Pour un plan d’urgence en Seine-Saint-Denis

Après une semaine de blocage de leur établissement, des enseignants mobilisés du collège République de Bobigny (Seine-Saint-Denis) tirent la sonnette d'alarme: malgré un classement «Rep+», les moyens sont en baisse pour la rentrée 2015. « Pour tout le département », ils demandent « la baisse des effectifs dans les classes, la stabilité des personnels, des moyens à hauteur des besoins ».

Après une semaine de blocage de leur établissement, des enseignants mobilisés du collège République de Bobigny (Seine-Saint-Denis) tirent la sonnette d'alarme: malgré un classement «Rep+», les moyens sont en baisse pour la rentrée 2015. « Pour tout le département », ils demandent « la baisse des effectifs dans les classes, la stabilité des personnels, des moyens à hauteur des besoins ».


 

Le collège République, à Bobigny, se trouve au cœur de la Seine-Saint-Denis, à peu de choses près, et au cœur des enjeux de l’éducation prioritaire. A l’heure où l’on écrit ces lignes, le collège République est bloqué depuis une semaine (1). Cela signifie que nous, enseignants, mais aussi des parents d’élèves, empêchons les cours de se tenir et le collège de fonctionner, pour protester contre la suppression programmée d’une grosse centaine d’heures hebdomadaires d’enseignement, soit plus de 10% de nos moyens de fonctionnement, sur les quatre prochaines années. L’action est illégale, on ne s'est pas privé de nous le rappeler. Aujourd’hui, le gouvernement dégrade les conditions d’apprentissage de nos élèves, nous organisons l’interruption des cours dans notre collège. Nous l’assumons, malheureusement : à la violence des attaques répond notre détermination, chacun prend ses responsabilités. 

Le collège République est un des premiers à avoir été classé Réseau éducation prioritaire + (REP+), soit le plus haut niveau de « priorité », dans le cadre de la réforme actuelle. Auparavant, il avait été classé en Zone d’éducation prioritaire (ZEP), puis en zone sensible, sans oublier le label prévention violence, Réseau ambition réussite (RAR), puis Ecole, collège et lycée pour l’ambition, l’innovation et la réussite éducative (Eclair). Tous ces sigles disent au moins une chose : compte tenu de la fragilité extrême du public – 63,2% de catégories socioprofessionnelles défavorisées – il faut pour répondre au principe d’égalité républicaine un engagement plus fort de la nation ici qu’ailleurs. Le 21 janvier 2015, François Hollande affirmait que « priorité a été donnée à l’éducation, parce que priorité doit être donnée à la lutte contre les inégalités ». Or, c’est faux : les moyens accordés aux établissements scolaires pour la rentrée 2015 le démentent. Et c’est bien cet écart entre les postures officielles et la réalité du terrain qui nous écoeure.  

Bobigny se trouve en plein cœur de la Seine-Saint-Denis. L’école en Seine-Saint-Denis, à en croire le gouvernement, fait l’objet d’efforts particuliers de la part de la nation. Nos interlocuteurs nous répètent que l’on a de la chance, parce que l’on dispose, au collège République comme ailleurs dans le département, de moyens qui n’existent pas ailleurs. On nous les présente comme un luxe, et l’on nous dit que « le collège République n’a pas le monopole de la difficulté ». Et nous répondons que non seulement ces moyens sont nécessaires, mais aussi qu’ils sont insuffisants. Concrètement, ils permettent tout juste de donner un peu d’air aux élèves par des heures en demi-groupe, du tutorat pour les élèves décrocheurs, des dispositifs de soutien pour les élèves les plus en difficulté et des projets qui leur donnent envie d’apprendre. Même avec ces moyens, le quotidien reste très compliqué au collège, fait de difficultés d’apprentissages pour les élèves, d’insatisfactions et de souffrance au travail pour nombre de personnels. Les supprimer, comme on le prévoit, est totalement irresponsable. 

Dans le cadre d’une mobilisation avec d’autres établissements de Seine-Saint-Denis, soutenue par l’intersyndicale CGT-Snep-Snes-Sud du département, nous avons été reçus au ministère de l’Education nationale le 24 mars dernier. Nous y avons défendu des revendications pour l’éducation en Seine-Saint-Denis dans son ensemble. On nous a opposé, avec mépris, une fin de non-recevoir. Ce que nous demandons – la baisse des effectifs dans les classes, la stabilité des personnels, des moyens à hauteur des besoins – nous le demandons pour tout le département. C’est un plan d’urgence pour la Seine-Saint-Denis dont nous avons besoin.

(1) Le collège a été bloqué durant la semaine du 23 au 27 mars 2015. Ses enseignants, qui seront en grève jeudi 2 avril, ont rendez-vous mardi 30 mars à la Direction départementale de l'Education nationale.

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