cette mesure permettra d'économiser un grand nombre d'heures d'enseignement mais compliquera sérieusement leur prise en charge, c'est un euphémisme.

Autre prouesse rhétorique, lorsqu'elle justifie la politique de redéploiement des moyens, elle évite consciencieusement de parler des établissements défavorisés qui vont en perdre (voir ici ). Elle préfère parler du « 7e arrondissement » qui ferait bien de peser sa chance en prenant conscience des difficultés rencontrées par les établissements de St Denis avant de venir réclamer des ouvertures de classe. A Saint Denis, justement, des parents d'élèves assez doués en com, ont décidé de créer un « ministère du bonnet d'âne » qui commence à faire beaucoup parler de lui (voir ici ) en occupant le centre ville pour réclamer la fin du scandale des non remplacements d'enseignants dans leur ville.

Une autre façon de prendre la ministre de l'éducation nationale à son propre jeu ?     

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