A la revoyure, M. Valls

Notre premier ministre a le sens des formules. Face au tollé provoqué par son pacte de stabilité, il a annoncé "une clause de revoyure pour faire en sorte que l'horizon n'apparaisse pas trop lointain pour des revalorisations...".  Cette expression un peu désuète conclut habituellement une rencontre avec quelqu'un que l'on est amené à revoir. La manifestation du 15 mai prochain sera assurément un premier rendez-vous.

Notre premier ministre a le sens des formules. Face au tollé provoqué par son pacte de stabilité, il a annoncé "une clause de revoyure pour faire en sorte que l'horizon n'apparaisse pas trop lointain pour des revalorisations...".  Cette expression un peu désuète conclut habituellement une rencontre avec quelqu'un que l'on est amené à revoir. La manifestation du 15 mai prochain sera assurément un premier rendez-vous.

Autre interprétation, Manuel Valls doit se démarquer de François Hollande pour l'élection présidentielle de 2017. Ce dernier a d'ors et déjà annoncé qu'il n'aurait "aucune raison d'être candidat en 2017 ou aucune chance d'être élu" si le chômage ne baissait pas d'ici là. Manuel Valls en est certainement arrivé à la même conclusion concernant les salaires des fonctionnaires et en particulier des enseignants qui constituent un socle traditionnel de l'électorat socialiste.  Maintenir la mesure en l'état reviendrait à sérieusement entamer ses chances d'élection d'ici 2017 (voir ici).

L'annonce du gel du point d'indice jusqu'en 2017 a effectivement fait l'effet d'une bombe chez les enseignants. La mesure apparait scandaleuse pour de nombreux professeurs d'abord parce qu'elle se situe en pleine continuité avec les décisions de la précédente majorité de droite, puisque ce point d'indice est gelé depuis 2010. Marylise Lebranchu semblait l'avoir compris puisqu'elle avait annoncé en janvier dernier que 4 ans de gel, "c'est déjà beaucoup" (voir ici)

Dans son allocution, Manuel Valls a cherché à se justifier en mettant en avant la revalorisation des plus bas salaires de la fonction publique, soit la catégorie C. Mais ces coups de pouces apportés aux smicards de la fonction publique (1/5 des agents) n'ont pas grand chose à voir avec une soudaine générosité. Fin 2011, lors de la revalorisation du SMIC selon l'inflation, 900 000 fonctionnaires s' étaient retrouvés avec un salaire inférieur au salaire minimum; le ministre de la fonction publique de l'époque, François Sauvadet, avait donc dû débloquer, contraint et forcé et dans l'urgence, une « indemnité différentielle ».

Après deux ans de mandature, les socialistes détiennent déjà le record historique du plus long gel ! Jusqu’ici il était de 16 mois...mais sous deux gouvernements de droite. Alain Juppé s'y était essayé entre 1995 et 1997 suivant ainsi l'exemple de Jacques Chirac en 1986-1987. Il ne faut pas non plus oublier que les revalorisations du point d'indice ont souvent été inférieures à l'inflation, ce qui fait que depuis 10 ans, la perte de pouvoir d’achat du traitement de base des fonctionnaires atteint presque 15 %. 

Le candidat Hollande voulait être le président de l’égalité et de la justice. Pourtant, dans l'éducation nationale, en termes de revalorisation salariale, ses gouvernements successifs continuent à ne privilégier que des mesures spécifiques uniquement destinées à certains corps (chefs d'établissements, recteurs, inspecteurs..) et à maintenir un régime de primes très inégalitaires (voir ici).

Or, malgré la disette budgétaire, la mesure qu’on serait en droit d’attendre d’un gouvernement fer de lance de l’égalité serait justement de revaloriser tous les salaires et en particulier les plus bas. Pourquoi dès lors ne pas faire le choix d'augmenter d'une somme précise tous les salaires? On conjuguerait ainsi égalité et justice car ce serait les plus bas salaires qui en profiteraient avant tout. Les accords Matignon de 1936, dont le nom même témoignait de l'audace inédite des mesures, avait fait ce type de choix: l'augmentation des salaires avait été générale, mais proportionnée aux revenus, les plus bas salaires étant davantage augmentés. 

L'actuel locataire de Matignon, alerté par "l'aile gauche" de sa majorité à l'Assemblée et la menace d'une grève massive le jeudi 15 mai, semble donc laisser la porte ouverte à d'hypothétiques discussions ultérieures. Et si la "revoyure" c'était aussi maintenant?

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