Expressions citoyennes à Bagnères-de-Bigorre

Aujourd'hui, les mesures sanitaires tendent à occulter un débat démocratique de plus en plus tronqué ; la démocratie éprouve le besoin irrépressible de montrer la réalité dramatique à laquelle elle est confrontée, loin des discours léchés. La réalité enseigne leur contraire entre des enseignants non concertés, des collégiens obligés, l'hôpital braqué, des malades choisis et le chômage qui pointe.

JAppel à se rassembler samedi 7 novembre devant la mairie de Bagnères-de-Bigorre pour des mesures concertées face à la covid-19

Démarche : site officiel

Rassemblement citoyen pour des mesures concertées et proportionnées dans la gestion de la crise sanitaire.

Le 3 novembre, le ministre de la santé Olivier Véran s’est rendu en toute hâte à l’Assemblée Nationale pour suspendre le vote en cours des députés, coupables à ses yeux d’avoir opté pour la prolongation de l’état d’urgence sanitaire uniquement jusqu’au 15 décembre et non jusqu’en février 2021 comme son gouvernement l’exigeait.

Pire que tout, un amendement a été adopté prévoyant que le confinement ordonné par l’exécutif ne puisse se prolonger au-delà du 14 décembre sans être voté par les parlementaires. C’en était trop pour le ministre, qui a vu rouge : « "C'est ça la réalité dans nos hôpitaux mesdames et messieurs les députés, si vous ne voulez pas l'entendre sortez d'ici ! Vous êtes en train de débattre de sujets alors que les soignants se battent pour sauver des vies ! » a-t-il vociféré à travers l’hémicycle. Mais quel démocrate digne de ce nom pourrait s’offusquer que les élus du peuple que sont les députés, honorent leur mandat en débattant de l’opportunité des lois ? 1

Parce que nous sommes profondément en désaccord avec Monsieur Véran et ses tentatives hystériques de confiscation du débat politique, nous appelons les citoyens à se rassembler pour défendre notre démocratie. La concertation citoyenne n’est pas un obstacle à la gestion de l’urgence sanitaire, comme le prétend l’exécutif, mais bien la solution !

Les soignants manifestent depuis des années pour sauver l’hôpital public, réclamant les moyens qui leur font aujourd’hui défaut pour combattre l’épidémie. Leur consultation et leur implication effective dans les orientations de notre politique de santé auraient permis d’éviter la fermeture de près de 100.000 lits ces trente dernières années 2 3 et l’actuelle submersion du système hospitalier face à une nouvelle vague de patients. Quand nous appuierons-nous sur l’expérience et les compétences de la société civile plutôt que de confier la destinée du pays à quelques technocrates obsédés par la politique du chiffre ?

Il est urgent de dépasser cette vision court-termiste. Opposer les problématiques de santé publique aux questions économiques, écologiques, culturelles et sociales n’a aucun sens. La gestion de crise qui nous est aujourd’hui imposée impactera durablement nos vies, dans toutes leurs dimensions. Il est donc impensable de laisser un conseil nommé par l’exécutif décider seul de notre avenir au mépris du vote des parlementaires et des protestations citoyennes.

Elus locaux, syndicats, associations et citoyens doivent impérativement être réintégrés dans le processus décisionnel, pour surmonter ensemble cette crise et dessiner les contours d’un nouveau projet de société.

Contact : concertation.citoyenne.65@gmail.com facebook : Concertation-Citoyenne-65

Samedi 7 novembre 2020 à 14h
devant la mairie de Bagnères-de-Bigorre

Ce rassemblement a fait l’objet d’une demande d’autorisation en préfecture. Vous pouvez vous y rendre en toute légalité, sans contrevenir aux restrictions de déplacements décrétées par le gouvernement. Il suffit pour cela de remplir une autorisation de déplacement en cochant la case correspondant aux démarches administratives. Participer à ce rassemblement ne constitue pas un acte de désobéissance civile mais relève simplement du droit imprescriptible de tout citoyen à manifester.

 

On est en train de nous créer un état d’urgence perpétuel, qui justifierait qu’on ne débatte plus

par Annabelle et Florian

« On est en train de nous créer un état d’urgence perpétuel, qui justifierait qu’on ne débatte plus : on enchaîne entre urgence terroriste, urgence sanitaire, qui pourrait être prolongé jusqu’en avril. Selon nous, il ne faut pas attendre la fin de cet état d’urgence pour se mettre à débattre, parce que des épidémies, il va y en avoir d’autres, et des attentats, il y en aura aussi d’autres. Donc, il ne faut pas reporter la concertation citoyenne à l’infini, il faut vraiment la reprendre dès maintenant.

Ce que l’on veut aussi un petit peu contrer, c’est l’aspect “sensationnaliste” diffusé par les médias, on aimerait bien reprendre un débat apaisé qui ne soit pas une tentative d’hystérisation de la vie politique, et que les gens se sentent libres de s’exprimer. Parce qu’actuellement, on a quand même tendance à désigner toutes les personnes qui ont une opinion différente, qui ne sont pas forcément d’accord avec la version de la gestion de la crise qui nous est proposée de façon totalement verticale, on a tendance à les désigner, à les ostraciser, en les disant irresponsables, complotistes, etc.

On voudrait que les gens réinvestissent le débat public, qu’ils ne se sentent pas mis à l’écart et se sentent libres de s’exprimer.»

« On a choisi d’être devant la mairie, qui est le premier lieu de démocratie locale. Aujourd’hui, comme l’a dit Annabelle, on a l’impression qu’il y a un Conseil Scientifique qui décide de tout, que les Parlementaires ont de plus en plus de mal à exprimer la représentativité des citoyens, que les citoyens ne sont pas concertés dans les décisions et que nous devions choisir un endroit qui représentait la démocratie locale. Certains ont demandé :

« Pourquoi n’êtes-vous pas allés devant chez le préfet, devant chez le député ? La question n’est pas d’interpeler aujourd’hui le maire de Bagnères, le préfet ou une quelconque élite, c’est d’interroger en fait votre citoyenneté à vous. Aujourd’hui, nous sommes tous là parce que nous avons envie d’exprimer notre citoyenneté. Cela se voit en fait parfois par de la contestation, mais aussi par l’expression d’un sentiment de mal-être, parce que cette crise ne nous est présentée que comme quelque chose de sanitaire, mais au-delà de ça, il y a tout de même un aspect psychologique, il y a une absence de culture – la culture fait tout de même partie de notre société – il y a une absence de considération à long terme : on ne réagit que de façon court-termiste, sans trop pouvoir proposer autre chose pour notre société. Et je pense qu’en tant que citoyens, on doit pouvoir s’exprimer, se réunir, se confronter, pour essayer de construire un projet à long terme.

Aujourd’hui, on répond à court terme mais si cette crise existe, c’est parce qu’il a une crise écologique, une crise économique, une crise psychologique et qu’il y a énormément de choses qui, pour nous, ne sont pas prises en compte dans la gestion de la crise et qui doivent être concertées avec les citoyens. Et cela doit se faire avec les citoyens, le monde scientifique, les associations, les institutions, les élu·e·s et qui sont parties prenantes de notre vie et je n’ai pas l’impression que ce soit le cas aujourd’hui. »

« Nous, on a pris l’initiative de ce rassemblement, mais bien entendu, le but, ce n’est pas pour qu’on monopolise non plus la parole et l’expression, parce qu’on a senti aussi que la frustration des citoyen·ne·s montait d’être dépossédé·e·s de leur droit d’expression, on va vous laisser bien sûr la parole. J’ai pris un petit cahier si vous voulez laisser votre mail pour que vous restiez en contact puisque le but, c’est évidemment de reconduire ces concertations.

L’objectif étant bien sûr qu’à votre tour, chacun·e d’entre vous puisse aussi proposer des rassemblements et des concertations, le but étant de pouvoir prolonger au maximum ces rassemblements, sauf interdiction, car si c’est toujours nous qui déposons les demandes en préfecture, ça finira bien sûr par poser un problème. »

« S’il y a des personnes qui souhaitent venir prendre la parole, exprimer quelque chose, dans le respect de chacun·e, et écrire sur ce cahier soit un message soit votre mail. À terme, nous, nous n’avons pas défini ce que l’on voulait faire de cette réunion. Ce qu’on veut, c’est que vous preniez conscience que vous avez un droit de citoyen ; on n’est pas dans un acte de résistance citoyenne, on est dans un acte légal, pour que chacun·e puisse s’exprimer. Je vois des enfants, des adultes, des personnes âgées, chacun dans cette société doit pouvoir s’exprimer, et qu’on retrouve un peu de parole, un moyen d’expression locale, et j’espère nationale.»

 

Un fort malaise, une forte colère chez les enseignants de toute discipline

par Henri

« En tant que participant d’un collectif qui existe depuis deux ans sur Bagnères-de-Bigorre (Comité de Lutte du Haut-Adour “CLHA”), je dirai que c’est bien qu’un débat commence dans l’espace public et dans la rue, c’est un bon signe d’autant qu’il y aura une suite, peut-être tous les samedis.

J’interviens à un second titre, en tant qu’enseignant en histoire et instruction civique.

 

Je pense … ils punissent © Bastamag Je pense … ils punissent © Bastamag

 

La semaine que nous venons de passer, en tant qu’enseignants de toute discipline, est une semaine compliquée, qui dénote un fort malaise, une forte colère. On savait tous, depuis la rentrée de septembre, qu’on jouait tous à faire semblant ; on est rentrés en pensant que ça allait mieux, que le protocole était allégé. Le virus qui ne connaît pas les règlements intérieurs a continué à faire son chemin : des collègues et des élèves ont commencé à être malades avant les vacances et nous, on nous demande de faire semblant d’être sérieux, alors que rien n’est sérieux : je ne vous raconterai pas les anecdotes ni les détails mais ça devient délirant et ubuesque.

Dans certaines régions autres que la nôtre, il y a eu des mobilisations d’enseignants, de parents et d’élèves, notamment à Pau et Orthez, une colère s’est exprimée de façon plus diffuse. Le ministre Blanquer a été obligé de tout remettre en cause – on a reçu un mail à 4h39 du matin dans la nuit de jeudi à vendredi – et de faire ce qu’on aurait dû faire depuis longtemps. Le problème, c’est que ça s’est fait sans aucune préparation, sans aucune concertation et dans un déni démocratique total. On est en colère.

https://www.bastamag.net/local/adapt-img/740/10x/IMG/arton8094.jpg?1604986216

Et je tiens à préciser que l’on nous parle de liberté d’expression : l’Éducation Nationale vient de condamner quatre enseignants, qui s’étaient battus contre l’épreuve du bac en continu qui a été annulée depuis à cause du Covid : ils ont été mis à pied, ils ont eu des rétrogradations salariales, etc. La liberté d’expression, l’Éducation Nationale s’asseoit dessus. Donc à la fois il faut un débat apaisé, et cela doit se combiner avec une contestation qui s’exprime : on n’a pas le droit de nous traiter comme des ennemis dans une guerre bidon, dès qu’on dit autre chose que ce que le gouvernement décide, se contredisant sans cesse.

Et donc, je vous invite, si vous le pouvez, mardi prochain, partout en France, il y aura des manifestations de l’Éducation Nationale. À Tarbes, ce sera à 10h place de la mairie. Vous pourrez faire une attestation de déplacement dérogatoire, la contestation est un service public, donc, je vous invite à venir le plus nombreux possible pour dénoncer et appeler un chat un chat, ces gens-là ont une responsabilité, il faut le dire. »

 

Le témoignage d’un collégien

Je ne veux pas porter le masque à l'école © AB Je ne veux pas porter le masque à l'école © AB

 

par Pierre

« Au collège Blanche Odin, on nous demande de respecter les règles sanitaires et on est une centaine d’élèves sur un espace plus petit que l’espace des tables de ping-pong. On est tout le temps obligés de mettre du gel pour entrer en cours, pour sortir du cours.

On ne peut même plus, en l’intercours, se lever pour aller aux toilettes par exemple, maintenant on doit rester dans notre salle. On a à peine le temps de ranger nos cahiers parce que c’est les profs qui vont venir dans la salle et puis on doit désinfecter toutes les tables chaque fois qu’on sort le soir.

On nous met du gel hydroalcoolique en rentrant et en sortant ; on doit garder les masques toute la journée.

Au self, sur une table de huit, on ne peut manger qu’à quatre ; on a à peine le temps de manger, on ne peut pas rester discuter un peu et on a une demi-heure pour enlever le masque. »

 

Se ré-informer pour entendre plusieurs sons de cloches

par lanie

« Nous nous sommes réunis et avions envie de vous retrouver. Je voulais juste partager avec vous un point que nous avions envie d’aborder, cette notion de ré-information pour permettre d’entendre plusieurs sons de cloches. Pour permettre aussi aux scientifiques qui ont un avis différent de celui communiqué dans les médias principaux d’être entendus : par exemple ce médecin Louis Fouché dont le site s’appelle reinfocovid qui explique comment on pourrait faire, je vous invite à aller le consulter.»

 

Les élus qui ont voté ces plans d’économies depuis trente ans ont du sang sur les mains

par Sylvie

« Dans l’appel d’aujourd’hui, il est mentionné que depuis une trentaine d’années, 100 000 lits d’hôpital ont été supprimés en France. Les gouvernements successifs n’ont eu de cesse, à chaque plan de refinancement de la Sécurité Sociale, de faire des économies.4

Et aujourd’hui, on paie cette politique d’austérité par la mort : les élus qui ont voté ces plans d’économies depuis trente ans ont du sang sur les mains. Puisque l’argent est là : 128 milliards par an, on peut les récupérer très rapidement. En ce moment se discute le budget pour 2021, ce serait le moment de prendre des décisions fortes 5 mais ils en sont totalement incapables. Par contre, mettre la responsabilité sur les gens, taper sur les gens, 135 € parce que vous avez oublié l’attestation, ça peut arriver.

Et donc, on se retrouve aujourd’hui avec des gens qui meurent à cause de ces politiques d’austérité. Il faut le savoir, le prochain plan d’économies de la Sécurité Sociale, c’est 900 millions d’économies ! 6 C’est ce qui est prévu l’année prochaine sur la Santé Publique ! Et en 2019, malgré la pandémie de Covid 19, les économies sur le système de Santé Publique ont continué à se faire ! Il y a eu des suppressions de lits qui ont continué à se faire 7.

Les responsables, c’est toujours les gens, et là, on peut se permettre de taper sur les gens. La politique répressive est de plus en plus forte – donc les chiffres, il faut les avoir en tête, ce qui se passe dans le système de santé, le manque de postes dans les hôpitaux donc ça, il faut que ça change rapidement.»

 

L’abandon d’un système public - est-ce qu’on reste inhumains, face à ça ?

Le gouvernement continue de supprimer des lits d'hospitalisation | Bastamag © Bastamag Le gouvernement continue de supprimer des lits d'hospitalisation | Bastamag © Bastamag

 

par Isabelle

«L’histoire du Covid est assez compliquée, il est important de faire attention à ce que l’on dit à propos aussi du Rivotril 8. Les gens qui travaillent dans les EHPAD méritent le respect, on en connaît et je suis du système hospitalier. Et je peux vous dire que ce n’est pas facile. Et ce n’est pas par volonté de mettre fin à la vie des gens, c’est que le système a amené les choses à être comme ça : c’est l’abandon d’un système public qui est la résultante d’une difficulté majeure à pouvoir prendre en charge correctement les personnes âgées avec des problèmes respiratoires aigus, et d’un Covid déclaré qui crée des apnées, des syndromes inflammatoires majeurs, des souffrances terribles.

Qu’est-ce que je peux vous dire ? Il n’y a pas assez de places en réanimation. J’ai encore lu sur Le Monde tout à l’heure qu’on choisit les personnes qui vont être réanimées. OK, d’accord ! Eh bien, on en est là : en 2015, on a supprimé 9 lits de réanimation sur l’hôpital de Lourdes, il n’en existe plus que sur l’hôpital de Tarbes.

Et à un moment donné, qu’est-ce qui manque ? quand ce sont des soins continus, ce n’est pas vraiment de la réanimation. Et l’on ne peut pas comparer des lits de soins continus avec des lits de réanimation. Donc on a un gouvernement qui compte pouvoir récupérer des lits pour pouvoir augmenter les lits de réanimation, mais ce sont des jeux de chaises musicales : il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Et depuis quelque temps, on n’arrive plus, malheureusement, à soigner des personnes qui sont avec des pathologies graves, et parce que, malheureusement, il n’y a pas de suivi, les rendez-vous sont reportés, et parfois les gens ont peur d’aller dans les hôpitaux et à juste titre : parce que dans les hôpitaux simplement, , le Covid est en train d’exploser, voilà.

Donc l’histoire du Rivotril, moi je n’en parlerai pas, je pourrais en parler mais je ne suis pas médecin, je ne veux pas en parler. Simplement, c’est l’histoire de la fin de vie : qu’est-ce qu’on fait de la fin de vie ? C’est encore une histoire encore plus large, parce que c’est l’histoire des personnes âgées, c’est aussi le fait qu’il n’y a pas assez de soignants à l’extérieur dans les villes ; dans les villes actuellement, on n’a pas la possibilité de faire rentrer les gens chez eux avec des soins continus corrects, parce qu’une partie est prise en charge par la Sécurité Sociale, – tous les soins qui sont relatifs à l’habillage-déshabillage, aux pansements, aux médicaments, etc. –, mais les soins de confort, les soins pour aller aux toilettes, les soins pour se nourrir, là ça devient très compliqué, parce que ça dépend de la dépendance des gens, et là, il faut rentrer dans des cases, et les cases deviennent de plus en plus abjectes.

 

Donc il faut faire attention – c’est mon avis propre – à ce qu’on dit actuellement à propos du masque, de produits ; parce qu’il y a des choses beaucoup plus compliquées que de mettre en façade un seul mot, un seul masque, un seul produit, et cela peut être totalement contre-productif à quelque chose d’essentiel : on est en train de nous voler notre service public hospitalier, on nous le braque ! Point barre !

On est en train encore de nous fermer des lits, Ici aussi ! C’est inouï ! On vient encore nous parler d’un hôpital unique ! De nos jours, là, actuellement, avec cette crise majeure, on a des politiques qui viennent nous parler encore d’un hôpital unique 9, alors qu’on sait très bien qu’on ne financera pas cet hôpital, on ne le peut pas.

Et cela se fera au prix de nouvelles fermetures de lits énormes, je crois qu’il s’agit de 250 lits de plus ! On n’en finit plus de fermer des lits, et quand on dit “ lits ” c’est à peu près 2,5 personnels associés à ce que peut être une personne dans un lit de soins. Ce ne sont pas des lits, il y a plein dans les caves.

Mais là, le personnel, il n’en peut plus ! Il n’en peut plus : les gens s’en vont, ils démissionnent de la fonction publique. Voilà ! C’est très compliqué, c’est très violent, le vécu des personnels qui soignent des gens en fin de vie, le vécu des personnels qui soignent des gens qui ont des problèmes respiratoires aigus, qui s’étouffent, c’est épouvantable. Quand vous entendez ce récit-là, ce qui compte, c’est de ne pas avoir la larme aux yeux. Franchement. Moi,ça me donne la chair de poule encore en ce moment, pendant que j’en parle. Il faut savoir que là, ce sont des situations catastrophiques : on met les gens d’un côté, on met les gens de l’autre, on change les gens de service en permanence, donc ils ne connaissent pas les patients, ils ne connaissent pas les modes de soins, ils n’arrivent pas à avoir un soin qui leur convient, et ils n’ont pas le temps d’avoir un soin dans une humanité correcte. Voilà !

En EHPAD, on est dans cette situation-là. Les problèmes de la personne âgée, les problèmes de la fin de vie, c’est dramatique ! Qu’est-ce qu’on fait avec ça ? De nos jours,comment on fait ? Parce que plus ça va, plus on va aller vers une société de personnes qui vont vieillir, est-ce qu’on reste comme ça, inhumains, face à ça ? Est-ce qu’on reste à choisir les gens qui vont rentrer dans les hôpitaux ? Les gens qui font une hémiplégie, on les choisi t actuellement : Oui, vous irez en rééducation / Non, vous n’irez pas en rééducation. Démerdez-vous ! Voilà, on en est là ! »

« en 20 ans, la moitié des maternités a disparu » 10

 

par Alain

« J’ai deux informations locales à partager avec vous, l’une positive et l’autre non :

« Tout d’abord le fait qu’en Catalogne, la décision a été prise, à l’inverse de la France, de privilégier le petit commerce et les TPE/PME et de fermer les supermarchés 11, où les risques sanitaires sont plus importants.

Ensuite, les inquiétudes d’un banquier bagnérais qui s’attend à une catastrophe prochaine, croissante durant les trois prochaines années, du fait des faillites et difficultés d’emploi, qui, en cascade, risquent d’affecter toute l’économie, y compris en retour les banques qui se retrouveront avec des contentieux insolvables et seront mises en difficulté. »

La crise sociale majeure de l’emploi attendue (petite revue de presse)

« Près de 100 000 sociétés pourraient disparaître d’ici à la fin de l’année » 12

« La crise de la Covid-19 représente un choc inédit sur l’économie française et mondiale. La chute brutale de la consommation et de l’investissement, le nécessaire confinement puis le déconfinement progressif représentent à la fois des contraintes de débouchés (choc de demande) et des contraintes de production (choc d’offre). […]

La réduction de l’activité est très hétérogène suivant les secteurs, pouvant atteindre 85 % dans le secteur de la construction et 15 % dans l’agriculture. Face à un tel choc économique, une hausse importante du chômage est prévisible, pouvant entretenir un déficit de demande effective. Par ailleurs, la chute brutale des carnets de commande peut pousser des entreprises pourtant efficaces vers la faillite.

Le sous-investissement d’entreprises en place, la chute des dépenses de R & D ou les pertes de compétences par les licenciements vont durablement entamer le potentiel productif français, indépendamment du nombre de faillites. Enfin la perte de valeur des entreprises à la suite de la chute d’activité peut affecter la consommation des ménages et le comportement des intermédiaires financiers.

La conclusion d’étape est cependant une forte dépendance du tissu productif français au financement bancaire de court terme.

Le financement bancaire des SNF 13 a été sécurisé pendant la crise de la Covid-19 par le Prêt Garanti par l’État (PGE) pour un montant de 300 milliards. De ce fait, le montant de liquidité élevé des entreprises françaises a amorti l’effet du ralentissement économique après mars 2020.

Les entreprises sont en défaillance lorsqu’elles sont en cessation de paiement, c’est-à-dire qu’elles ne peuvent plus faire face aux paiements exigibles comme les salaires ou le paiement des fournisseurs.

L'OCDE a récemment publié un rapport basé sur des micro-données de 16 pays européens. L’étude prévoit ainsi qu’un mois après le confinement, 20 % des entreprises seront confrontées à des problèmes de liquidité. Cette part, grimpant à 30 % après deux mois de confinement, culmine aux alentours de 38 % après trois mois.

Une période prolongée caractérisée par de faibles revenus peut à terme déclencher des problèmes de solvabilité.

 

« Compared with the narrative in the baseline, the severe scenario features a more sizable and more prolonged weakness in activity across sectors. This is to some extent amplified by increased insolvencies, which lead to credit frictions that adversely affect the borrowing costs and access to finance of households and firms. »

Par rapport au scénario de référence, le scénario sévère présente une faiblesse plus importante et plus prolongée de l'activité dans tous les secteurs. Ceci est amplifié dans une certaine mesure par l'augmentation des défaillances, qui entraînent des frictions de crédit qui affectent négativement les coûts d'emprunt et l'accès au financement des ménages et des entreprises.14

La crise de la Covid-19 a des effets différenciés par secteur, taille et région. Nous observons ainsi que les secteurs de l'hébergement-restauration, les services aux ménages et la construction sont particulièrement exposés aux défaillances d'entreprises. Les entreprises issues des secteurs du commerce et de l'industrie manufacturière sont affectées dans une moindre mesure. Les microentreprises et les grandes entreprises sont également exposées au risque de faillite, alors que les PME et les ETI sont plus solides. Enfin, le sud-est de la France essentiellement, et l'Île-de-France devraient enregistrer une augmentation importante de défaillances. 15

 

 

NOTES

1« Olivier Véran, ministre de la Santé, après une visite dans l'après-midi dans un service de réanimation, à l'hôpital de Corbeil-Essonnes en région parisienne, était revenu devant l'Assemblée pour débattre [où il] a perdu son sang-froid mardi soir [3 novembre 2020], face aux députés, alors que l’opposition venait de voter la prolongation de l’état d’urgence sanitaire, non pas jusqu’à mi-février comme le réclamait le gouvernement, mais jusqu’au 14 décembre.: "C'est ça la réalité dans nos hôpitaux mesdames et messieurs les députés, si vous ne voulez pas l'entendre sortez d'ici ! Vous êtes en train de débattre de sujets alors que nos soignants se battent pour sauver des vies dans ces hôpitaux" s'écrie-t-il.» https://www.dna.fr/sante/2020/11/04/coronavirus-sortez-d-ici-olivier-veran-perd-son-sang-froid-face-aux-deputes et https://actu.fr/societe/coronavirus/covid-19-l-etat-d-urgence-sanitaire-prolonge-jusqu-au-14-decembre-2020_37243003.html

2«En 2017, les établissements de santé comptent 400 000 lits d’hospitalisation à temps complet, soit 69 000 lits de moins qu’en 2003. […] Depuis plus de dix ans, le nombre de séjours en hospitalisation complète, hors USLD, est en revanche globalement stable. […]

• En revanche, les capacités en moyen séjour (SSR) ont progressé, le nombre de lits étant passé de 92 000 en 2003 à 106 000 en 2017.

• La fermeture de ces lits de court séjour s’est effectuée à un rythme assez régulier (-30 000 lits en 14 ans), mais ce sont surtout les capacités d’accueil des unités de soins de longue durée (USLD) qui ont fortement diminué [-48 000 lits], passant de 80 000 lits en 2003 à 32 000 en 2017,(- 60%) en raison de la transformation de certaines unités en établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

• La psychiatrie fait également exception : le nombre total de lits a diminué de 3 500 entre 2003 et 2007, mais il se maintient autour de 57 000 depuis 2007.

• Entre 2005 et 2017, le nombre de lits dédiés aux activités de MCO (médecine, chirurgie, obstétrique et odontologie) en court séjour a diminué de près de 26 000 (- 11%), pour atteindre 207 000 lits en 2017. »

https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/es2019.pdf

3« La restriction des lits d’hôpitaux a commencé sous l’égide de M. Xavier Bertand qui était alors ministre de la santé de M. Nicolas Sarkozy. » https://blogs.mediapart.fr/edition/en-bigorre/article/180520/covid-19-les-quatre-verites-du-docteur-jean-baptiste-cardiologue-vic-en-bigorre

4dans son rapport de 1996, il s’agit pour Pierre Déloménie,Inspecteur Général à l’IGAS, commissaire du Gouvernement puis Directeur Général auprès du groupement d'intérêt public dénommé Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies,(Chevalier du 16 janvier 1994)

et Michel Yahiel haut fonctionnaire, Inspecteur Général à l’IGAS. (et fils de Henri Yahiel, DRH dans l'industrie pharmaceutique),

• de doter l’Hôpital d’« une capacité de pilotage du secteur, [par] l’identification d’une fonction propre à la direction des hôpitaux »

• ET de « créer les conditions d'un encadrement sanitaire du médicament hospitalier [car] L'administration doit

- se doter des moyens juridiques lui permettant de mieux encadrer l'utilisation du médicament à l'hôpital

- ET rénover le dispositif de maîtrise économique [par] Un mécanisme nécessairement transitoire »

« les hôpitaux publics voyaient leur capacité d'accueil nette se réduire de 23 000 lits en cinq ans (1989-1993), soit une perte de 50 % supérieure si l'on neutralise les créations en long séjour(1) »

https://www.vie-publique.fr/sites/default/files/rapport/pdf/964123700.pdf

5http://videos.assemblee-nationale.fr/video.9662522_5f874f8c4d5f3.commission-des-affaires-sociales--projet-de-loi-de-financement-de-la-securite-sociale-pour-2021-su-14-octobre-2020 à partir de 3:28:03

6https://www.marianne.net/societe/sante/hopital-apres-le-segur-le-gouvernement-prevoit-un-nouveau-tour-de-vis-budgetaire

7https://www.bastamag.net/carte-des-suppressions-de-lits-hopital-covid-reanimation-ARS-CHU carte au 29 octobre 2020

8https://fr.wikipedia.org/wiki/Clonazépam

9cf. cet article synthétique de déjà 2009 : https://www.paperblog.fr/2676986/hopitaux-de-tarbes-et-lourdes-arguments/

puis dix ans après, des élus s’interrogent sur sa pertinence : http://www.tarbes-infos.com/spip.php?article23922

mais en 2020, Gérard Trémège, président de la Communauté d’agglomération tente une hypothèse pour sa paroisse : « l’État devrait reprendre les dettes » https://www.ladepeche.fr/2020/02/29/hopital-unique-mais-pas-commun,8764734.php

10https://www.lejdd.fr/Societe/Sante/les-vrais-chiffres-des-fermetures-dhopitaux-3854879

11https://fr.news.yahoo.com/covid-19-catalogne-choisit-petits-104236164.html

12https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/09/18/pres-de-100-000-societes-pourraient-disparaitre-d-ici-a-la-fin-de-l-annee_6052752_3232.html

13https://www.cours-gratuit.com/cours-agents-economiques/cours-complet-les-agents-economiques-etape-par-etape/

14https://www.ecb.europa.eu/pub/projections/html/ecb.projections202009_ecbstaff~0940bca288.en.html#toc6

15https://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/pbrief/2020/OFCEpbrief73.pdf

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