Pas de secte aux Boutons d'Or de Bagnères-de-Bigorre, mais on la ferme.

La soudaineté de la décision à une semaine de la rentrée scolaire, laisse planer le soupçon d’une affaire en connivence, peut-être une chasse aux sorcières discrète, rondement menée après le discours présidentiel. Pourquoi les parents n’ont-ils pas été écoutés au Rectorat ? Et la décision peut-elle aboutir, devant un juge administratif, à la fermeture définitive de l’école de Bagnères-de-Bigorre ?

En France, 20 % des élèves présentent des difficultés scolaires, dont un enfant par classe des troubles spécifiques des apprentissages

En avril 2009, la Société Française de Pédiatrie publie, avec le soutien de la Direction Générale de la Santé, ce rapport intitulé Difficultés et Troubles des apprentissages chez l’enfant à partir de 5 ans.

« Les apprentissages fondamentaux : acquisition de la lecture, du calcul, de l’écriture, de l’orthographe, ne sont pas naturels, mais résultent d’actions pédagogiques et constituent les objectifs prioritaires des premières années de scolarité.

Près de 20% des enfants présentent des difficultés scolaires. Les causes en sont multiples. Parmi elles, les troubles spécifiques des apprentissages sont souvent méconnus ; ils concerneraient au moins 5 à 6 % des enfants, soit un enfant par classe.

Les troubles des apprentissages sont sources de difficultés de communication, d’intégration scolaire et sociale, avec des répercussions à la fois sur le vécu individuel de l’enfant : souffrance psychologique, anxiété, fatigue, et sur le vécu familial.

Même lorsque ces troubles sont considérés comme spécifiques ou développementaux, leur origine est souvent plurifactorielle. Ils nécessitent une approche diagnostique et une prise en charge pluridisciplinaires coordonnées.

Leur diagnostic, leur prise en charge précoce par des rééducations appropriées, un accompagnement des parents, des adaptations pédagogiques et un soutien psychologique sont essentiels pour l’enfant, son entourage familial et aussi les enseignants. [page 4]

Des simples difficultés aux troubles constitués, dans tous les cas, ils sont fréquemment sources de souffrance psychologique, d’anxiété, de fatigue, voire de dépression et du désinvestissement progressif de l’enfant pour les tâches lui demandant un effort particulier. [p. 5] »



Presque un demi-million de jeunes décrochent du système scolaire en 2016, 40% des jeunes sont peu intéressés et s’ennuient.

Le 24 septembre 2020, le gouvernement prend des mesures contre un décrochage scolaire de près d’un demi-million de jeunes, attesté en 2016 :

« 4 millions de jeunes en décrochage scolaire en Europe et 450 000 en France en 2016 , tout autant de chemins alambiqués menant à des situations souvent de déshérence et de précarité… [sic !] Dès lors, la lutte contre le décrochage scolaire devient une priorité. Une priorité nationale et européenne, un véritable enjeu dans le cadre de la Stratégie Europe 2020. Pour que chaque jeune puisse réussir son avenir, soit accompagné et aidé, de nombreuses mesures sont déployées. Le Fonds social européen prend une place importante dans ces démarches pour lutter contre le décrochage scolaire. Derrière ce phénomène, ce sont des élèves, des histoires, des vies. »

Sauf que, depuis 2006, d’autres paramètres étudiés depuis 20 ans sont identifiés par les sociologues, et toujours passés sous silence :

« En 2006, Potvin, Fortin et Girard se basent sur une étude de 11 ans (1996-2007) et dévoilent quatre types de décrocheurs selon trois variables : le rapport à l’école, le contexte familial et l’aspect personnel.

Ils identifient le type d’élèves « peu intéressés » qui représente 40 % des jeunes et dans lequel la performance scolaire est très bonne sauf qu’ils s’ennuient. »



L’autorité de l’État veille … à "l’obligation" de formation

Le texte du FSE (Fonds social européen en France) en serait touchant, s’il ne s’était accompagné de mesures autoritaires gouvernementales à l’opposé de sa forme alléchante :

Dans sa mouture récente de 2019 [Titre Ier : Le droit à l'éducation (Articles L111-1 à L114-1)Chapitre Ier : Dispositions générales. (Articles L111-1 à L111-5) Article L111-1 Modifié par LOI n°2021-1109 du 24 août 2021 - art. 58], le gouvernement entend garder le cap, comme on dit en marine, et déclame à qui veut bien l’entendre que :

« La répartition des moyens du service public de l'éducation tient compte des différences de situation, notamment en matière économique, territoriale et sociale. Elle a pour but de renforcer l'encadrement des élèves dans les écoles et établissements d'enseignement situés dans des zones d'environnement social défavorisé et des zones d'habitat dispersé, et de permettre de façon générale aux élèves en difficulté, quelle qu'en soit l'origine, en particulier de santé, de bénéficier d'actions de soutien individualisé.

L'école garantit à tous les élèves l'apprentissage et la maîtrise de la langue française.

L'acquisition d'une culture générale et d'une qualification reconnue est assurée à tous les jeunes, quelle que soit leur origine sociale, culturelle ou géographique.

L'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation veille, en lien avec les établissements scolaires publics et privés sous contrat et en concertation avec les collectivités territoriales, à l'amélioration de la mixité sociale au sein de ces établissements. »

En 2020, les mesures de lutte contre le décrochage scolaire en France ont été renforcées pour la rentrée scolaire. L’obligation de formation qui vise à ce « qu’aucun jeune de moins de 18 ans ne se trouve sans solution et soit scolarisé, en formation, ou en emploi » a été mise en place, comme annoncé par le Président de la République lors de la rentrée 2018. C’est l’article 15 de la loi n°2019-791 du 26 juillet 2019 « pour une école de la confiance.»

Cependant, Le Café pédagogique déplore que le projet de loi « ne prévoie toujours rien pour la scolarisation effective des dizaines de milliers d'enfants très pauvres qui en sont exclus aujourd’hui »

Le projet de loi comporte aussi des obligations nouvelles pour les écoles privées. Le financement des écoles hors contrat sera vérifié ainsi que la liste des intervenants régulièrement. L'autorité administrative pourra décider de fermer une école hors contrat, disposition qui risque aussi de poser problème si la fermeture ne peut pas être suspendue le temps que la justice tranche. La nature de l'enseignement donné dans les écoles privées en contrat d'association ou sous contrat simple sera précisé par la loi.»

Question finances, bravo et merci à l’Europe :

« Pour la France, ce soutien s’est traduit par une aide de près de 490 millions d’euros pour la période 2014-2020. Dans le pays, le Fonds social européen est mobilisé autour de trois domaines : l’apprentissage, l’enseignement supérieur et la lutte contre le décrochage scolaire. En 2020, l’Etat français a publié un appel à projets relatif à cette lutte afin de répondre aux enjeux de la crise sanitaire notamment. Deux opérations qui ont été conventionnées pour un montant de 6,6 millions d’euros et financées à 100 % par le FSE. »

Mais la réalité économico-sociale va-t-elle être modifiée radicalement par ce demi-million d’€ européens en faveur du demi-million de jeunes en difficulté en France, pourtant opportun dans une période de précarisation de l’enseignement menée à marche forcée (à charge forcée) par un gouvernement qui entend « maintenir son cap » dans son entreprise de démolition (cf. notre précédent article ici) ? Rien n’est plus incertain.



Les contrôles seront renforcés dans les écoles privées hors contrat

Car le président a décidé :

« J’ai pris une décision – et je la mesure, et nous en avons beaucoup débattu avec les ministres - sans doute l’une des plus radicales depuis les lois de 1882, et celles assurant la mixité scolaire entre garçons et filles en 1969 : dès la rentrée 2021, l’instruction à l’école sera rendue obligatoire pour tous dès 3 ans. L’instruction à domicile sera strictement limitée, notamment aux impératifs de santé. Nous changeons donc de paradigme, et c’est une nécessité. » [ https://dai.ly/x7wl9w8 de 2:00 à 2:45 ]



Le 2 octobre 2020, Faïza Zerouala, journaliste à Médiapart titrait : «Séparatisme» : les mots, les actes et la loi - Macron acte la fin de l’instruction à domicile, mesure symbolique mais dérisoire.

« Parmi les mesures concernant l’éducation dans son discours contre le séparatisme, Macron a annoncé que l’instruction serait désormais obligatoire au sein de l’école dès l’âge de 3 ans et que les contrôles seraient renforcés dans les écoles privées hors contrat. Inutile, jugent les acteurs du secteur. »



Pourtant, le code de l’éducation est clair :

« L’instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l’un d’entre eux, ou toute personne de leur choix.»  article L. 131-2 du Code de l’éducation

 

 

Le Conseil Constitutionnel a cependant validé la procédure ainsi :

« Par une « réserve d’interprétation », le Conseil Constitutionnel a estimé « qu’il appartiendra

au pouvoir réglementaire, sous le contrôle du juge, de déterminer les modalités de délivrance de l’autorisation d’instruction en famille conformément à ces critères [vérification de la « capacité d’instruire » de la personne en charge de l’enfant et « existence d’une situation propre à l’enfant motivant le projet éducatif »],

et aux autorités administratives compétentes de fonder leur décision sur ces seuls critères, excluant toute discrimination de quelque nature que ce soit » (lien vers le C. C.). » publient les associations et collectifs :
 LED’A, LAIA, UNIE, FELICIA, EELM, Liberté Éducation.

Donc exit les parents d’élèves, dont les choix ne seront pas pris en compte, malgré la Déclaration universelle des droits de l’Homme, élaborée en réaction aux atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale dès 1948, qui précise : « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants. » Il s’agit d’un garde-fou démocratique inestimable. 19 , 20 »



Les établissements privés hors contrat, sous la loupe des parlementaires en 2018.

« Un nouvel établissement privé est nécessairement hors contrat dans un premier temps, puisque, en principe, il ne peut passer contrat avec l’État qu’au bout de cinq années. Alors que l’on comptait environ 800 établissements hors contrat à la rentrée 2010, leur nombre a atteint 1 300 à la rentrée 2017, et celui des élèves qui y sont scolarisés 73 000. C’est un chiffre important, qu’il faut toutefois relativiser, puisqu’il représente environ 0,5 % de la totalité des élèves scolarisés.

Le secteur hors contrat se caractérise par sa diversité, comprenant aussi bien des établissements confessionnels, qui accueillent entre 40 % et 45 % des élèves, que des établissements proposant des pédagogies alternatives, telles Montessori ou Freinet, ou des enseignements en langue régionale. » in séance de l’Assemblée Nationale 28/03/2018



« Tous les deux ans, la DGESCO réalise une enquête permettant de savoir, par exemple, qu’il y a autant de garçons que de filles en IEF [Instruction en Famille], que toutes les académies sont représentées, que les contrôles sont largement positifs, que les raisons religieuses sont marginales et que la première raison invoquée par les parents est “l'inadaptation ou la souffrance scolaire de leur enfant ” (1- Enquête sur l’instruction dans la famille, année 2014-2015, DGESCO B3-3.). »

« Le récent sondage mené par l'association UNIE et le collectif Felicia apporte des précisions sur les raisons des familles optant pour l'IEF.

Le “respect du rythme de l’enfant” apparaît en premier pour les enfants de 3 à 5 ans, dans la lignée de l'obligation d'instruction dès 3 ans, et c’est le “profil atypique de l’enfant”, qui prime pour les enfants de 6 à 16 ans. »



La loi 2021-1109 du 24 août 2021

Rien de tout cela n’apparaît dans la loi du 24 août 2021 

« Article 56

L'article L. 111-1-1 du code de l'éducation est complété par une phrase ainsi rédigée : « Les établissements qui n'ont pas conclu de contrat avec l’État se voient proposer par l'autorité de l'Etat compétente en matière d'éducation une charte des valeurs et principes républicains. »

Article 57

Le chapitre II du titre IV du livre IV du code de l'éducation est ainsi modifié :

1° Le premier alinéa de l'article L. 442-5 est complété par une phrase ainsi rédigée : « La conclusion du contrat est subordonnée à la vérification de la capacité de l'établissement à dispenser un enseignement conforme aux programmes de l'enseignement public. » ;

2° La première phrase du troisième alinéa de l'article L. 442-12 est complétée par les mots : « capacité d'organiser l'enseignement par référence aux programmes de l'enseignement public ». »

 
 

mais une obligation nouvelle imposée … par le Code Pénal !

 
 

La loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, à l’article 55 impose violemment le « changement de paradigme » du président :

« Article 55

I.-Les deux derniers alinéas de l'article 227-17-1 du code pénal sont ainsi rédigés :

« Le fait, pour un directeur d'établissement privé accueillant des classes hors contrat ou son représentant légal, de n'avoir pas pris, malgré la mise en demeure des autorités compétentes de l'Etat, les dispositions nécessaires pour remédier aux manquements relevés est puni d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. En outre, le tribunal peut prononcer à l'encontre de ce directeur ou de son représentant légal la peine complémentaire d'interdiction de diriger ou d'enseigner.

« Le fait de ne pas procéder à la fermeture des classes ou de l'établissement faisant l'objet d'une mesure de fermeture prononcée en application des IV ou V de l'article L. 442-2 ou de l'article L. 441-3-1 du code de l'éducation ou de faire obstacle à l'exécution d'une telle mesure est puni d'un an d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. »

II. ‒ La peine de fermeture de l'établissement prévue à l'article 227-17-1 du code pénal, dans sa rédaction en vigueur à la date de publication de la présente loi, demeure applicable aux infractions commises avant cette date. »



Anne Coffinier, présidente de l’association Créer son école, qui défend le privé hors contrat, est inquiète pour la liberté d’enseignement et ne voit pas l’utilité d’une telle démarche présidentielle.

« Ces parents qui prennent la parole pour interpeller le pouvoir politique font la démonstration qu’ils sont des citoyens engagés et actifs, qui ne veulent pas que l’État décide de tout pour eux », fait observer Anne Coffinier. La présidente de l’association Créer son école – favorable au secteur privé hors contrat, lui aussi dans le viseur du projet de loi – y voit la manifestation d’un « mouvement de “reempowerment”.

Mais elle s’inquiète surtout de possibles fermetures. « Autoriser les fermetures administratives d’écoles libres me semble inconstitutionnel et inutile. La restriction d’une liberté aussi importante que celle d’enseigner doit se faire sous le contrôle du juge.

Souvenons-nous que le Conseil constitutionnel avait déjà censuré il y a quelques années, en matière d’ouverture d’écoles, la tentative de Najat Vallaud-Belkacem de remplacer le régime de déclaration existant par un régime d’autorisation.

Introduire aujourd’hui une fermeture administrative risque de se heurter au même veto constitutionnel et cela n’apportera rien en pratique, si ce n’est un probable surcroît de contentieux. »

Elle rappelle que la possibilité de fermeture peut intervenir d’ores et déjà très vite… à condition toutefois que les parents acceptent de se plier à l’injonction de l’administration de scolariser leurs enfants.

« Ce sont donc les moyens de faire respecter la décision de l’administration qu’il faudrait renforcer et non pas le type de décision qu’il faut changer. » 



Le reportage de Charlie Hebdo

Alors que la journaliste Laure Daussy de Charlie Hebdo à l’origine du reportage à charge se dédouane conjoncturellement à France 3 :

« Il est compliqué de parler de secte. Il y a eu quatorze signalements en 2020 liés aux écoles Steiner et pour l’instant il n’y a pas de cas avérés de dérive sectaire. Mais on voit bien que le risque est réel ! »

Clara Delannoy, journaliste à la chaîne FR 3, écrit prudemment : « Ces méthodes qui prônent l’individualisation de l’enseignement et la « liberté pédagogique » sont louées par les parents dont les enfants ont repris confiance en eux après des échecs dans le système scolaire classique. Mais elles sont aussi la cible de détracteurs pour qui les matières scolaires principales ne doivent pas être en option et pour ceux qui y voient les conditions parfaites pour de potentielles dérives sectaires. ».



Mais Claude Cazabat semble peu disert s’agissant de son rôle institutionnel de maire : « De son côté, le maire centriste de Bagnères-de-Bigorre, Claude Cazabat, se dit « peu concerné » par cette école qui n’est « pas sous contrat avec l’Etat ». »

Pourtant, selon la loi 2018-266 du 13 avril 2018, article 1, qui régit les établissements d’enseignement hors contrat, il est spécifié à l’article L441-1 que :

II.-L'autorité compétente de l'Etat en matière d'éducation, le maire, le représentant de l'Etat dans le département et le procureur de la République peuvent former opposition à l'ouverture de l'établissement :

1° Dans l'intérêt de l'ordre public ou de la protection de l'enfance et de la jeunesse ;

2° Si la personne qui ouvre l'établissement ne remplit pas les conditions prévues au I du présent article ;

3° Si la personne qui dirigera l'établissement ne remplit pas les conditions prévues à l'article L. 914-3

4° S'il ressort du projet de l'établissement que celui-ci n'a pas le caractère d'un établissement scolaire ou, le cas échéant, technique.

A défaut d'opposition, l'établissement est ouvert à l'expiration d'un délai de trois mois.»

Le maire de l’époque, Jean-Bernard Sempastous, a donc validé l’ouverture de l’établissement au 1er septembre 2014, laquelle a été maintenue par son successeur, nommé pour son premier mandat en août 2017, puis réélu le 26 juin 2020.



Deux accusations importantes dans le rapport consulté par la journaliste Laure Daussy :

« Deux inspections d’académie sont dévastatrices : « Les sciences ne sont pas enseignées, aucune trace écrite n’ayant été observée », révèle celle qui s’est déroulée en août 2020. »

Or comment peut-on justifier l’absence de l’écrit, tant à l’école maternelle sous forme d’approche progressive de la trace, qu’au primaire où il constitue l’enjeu majeur de l’éducation, que ce soit dans l’accès à la lecture ou par son appropriation, qu’elle soit technique ou d’expression, voire de communication ?

et la formation critique, n’est-elle pas le vecteur idéal par le truchement des essais-erreurs, travaillés à l’oral puis à l’écrit, pour amener l’enfant à s’ouvrir à des systèmes de pensée établis par la controverse et la loi de la preuve ?

me si elle est évoquée dans le projet pédagogique, il est regrettable que les autorités académique et rectorale n’aient su (ni voulu), pas davantage que le journal Charlie Hebdo, prendre en compte le potentiel inestimable que représente la confiance en soi tout autant que l’ouverture de la pensée individuelle et collective à des questions sociétales et environnementales émergentes et capitales pour la responsabilité qu’elles induisent pour les nouvelles générations, notamment et au premier chef :

« L’éveil à la nature s’intègre dans une démarche citoyenne. Construire une société plus durable doit nécessairement passer par l’implication des futures générations.»



La décision de fermeture tombe-t-elle « à pic » ?

La soudaineté de la décision, à une semaine de la rentrée scolaire, laisse planer le soupçon d’une affaire en connivence, peut-être une chasse aux sorcières discrète, rondement menée après le discours présidentiel, aisément bâtie sur quelques éléments de forme et de norme. Pourquoi les parents n’ont-ils pas été écoutés à l’Inspection académique, au Rectorat ? Et la décision peut-elle aboutir, devant un juge administratif, à la fermeture définitive de l’école de Bagnères-de-Bigorre ? ou faut-il y voir en arrière-plan, en contre-plongée, la première trace violente de l’autoritarisme gouvernemental, implacable dans la mesure où elle est actée dans une concrétude opportune pour le discours officiel, une nouvelle loi qui entend prôner la domination même de façade de l’Institution, dont chacun·e s’accorde à nier tout fondement sectaire ou terroriste à même de déstabiliser l’État dans ses aspirations à une Éducation Nationale véritablement pour tous ?

Ne peut-on maugréer dans les chaumières et à la ville, en pensant au demi-million annuel d’élèves écœurés, déçus pour leur vie entière, dont aucun responsable officiel ne sera mis au ban, du fait des moyens en constante diminution accordés par l’État et des questionnements sans réponse à propos les écoles des cités maintenues en état de précarité constante, depuis des décennies ?



Par ailleurs, la période semble particulièrement inappropriée pour fermer un établissement (à la dernière minute) selon la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme qui prenait position, très critique également envers le système scolaire officiel, le 26 mai 2020 :

« Une continuité pédagogique illusoire et discriminante

La crise sanitaire a mis en lumière les nombreux dysfonctionnements du système éducatif français déjà constatés par la CNCDH. Cette période a creusé les inégalités entre les élèves. La Commission est particulièrement inquiète pour l’avenir des enfants, et notamment les enfants en situation de vulnérabilité. « La fermeture des écoles a accentué les inégalités et les discriminations entre les élèves et accéléré l’ampleur du phénomène d’exclusion scolaire » s’inquiète Jean-Marie Burguburu, président de la CNCDH.

« Les mesures prises se sont avérées inadéquates pour faire face aux besoins pédagogiques de tous les enfants, et en particulier de ceux ayant le plus de difficultés, qui n’ont pas accès aux outils numériques ou à un soutien pédagogique », précise Jean-Marie Burguburu.

La « continuité pédagogique », promue comme solution alternative efficace à la fermeture des établissements scolaires, a démontré un décalage entre les consignes du ministère de l’Éducation nationale et les réalités sociales, familiales et territoriales. Les élèves n’ayant pas accès aux outils numériques, ceux suivant des enseignements professionnels dont les cours sont principalement dispensés en atelier, ou ceux dont les parents sont dans l’incapacité d’assurer l’accompagnement pédagogique ont été exclus du système scolaire et de leur droit à l’éducation.

La Commission a déjà fait part à plusieurs reprises aux pouvoirs publics de sa préoccupation quant au caractère inégalitaire du système scolaire français qui engendre des situations de discrimination d’accès à l’école et d’exclusion pour certaines catégories d’enfants, tels que les enfants en situation de handicap, […].

Dans son avis, la CNCDH – Institution nationale indépendante, formule neuf recommandations pour construire l’école d’après, parmi lesquelles l’augmentation des effectifs des enseignants pour permettre le dédoublement des classes dès la rentrée prochaine et faciliter la remise à niveau des élèves ainsi que la mise en place d’un service social renforcé dans les écoles maternelles et primaires.

in CNCDH, Avis sur l’accès à l’éducation : l’urgence de rétablir un système éducatif inclusif et égalitaire, JORF no 132 du 31 mai 2020, texte no 97.



En conclusion (provisoire ?)

Je propose deux textes, qui émanent successivement d’un blog local “Le blog de Docteur BEC », laissant la conclusion, provisoire, à l’association des Boutons d’Or.

20210829 La guerre des Boutons d'or | 2corbecs.blogspot.com © Aragnouet - Vuillier 20210829 La guerre des Boutons d'or | 2corbecs.blogspot.com © Aragnouet - Vuillier


La guerre des Boutons d'or

Les parents de l’école des Boutons d’or viennent de recevoir une mise en demeure des services de l’État : ils doivent inscrire leurs enfants ailleurs. Une première dans notre pays. Ils apprennent cela à quelques jours de la rentrée et ne comprennent pas. Quels dangers imminents et implacables menaçaient donc leur progéniture ? Des enseignants violents, des méthodes coercitives, des problèmes de sécurité au niveau des locaux ? Rien de tout cela, étrangement, mais essentiellement trois éléments :

- des manquements dans la tenue des registres administratifs ; mais quelle école n’en est pas là, quand on sait combien les directeurs sont soumis à une infinité de tâches…

- des locaux exigus par rapport aux effectifs ; il est vrai que l’école a été victime de son succès, mais l’aménagement du domaine Serbois allait résoudre ce problème rapidement ; la commission de sécurité, de son côté, n’avait rien signalé d’alarmant ;

- un enseignement ne permettant pas d’atteindre les acquisitions du socle commun : cet argument est irrecevable si l’on prend le recul nécessaire pour évaluer une pédagogie qui certes laisse le temps aux élèves d’aller à leur rythme mais obtient en fin de scolarité des résultats que toutes les études montrent parfaitement satisfaisants ; en Finlande, les enfants ne reçoivent pas non plus d’enseignement structuré avant 8 ans, ce qui n’empêche pas le système scolaire de ce pays d’obtenir des résultats remarquables.

C’est un immense gâchis humain. On imagine le désarroi de toutes les personnes concernées : les parents, dont beaucoup avaient fait le choix de venir vivre dans notre région pour que leurs enfants bénéficient de ce type de pédagogie, les enseignants qui donnaient le meilleur d’eux-mêmes, les élèves surtout qui vont se trouver dispersés aux quatre vents, et parfois être mis en état d’échec dans les structures qui les accueilleront à cause de leur rythme d’apprentissage différent.

Une violence absolue, incompréhensible.

Alors il est tentant de chercher à comprendre qui a voulu la mort de cette école (qui n’est pas encore actée, précisons-le).

Au plan local, beaucoup a été fait pour jeter le discrédit sur elle. Le vote d’une motion syndicale et surtout la venue de journalistes de Charlie Hebdo ne doivent rien au hasard. Des documents confidentiels ont fuité, signe que certaines personnes influentes au niveau syndical ou dans l’administration de l’Education Nationale ont agi. Le maire, de son côté, n’a guère d’affinités, on le sait bien, avec « les gens mettant leurs enfants dans des écoles alternatives qui sont dans la contestation de beaucoup de choses » (Le Monde du 25/08/2021). Il n’a pas manifesté la moindre empathie avec ces familles qui se voient refuser le choix pour l’éducation de leurs enfants, se dit « peu concerné », ne semble donc guère se soucier – bien au contraire ! – que beaucoup quittent la région. On aurait bien aimé entendre l’avis de son adjoint à la culture, qui, en tant qu’inspecteur d’académie à la retraite, n’est peut-être pas resté neutre...

Au plan national, le reportage totalement à charge de Charlie Hebdo aura laissé des traces, et probablement incité l’administration à réagir. Jean-Michel Blanquer n’en est pas à son coup d’essai liberticide. Après avoir supprimé le libre choix de l’instruction en famille, on peut imaginer qu’il n’a guère de scrupules à s’attaquer au libre choix de l’école. La fermeture des Boutons d’or, si elle est exigée par la justice, constituera un grave précédent.

Il faudra du temps pour que l’affaire soit jugée sur le fond. En attendant, nous souhaitons de tout cœur que le tribunal administratif empêche l’exécution immédiate de la mise en demeure faite aux parents, afin qu’une soixantaine d’enfants ne soient pas les otages d’une chasse aux sorcières des temps modernes.

A suivre…





Communiqué de l’Association les Boutons d’Or de Bigorre

Implantée dans les Hautes-Pyrénées à Bagnères de Bigorre, notre Association a pour objet principal l’existence d’une école maternelle et élémentaire hors contrat, dont l’enseignement s’inspire de la pédagogie Steiner-Waldorf.

Le 18 août, soit 15 jours avant la rentrée, les parents de l’école se sont vu adresser un envoi recommandé de mise en demeure de l’Inspection académique d’inscrire leurs enfants dans une autre école, privée ou publique, stipulant que l’école ne respecte « ni le droit de l’enfant à l’instruction ni l’objet de l’instruction obligatoire ». Nombre d’entre-eux, encore en vacances, ne l’ont découvert que bien plus tard, d’autres peut-être pas encore.

Il en résulte que les 62 enfants de 3 à 10 ans, prévus pour la rentrée de septembre et les 9 professeurs salariés prêts à les accueillir ne peuvent effectuer leur rentrée aux Boutons d’Or. Nous déplorons cette injonction qui survient si tardivement alors qu’elle fait suite à une inspection réalisée en mars et dont le rapport n’est parvenu à l’école qu’après mi-août. Les enfants qui se réjouissaient d’une rentrée dans leur école en sont brutalement privés, les familles se voient retirer leur droit au libre choix pédagogique et les professeurs sont dans le meilleur des cas au chômage ou plongés dans une détresse financière.

Nous réfutons ce rapport d’inspection sur la quasi-totalité de ses affirmations et soutenons l’action en justice de la plupart des parents qui entendent obtenir l’annulation de leur mise en demeure, en particulier au nom de la liberté de l’éducation garantie par la constitution. Notre école en effet est un lieu d’apprentissage et d’instruction qui œuvre dans le respect du socle commun des compétences, mais selon nos méthodes pédagogiques qui sont celles de plus de 2000 écoles dans le monde.

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