Classe de CP à 12 élèves? Une fausse bonne idée

Les esprits s’échauffent dans l’éducation nationale au moment où le gouvernement Philippe s’apprête à mettre en œuvre sa mesure phase : des classes de CP dédoublées. Comment être raisonnablement contre, entends-je dire.

Evacuons la question pourtant décisive des réformes à moyens constants. Aucune école n’a envie de se retrouver avec des CP à 12 et des CM2 à 32 et aucun moyen de remplacement. Essayons de prendre un peu de hauteur dans les débats. Contrairement aux idées reçues,  il y a bien des consensus parmi la communauté éducative et les milieux universitaires sur les conditions qui mènent à la réussite des élèves. Bien sûr il n’y a pas de recette miracle, mais des orientations générales peuvent nous guider. Tout fait système. Rien de neuf sous le soleil diront certains mais ne faut-il pas commencer par là ?

  • Un climat scolaire apaisée (une très difficile équation à tenir entre élèves , parents, enseignants et partenaires sociaux). Faut-il rappeler le niveau de stress très élevé chez les écoliers français ?
  • Une nécessaire mixité sociale qui empêche la concentration de la difficulté scolaire (Ce qui implique de revoir les cartes scolaires, et de redéfinir les politiques de la ville et de remettre en question  nos pratiques  de contournement…) Complexe. Voir  Dubet François, Préférence pour l’inégalité: Comprendre la crise des solidarités, Paris, Seuil, 2014. Pourquoi changer l’école, Paris, Textuel, 1999.
  • Des parents reconnues comme tels et impliqués ( en ReP+ , faut-il ajouter qu’il faut aller les chercher ? ) Lire entre autres Lahire Bernard, « Culture écrite et inégalités scolaires: Sociologie de l’échec scolaire à l’école primaire», Revue française de pédagogie 107 (1), 1994, pp. 157‑160.
  • Des enseignants en nombre suffisant et formés qui savent allier bienveillance et  exigence envers les élèves, rigueur professionnelle et  souplesse en situation de classe.  C’est ça qui coute le plus cher !
  • Des pratiques pédagogiques adaptées aux  élèves qui créent une réelle dynamique de travail.  L’hétérogénéité dans les classes est un fait incontournable à prendre en compte. La taille des classes est ici un facteur parmi d’autres. ..
  • Des pratiques évaluatives formatives en continue non stigmatisantes (voir climat scolaire…)
  • Un certain sens de l’humilité pour tout le monde. L’école ne peut pas tout. En particulier nous sommes impuissants face au consumérisme ambiant qui détruit les capacités attentionnelles des enfants. C’est à mon sens ce dont souffre le plus l’école.
  • A vous de compléter …

                En tant qu’enseignant en REP+ depuis 25 ans, la question des effectifs est un vieux serpent de mer.  Beaucoup en parle sans savoir que de nombreuses expérimentations ont été menées. Je renvoie aux conclusions  de l’étude L’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire dans les écoles, collèges et lycées français, Estimations à partir du panel primaire 1997 et du panel secondaire 1995 (Piketty, Valdenaire) disponible sur internet.  Certains commentateurs devraient se documenter avant de débiter  leurs âneries.

                Oui, la mesure sur les classes de CP à 12 élèves est démagogique. On peut très bien travailler à 17 voire plus …  Ce qui compte c’est la dynamique de travail dans le groupe.  D’autre part le postulat que tout se joue au CP est faux.  On confond corrélation statistique et causalité . Les capacités en lecture se construisent  sur le temps long. Faut-il rappeler que les illettrés sont le plus souvent des personnes  alphabétisés qui ont désappris faute de pratique au quotidien?  On enfume le débat public avec les questions de méthodes de lecture (Ça joue mais à la marge).  Faut-il rappeler qu’à l’ère du numérique, les pratiques de lecture  (et plus globalement le rapport au savoir) sont en train de changer  radicalement ? (Lire Stiegler Bernard, Meirieu Philippe et Kambouchner Denis, L’école, le numérique et la société qui vient, Fayard/Mille et une nuits, 2012.)

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