Grandir en ZEP

Nommer des professeurs expérimentés dans les établissements les plus difficiles, voilà une idée qui séduit, à droite comme à gauche. Mais pourquoi ne pas commencer par donner envie de rester aux jeunes profs qui les fuient ?
 
Jeunes en difficulté
 
La banlieue parisienne accueille aujourd’hui beaucoup des jeunes enseignants qui débutent. La moyenne d'âge est de 35 ans dans l' Académie de Créteil  (elle est de 42 à Paris) et près de 50% des nouveaux titulaires commencent leur carrière en banlieue parisienne.
Après 5 ans d’une vie d’enseignant le plus souvent mouvementée, de nombreux jeunes professeurs fuient ces académies à la faveur de bonifications de mutation. 1 professeur sur 4 quitte ainsi chaque année l’académie de Créteil et ses nombreux établissements difficiles, remplacé la plupart du temps par un professeur débutant, pas aidé par la suppression de la formation aux jeunes enseignants.
Faute de continuité dans l’enseignement et de formation initiale, les résultats dans les établissements sensibles sont aujourd’hui assez peu concluants (rapport IGEN ici). On constate même qu'ils s'éloignent des objectifs affichés. Ce ne sont pas des professeurs  expérimentés qui y sont nommés mais bien des professeurs stagiaires, chose impensable il y a peu, et les postes de contractuels s'y multiplient.
 
Les vétérans à la rescousse ?
 
Pour contrebalancer cette fuite des talents (ou plus modestement des professeurs avec un peu d’expérience), la droite (voir ici) comme la gauche socialiste (voir ici) ont tour à tour envisagé une réponse en apparence simple : faire venir des profs « vétérans » et expérimentés dans les banlieues, voire même des militaires ou des retraités pour venir donner un coup de main, à l'occasion…
Soyons clairs : il y a de bons vieux profs et de mauvais jeunes profs comme il y a de mauvais vieux profs et de très bons jeunes profs. Il ne s’agit pas ici de nier l’intérêt de la mixité générationnelle en salle des profs, au contraire, mais de s’interroger sur la faisabilité d’une telle mesure. Les professeurs chevronnés, souvent militants, y exercent parfois mais se font de plus en plus rares. Prétendre faire venir des professeurs expérimentés qui ont exercé pendant un bon moment dans un lycée tranquille de centre ville... la transition risque de piquer un peu, tant les conditions d’exercice du métier d’enseignant peuvent être différentes en ZEP. Attirer des professeurs entre deux âges apparaît tout aussi compliqué. Un enseignant qui vient d’obtenir de haute lutte sa mutation dans l'établissement plus calme après des années épuisantes en ZEP ne sera pas facile à convaincre.
On l’aura compris, malgré la promesse inévitable de rémunérations et bonifications renforcées, faire venir les professeurs expérimentés dans les établissements sensibles relève de l’illusion pure et simple. Alors que faire ? La solution est à la fois plus simple et tout aussi complexe.
 
Roulez jeunesse !
 
 
Simple…car il suffit de faire rester les professeurs qui enseignent déjà dans ces établissements, pour qu'ils deviennent, justement, expérimentés. Éviter la fuite, stabiliser les équipes pédagogiques pour permettre de créer de l'expérience commune…
Des tuteurs formés dans chaque établissement devraient accueillir et initier les jeunes professeurs en leur donnant une chance de s'intégrer le plus vite et le mieux possible. Les ESPE doivent aussi permettre de maintenir un haut niveau dans la discipline tout en préparant les futurs collègues à ce qui les attend concrètement.
 
Tout aussi complexe…parce que cela induirait d'améliorer très nettement les conditions de travail pour les professeurs et d'études pour les élèves de ZEP mais aussi de valoriser sérieusement l’ancienneté à ces postes. Il faudrait donc y mettre vraiment les moyens, ce que ne semble pas prêt à faire le gouvernement pour ces professeurs et ces élèves qui ne demandent qu’à grandir.
 
Enseigner en ZEP est épuisant pour toute la communauté scolaire : réduire les effectifs d'élèves par classe et multiplier le travail en demi-groupe, permettre la prise en charge individualisée des élèves en grande difficulté, décharger les professeurs pour rendre possible les échanges, la diffusion des bonnes pratiques et le règlement des problèmes sont autant de solutions évidentes pour améliorer la situation.
 
Faire rester les jeunes professeurs dans les établissements prioritaires plutôt que de rêver faire venir des « professeurs expérimentés » nécessite donc la mise en place d'un large volant de mesures incitatives dont les effets doivent donner l'envie de venir et surtout de rester, le plus longtemps possible. Dans les jours qui viennent, on en saura un peu plus sur le niveau d'ambition du gouvernement pour rénover les ZEP. L'attente est grande.
 

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